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Technologie
La puce veut sauter sur le marché bovins

La microélectronique pourrait s’implanter dans les cheptels. Objectif : mesurer la santé animale en temps réel et à distance. À Caen, Frédéric Roullier, docteur en physique, planche sur cette technologie capable d’anticiper chaleur, vêlage et maladie. La commercialisation est programmée pour 2012. Décryptage du dossier Biopic®...

La taille devrait être minimaliste : 8 mm sur 10. Cet espace s’avère suffisant pour loger une puce et le dispositif de transmission qui va avec. Le concept rejoint la science-fiction, mais il pourrait se développer à grande échelle. Le but : implanter une puce microélectronique à vie sur les bovins ou les équins. Lancé en 2007, le projet a déjà débuté ses expérimentations. Nom de code : Biopic®. L’idée est portée par Frédéric Roullier, docteur en physique, titulaire d’un DEA en mécanique quantique de l’école centrale de Paris et d’un DEA d’acoustique du Mans, mais aussi d’un bac pro agricole CGEA. Pour mener ses recherches, le docteur a intégré l’incubateur d’entreprise du Ganil (Grand Accélérateur National d’Ions Lourds). Sur ce site dédié aux créations d’entreprises avec technologies innovantes, l’accès est sécurisé. Le projet suscite déjà quelques convoitises. L’Europe compte 60 millions de bovins et la France 900 000 équins. Le marché potentiel est vaste.

Grosse tête pour micropuce…
À terme, la micropuce doit permettre de  gérer les reproductions en anticipant les vêlages et les chaleurs. Elle doit également faciliter le suivi des maladies, détectant par exemple les possibles prophylaxies. Son dernier usage concerne la compétition et le monde équin, avec la gestion des performances.
Frédéric Roullier ne peut pas divulguer tous les détails de son projet. Secret industriel oblige. Le chercheur distille néanmoins quelques informations. Concrètement, la puce sera implantée dans l’animale. Toutes les mesures seront transmises  à un moniteur qui traitera les informations reconnues. Les conclusions seront ensuite transmises à un ordinateur ou un téléphone portable. Pour aboutir, le docteur en physique collabore, via le laboratoire CRISMAT et l’ENSI de Caen, avec le professeur Goupil. Ce dernier est spécialisé dans la modélisation d’algorithme. “La technique, qui consiste à traiter les mesures et le signal de la puce, reste la clef de notre réussite. En fonction des mesures, il faut par exemple classer les maladies”. Lors des premiers tests, 157 millions de données ont été collectées. Reste à les valoriser.

Les scientifiques se basent aussi sur la technologie RFID. Comprenez Radio Frequency Identification. Avis aux initiés pour l’explication : “grâce au système RFID, un courant d’induction est généré donnant l’énergie à la puce pour échanger des données à distance”.

Un docteur en physique passionné par ses charolaises
Cette idée est issue du terrain. Frédéric Roullier s’avoue passionné par l’élevage. A Aubigny (14), ce spécialiste de la physique quantique élève une vingtaine de bovins de race Charolaise et des poulinières en trotteurs. “J’ai toujours aimé la gestion des troupeaux. J’ai d’ailleurs passé mon bac pro agricole pour pouvoir m’installer. Avec mon projet Biopic, j’ai finalement trouvé le moyen de la recherche scientifique et l’élevage”. CQFD : l’idée de la micropuce a jailli dans un champ, bottes aux pieds ! Pendant sa thèse, Frédéric Roullier manquait de temps. “J’avais d’énormes difficultés pour suivre l’insémination et les vêlages. Je n’étais pas assez présent. J’ai cherché des solutions. Elles n’étaient pas efficaces ou trop chères. Je ne pouvais pas acheter 60 sondes vaginales !”

La microélectronique est économique
D’autres systèmes existent, à commencer par les appareils de mesures de contraction. Tous montrent les mêmes défauts. “Problèmes de fragilité, de perte ou de casse. Avec des animaux, les systèmes ne doivent pas pouvoir s’arracher”. Sa conclusion, la microélectronique peut pallier les déficiences de la macroélectronique, en termes d’encombrement, mais aussi de coût. “Pour l’instant, nous avons un investissement dans la recherche. Mais ensuite, les coûts de production d’une puce électronique sont assez faibles. On peut les produire en grande série”, précise Frédéric Roullier.
Actuellement, jusqu’à 40 % des chaleurs ne sont pas détectées par un procédé visuel. “La taille des cheptels augmente, le personnel baisse. Les veilles sanitaires deviennent draconiennes. La puce est une solution pour assurer une meilleure surveillance du troupeau”.

Technologie du futur et éthique

Le projet capte l’intention. Sa réussite permettrait ainsi aux centres d’insémination de développer le marché des cheptels allaitants.
Des laboratoires suivent également l’évolution de cette micro puce.
Sa déclinaison à l’homme pose  aussi question à Frédéric Roullier. “Techniquement, c’est possible. Mais cette éventualité susciterait de vrais problèmes éthiques.  Il s’agirait d’un véritable fichage et d’une perte de liberté”.

 

Dates

2008 Franck Roullier entre dans l’incubateur du Ganil. Celui-ci accueille les entreprises en création et porteuse d’une technologie innovante.
2009 Essai de la permière maquette avec les haras nationaux. Une deuxième maquette sera testée en 2010. 
2011 Création du prototype.  La commercialisation à grande échelle est programmée pour le début de l’année 2012.

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