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Charles-Henry Lebrun
“L’agriculture est capable de faire de très belles choses”

Céréalier en cours d’installation à Coquainvilliers dans le Pays d’Auge (14), il explore plusieurs voies d’avenir. La clé du succès, selon lui -la curiosité- pour s’emparer des bonnes idées.

© AD

Regarder comment travaillent les autres, pour comprendre comment on travaille soi-même. Charles-Henry Lebrun, Jeune Agriculteur du Pays d'Auge en cours d'installation sur la ferme céréalière de ses parents, à Coquainvillliers, qui conduisait déjà les tracteurs alors que ses pieds ne touchaient pas les pédales, est persuadé que cette attitude est la clé de la réussite. C'est par cette curiosité et cette remise en question de soi, que passe l'innovation, l'entreprise et la compétitivité de demain. A 25 ans, Charles-Henry Lebrun s’est donné plusieurs occasions de mettre son adage en pratique, au travers de stages réalisés lors de son BAC STAE, de sa formation BTS et de ses premières expériences de salarié. “En Allemagne, j'ai vu des vaches à l'étrave toute l'année, avec un tube de collecte du lait le long des cornadis, et fait la traite de vache en vache en déplaçant la griffe. Là bas, il y a aussi des coopératives spécialisées pour chaque culture, colza, blé, ..., relate le Jeune Agriculteur. En Seine Maritime, j'ai travaillé dans une ferme qui devait gérer la culture de plusieurs dizaines d'hectares de lin et plus de quarante hectares de pomme de terre. Après ma formation en mécanique, j'ai travaillé trois ans
dans les travaux publics, comme conducteur d'engins en Lorraine. A Nancy, les agriculteurs sont loin des ports, ils doivent s'organiser autrement pour le commerce des céréales, alors que chez nous, les camions viennent directement du port de Rouen. A chaque fois que je me suis déplacé quelque part, je suis allé à la rencontre des agriculteurs sur mon temps libre, via le réseau des Jeunes Agriculteurs. Ces rencontres conduisent à se poser beaucoup de questions. Il y a toujours des compétences à prendre chez les autres, mais il faut décortiquer, pour voir ce qui est transposable. Qu'est-ce qui est lié à leurs  contraintes, à leurs objectifs, à leurs habitudes ? Je continue de me tenir au courant de ce qui se passe en France et ailleurs, notamment aux Pays-Bas et en Allemagne, deux pays qui sont souvent en avance”.

Sans labour
A côté du métier d'agriculteur, qu'il exerce en tant que salarié de l'EARL familiale en attendant de s'installer, Charles-Henry s'investit dans le syndicat des Jeunes Agriculteurs. Une autre façon pour lui de s'engager et de garder le contact avec ce qui se passe à l'extérieur de la ferme.
De cette ouverture, Charles-Henry, a notamment retenu les techniques culturales simplifiées, mises en places depuis 7-8 ans sur l'exploitation. Des pratiques qui s'adaptent très bien aux limons argileux de la région, sensibles à la battance. “La prochaine étape sera peut-être le semis direct, mais on attend encore un peu, il n'y a pas encore assez de recul en France”.

Mobilité
“Si tu ne peux pas changer le vent, retourne ta voile”, dit le proverbe africain.
Ses expériences lui ont aussi donné un sens de la mobilité peu courant dans la profession. “Je ne m’interdis pas d’envisager de changer de lieu d’exploitation, dans un autre département ou même à l'étranger. Un céréalier a besoin de foncier pour vivre.Aujourd'hui, avec la concurrence des haras, nous sommes arrivés dans le Pays d’Auge, à des prix où c’est de moins en moins rentable de cultiver des céréales. On a arrêté de jouer pour accéder au foncier”.

Partenariats avec les éleveurs
En attendant, ce céréalier situé dans une région portée par le cheval et l’élevage laitier, préfère jouer la complémentarité de son activité avec celle de ses voisins. “Nous fournissons quelques élevages en paille et en grains et nous récupérons le fumier et le lisier. Nous faisons aussi du maïs ensilage destiné à la vente aux producteurs du coin et nous échangeons aussi des services. On dépend tous les uns des autres. Il y a des coups à jouer dans les deux sens. Les contrats pluriannuels sont une bonne idée. L'éleveur saurait à l'avance combien lui coûte la paille, ou les céréales, et le céréalier connaîtrait son prix de vente et ses rentrées d'argent. Mais il faut s'entourer, on le voit bien avec les contrats lait actuellement, en tant qu'agriculteur, on n’a pas les compétences juridiques pour rédiger un contrat”.

Mise en commun
Charles-Henry Lebrun croit dans la mise en commun des moyens de production. Un système que l’exploitation met en œuvre depuis plusieurs années avec son voisin éleveur laitier. “C'est une voie d'avenir qui nous permet de travailler avec du matériel plus performant. Notre tracteur de tête, ne serait pas rentable à notre échelle. L'agriculture est capable de faire de très belles choses. Il y a plein de filières d'avenir à créer, notamment autour des énergies renouvelables. Les agriculteurs sont motivés, mais ils ont besoin de la confiance des politiques. Un petit méthaniseur, c'est 1,5 million d'euros d’investissement. Notre profession est souvent précurseur des grandes évolutions de la société. Guidage des véhicules, moteur turbo, ... les exemples ne manquent pas. Mais nous avons besoin d'être très réactifs dans
nos organisations agricoles. La machine administrative avance très vite, et il faut être là au bon moment et anticiper. Sinon il n'y aura plus d'avenir, car il y aura trop de contraintes”. Aujourd’hui, le jeune agriculteur prépare son dossier d’installation.“J'attendais la fin des semis pour me lancer dans les démarches. Je pense que le nouveau parcours gagne en efficacité mais aussi en professionnalisme”.

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