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Jean-Michel Serres, président de la FNP
« L’action collective est indispensable »

Face à la crise qui frappe les éleveurs de porcs, Jean-Michel Serres, le président de la Fédération Nationale Porcine, estime que l’action collective notamment au sein de l’interprofession est indispensable pour mettre en œuvre des actions d’intérêt général bien plus que des actions individuelles.

La situation actuelle qui est catastrophique pour les éleveurs, peut très vite le devenir pour les entreprises de la filière, notamment dans les régions à faible densité porcine. La FNP rappelle les objectifs qu’elle a définis et qu’elle a exprimés à l’ensemble des partenaires économiques du secteur.
La situation actuelle qui est catastrophique pour les éleveurs, peut très vite le devenir pour les entreprises de la filière, notamment dans les régions à faible densité porcine. La FNP rappelle les objectifs qu’elle a définis et qu’elle a exprimés à l’ensemble des partenaires économiques du secteur.
© Claudine Gérard
- Les éleveurs de porcs sont confrontés à une crise très importante. Quelles sont les perspectives ?

Jean-Michel Serres : Avant toute autre chose, en ce début d’année 2008, je tiens à présenter tous mes vœux de bonheur, de santé et de prospérité aux éleveurs de porcs et à leur famille qui subissent une crise très difficile, et leur souhaite de garder confiance avec l’espoir d’un retour rapide à meilleure fortune.
La production porcine vit certainement l’une des crises la plus difficile de son histoire du fait de l’augmentation très importante du coût des matières premières et leur impact sur les coûts de production. Aujourd’hui, il manque plus de 40 € par porc pour couvrir les charges, et les déficits de trésorerie s’accumulent.
La situation actuelle qui est catastrophique pour les éleveurs, peut très vite le devenir pour les entreprises de la filière, notamment dans les régions à faible densité porcine. La FNP rappelle les objectifs qu’elle a définis et qu’elle a exprimés à l’ensemble des partenaires économiques du secteur. D’une part, rendre la viande porcine plus attractive et garder une cohérence entre les prix de fond de rayon et les prix en promotion, valoriser VPF sur les produits de viande fraîche et transformée, à la fois sur les produits de premiers prix et de marque distributeur. D’autre part, orienter les campagnes de communication en appui de ces objectifs.

- Quelle est l’action de la FNP pour faire face à cette crise ?

J.M.S. : Outre l’interpellation des partenaires de la filière, la FNP est intervenue, à la fois au plan européen et national, pour que des mesures soient envisagées afin d’aider les éleveurs à faire face à cette crise. Au plan communautaire, l y a eu les restitutions et je tiens particulièrement à souligner l’action déterminante de Jean- Michel Lemetayer, président de la FNSEA, additionnée à celle du ministre de l’Agriculture dans l’obtention de ces restitutions pour le secteur porcin. Il reste à nos entreprises à profiter au maximum des possibilités offertes par ces restitutions pour accroître les quantités de viande porcine exportées.

Au plan national, la FNP s’est attachée à mobiliser les pouvoirs publics pour que des mesures soient mises en œuvre. C’est ainsi que les Caisses de MSA ont pu dégager une enveloppe de 2,5 millions de euros pour des reports et des prises en charge de cotisations sociales pour les éleveurs de porcs. De plus, le ministre de l’Agriculture a annoncé, fin décembre, une enveloppe de 3 millions d’euros pour des mesures FAC (ndlr :  Fonds d’allégement des charges) et de 3 millions supplémentaires pour permettre la prise en charge d’intérêts sur les prêts destinés à faire face au manque de trésorerie des éleveurs. Pour nous, il s’agit d’une première étape qui est loin de suffire aux besoins des éleveurs dans cette crise.
D’autre part, la FNP travaille, avec Coop de France, Unigrains, Sofiprotéol et  les partenaires bancaires habituels, à la mise en place d’une nouvelle opération d’avance de trésorerie semblable à Stabiporc précédemment, que nous souhaitons voir concrétisée à hauteur de100 millions d’euros.



- L’interprofession porcine connaît certaines tensions depuis ces dernières semaines. Comment analysez-vous la situation et quelle est votre position ?

J.M.S. Nous pouvons observer, notamment en période de crise, que l’action collective est indispensable à la préservation des équilibres d’un secteur. Elle a vocation à mettre en œuvre des actions d’intérêt général bénéfiques à tous les acteurs de ce secteur, que chacun, individuellement, et quelle que soit son importance, ne pourrait pas mettre en œuvre seul.
C’est pour cela que je regrette profondément que des entreprises, leader dans la filière porcine, prennent le risque, aujourd’hui, d’affaiblir l’action interprofessionnelle en suspendant le paiement des cotisations des éleveurs. Je tiens à insister sur l’importance du travail réalisé par Inaporc, insuffisamment connu, j’en conviens, mais déterminant pour permettre à la filière porcine de préserver sa compétitivité dans un contexte de marché européen et mondial de plus en plus disputé. Je prends simplement l’exemple de l’équarrissage, dans lequel l’action d’Inaporc et particulièrement de son président Guillaume Roué, a permis de limiter très sensiblement la charge pour les éleveurs de porcs dans un contexte de réorganisation totale du service public. Un bénéfice qui, à lui seul, dépasse largement le coût des cotisations que doivent les éleveurs à Inaporc pour l’ensemble des ses actions.
Au moment où la Politique Agricole Commune se prépare à de nouvelles réformes, où les propositions de la commission poussent dans le sens d’une remise en question des mécanismes de gestion, où il nous importe de travailler à l’élaboration d’outils de gestion des crises et où les interprofession semblent appelées à jouer un rôle de plus en plus important dans ces évolutions, il serait catastrophique pour le secteur porcin qu’Inaporc se trouve affaibli ou déstabilisé par les tensions actuelles. J’en appelle donc à la responsabilité de chacun pour que la raison l’emporte, qu’elle permette de dépasser les clivages actuels et que l’action collective, au travers d’Inaporc, garde toute sa place. Il en va, pour moi, de l’avenir de la filière et de l’ensemble de ses acteurs.
C’est le vœu que je formule en ce début d’année 2008.
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