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La solidarité se construit sur les cendres de l’incendie

Chez Didier Roguet, exploitant agricole à La Perrière, ça a brûlé deux fois, le 1er octobre. L’éleveur a perdu deux bâtiments, trente veaux, du matériel et son fourrage. Après le choc et le départ des pompiers, arrivent enquêteurs et assureurs. Et le soulagement, pour l’éleveur, d’avoir une bonne assurance pour entamer le processus de reconstruction.

© JP

« Deux bâtiments bovins sur trois ont disparu. Trente veaux sont morts. J’ai perdu l’épandeur à engrais, le pulvérisateur, la presse, la désileuse et la tonne à eau. » Le bilan est lourd pour Didier Roguet, exploitant agricole à La Perrière. Dimanche 1er octobre, Florian Roguet, 20 ans, et son frère de 16 ans sont seuls à la ferme, les parents sont en Bourgogne. « Je suis parti chercher les vaches vers 16 h 30. Mon frère était devant la télé. J’ai vu de la fumée », raconte l’ainé. Le bâtiment de 450 m2 où se trouvent les veaux est en feu. Les deux frères déplacent les animaux pour les mettre en sécurité dans un autre hangar. « On leur a fait un enclos en balles carrées. Mon frère est parti à l’hôpital car il avait inhalé de la fumée. » Les parents rentrent en urgence. Ils arrivent un peu avant 1 h du matin, l’incendie est éteint. « On a pris un café avec les pompiers », relate Didier Roguet. Les soldats du feu repartent. La famille, secouée, n’arrive pas à trouver le sommeil.

Rebelote
Vers 3 h du matin, rebelote. Un deuxième bâtiment de 1 200 m2, où les veaux viennent d’être placés, flambe. Et pour cause, c’est là que sont stockés les fourrages, les semences et les granulés. Impossible de sauver les animaux. « C’est sordide. Et je n’ai plus un seul ballot de foin, les granulés ont été inondés par l’eau », constate amèrement Didier Roguet, convaincu que les feux sont d’origine criminelle. « Le même incendie au 1er avril n’a pas les mêmes conséquences. Tout mon stock de fourrage a cramé. Je n’ai pas le temps de me retourner. »
L’éleveur a pu de nouveau traire ses vaches le lendemain midi, quand les Engie a donné son accord pour remettre le courant. Depuis, la solidarité s’organise. « Un paysan que je connais m’a proposé de loger 50 bêtes. Des gens nous ont apporté du café quand on n’avait pas d’électricité. » Le week-end suivant (7 et 8 octobre), Didier Roguet a fauché 110 ha de foin, « 50 ha chez moi et 60 ha que des voisins m’ont prêtés ».

Enquête criminelle
La brigade de recherche de Mortagne est en charge de l’enquête, appuyée par les techniciens en investigation criminelle. « Nous procédons de manière classique. On commence par une enquête de voisinage. Une quinzaine de personnes y travaillent, mais pas de façon continue », présente le capitaine Sztimer, commandant en second de la compagnie de Mortagne. « C’est dur de faire son boulot, le téléphone sonne beaucoup », dit l’éleveur. Aux passages des enquêteurs sur place, s’ajoutent ceux des assureurs. Et, sur ce point, Didier Roguet se félicite d’être « assuré reconstruction valeur à neuf ».

Visite de reconnaissance et mesures d’urgence
Le processus de remboursement par l’assurance se fait en deux étapes. Une première visite d’estimation permet d’établir un chèque dont le montant est calculé sur les mesures d’urgence qui doivent être prises. « Un représentant de la compagnie, appelé inspecteur régleur, et un expert tiers, nommé par la compagnie mais indépendant, se rendent sur place », détaille Pascal Blin, agent d’assurance de Didier Roguet, chez Gan, à Mortagne. L’expert est désigné en fonction de l’ampleur des dégâts. « Chez M. Roguet, la personne nommée a presque trente ans d’expérience dans le domaine. Nous avons passé trois heures à la ferme lors de la première visite. » L’objectif ? Que l’éleveur puisse continuer d’exercer son métier, « comme s’il n’y avait pas eu de sinistre, afin que l’exploitation le ressente le moins possible et que l’éleveur ne prenne pas sur sa trésorerie ». L’achat de cases à veaux et de fourrage est, par exemple, pris en compte dans les mesures d’urgence.

Désamiantage
En parallèle, Didier Roguet doit faire désamianter les débris de l’incendie. Il revient à l’assuré de faire établir des devis parmi une liste d’entreprise agrées fournie par l’assurance. « On choisit la plus rapide et la moins chère. Cela rentre dans le cadre de l’avance financière », poursuit Pascal Blin. Cette phase peut durer quatre à six semaines, le temps pour l’exploitant d’obtenir les autorisations. Ensuite, après quelques semaines, arrive la visite d’expertise. « Le client a réfléchi à son projet de reconstruction. A partir des devis qu’il présente, l’expert valide le projet. Sous douze mois, la ferme doit être remise en ordre de marche », conclut l’assureur. Le début d’une longue reconstruction. « Depuis l’incendie, mes voisins ont regardé de plus près leurs contrats d’assurance », souffle Didier Roguet.

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