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Une filière chanvre textile en Normandie ?
Un brin d'Histoire sur le chanvre

En France, le chanvre textile, comme le lin, faisait traditionnellement partie des cultures présentes dans toutes les fermes. Progressivement, la production a été réduite puis définitivement abandonnée dans les années cinquante.

Une balle de chanvre sortant du teillage de Villons-les-Buissons (Calvados). Soutenue par l'association LCBio, la coop veut contribuer à la reconstruction de la filière chanvre en France.
© HP

Lire l'épisode 2 "Le chanvre, un miracle de la nature"

Episode 3

Originaire d’Asie centrale, le chanvre a plus de 8 000 ans. En France, sa production se développe sous le règne de Charlemagne, en 800, et connaît son apogée aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Rouissage en rivière du lin et du chanvre


Très résistante, la fibre du chanvre est particulièrement appréciée dans la marine pour la fabrication des voiles et des cordages. Elle est aussi utilisée en agriculture : longes pour le bétail, sangles pour soulever les bœufs pour la pose des fers, etc. Avant le XIXe siècle, le rouissage à l’eau, étape clé pour obtenir la fibre longue de lin ou de chanvre, était réalisé en rivière, en fleuve ou en bassin. Parce qu’il provoquait une eutrophysation* des milieux aquatiques et surtout, parce qu’il émettait des effluves malodorants, le rouissage en eau du lin et du chanvre a été peu à peu interdit. Les fermes en ont produit à petite échelle, jusqu’au XXe siècle, pour un usage domestique (fabrication de cordages, de vêtements), jusque dans les années cinquante.

Rouissage au champ


En Normandie,  les premiers outils pour mécaniser la parallélisation et la récolte de lin apparaissent (arracheuse et retourneuse). Le rouissage au champ nécessite une alternance de pluie et de soleil, « c’est pour cette raison qu’aujourd’hui, 80% du lin est produit entre Bayeux et Dunkerque », rappelle Nathalie Revol, animatrice des essais chanvre en Normandie pour l’association Lin et chanvre bio. Le chanvre aussi aurait pu bénéficier de ces innovations, mais sa longueur (2m) complique encore l’outil de récolte nécessaire à la parallélisation : il faut couper la plante en deux longueurs pour qu’elle rentre dans les teilleuses.

Fibres synthétiques


De plus, les fibres synthétiques voient le jour, comme le nylon. Faciles à laver et rapides à sécher, elles enthousiasment la population. « Pour les industriels, souligne Henri Pomikal, ces dérivés du pétrole sont une source d’approvisionnement garantie, avec l’assurance d’un produit fini qui sera toujours le même, contrairement aux fibres naturelles dont la culture est, par définition, plus incertaine ». Jusqu’en 1960, les dernières manufactures et filatures ferment. Le chanvre décline. Le lin se maintient puis se renaît en Normandie.

Aujourd’hui


On constate que lors de leur utilisation, lavage et élimination, les textiles synthétiques libèrent de minuscules fibres invisibles à l’œil nu. Ces « microfibres » ne sont pas biodégradables. Par conséquent, on les retrouve partout : dans les océans, l’eau du robinet, nos chaînes alimentaires. C’est pourquoi, aujourd’hui, la demande se réoriente vers les fibres naturelles biodégradables comme le lin et le chanvre.

Demain


Depuis peu, on redécouvre la possibilité du chanvre à rouir au champ, ce qui ouvre des portes sur une production industrielle en fibre longue. La difficulté technique, on le redit, est liée à la longueur de la tige qu’il faut couper en deux. Mais les solutions arrivent. Henri Pomikal, liniculteur dans la plaine de Caen qui participe aux essais chanvre de l’association LCBio, y croit beaucoup et voit le chanvre comme un complément du lin. Il présente en effet de nombreux atouts pour être introduit dans les rotations lin et faire de la Normandie le leader européen de la culture des fibres naturelles.

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