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Littoral
Laisser de l’espace à l’espace naturel

C’est l’histoire d’une exploitation entre terre et mer. Deux sites distants de 40 km : Lessay côté production laitière et Ste-Marie-du-Mont côté légumes où le littoral, via son conservatoire, voulait reprendre ses droits.

L’affaire aurait pu tourner au vinaigre et, en son temps, Jean-Noël de Pierrepont, producteur de lait et de légumes avec son frère à Lessay (50), n’a guère goûté la méthode.
C’est par voie de presse qu’il apprend, en 1996, les intentions du Conservatoire du Littoral de racheter le polder de Ste-Marie-du-Mont pour agrandir son espace naturel. Au cœur de cet espace, 75 ha qu’exploitent en direct ou fermage les frères de Pierrepont à des fins légumières en complément de la ferme familiale de Lessay. 
Retrouver une équivalence
Un travail énorme que de faire fructifier ce banc de sable arraché à la mer. Il a fallu drainer (1 500 e/ha environ), monter un réseau d’irrigation et même faire venir une charrue des Pays-Bas pour labourer en profondeur. De l’investissement à long terme en temps et en euros sur lequel misent les frères de Pierrepont. Pas étonant donc qu’ils tombent des nues quand le Conservatoire leur annonce qu’il leur laisse les terres sous conditions d’une reconversion en herbe.
Incompatible avec leur système d’exploitation et pas question de scinder le troupeau en deux. Nos agriculteurs, de même que le Conservatoire du Littoral, vont alors se tourner vers la SAFER. “Ce n’était pas une question de prix, insiste Jean-Noël. Ce que nous voulions, c’est retrouver de la terre en face”. Une opportunité va se présenter quelque temps plus tard. Une exploitation située à Angoville-sur-Ay ( à 2,5 km de Lessay) est à vendre. La SAFER et les négociations peuvent démarrer. “Tout s’est très bien passé entre les locataires, les propriétaires et la SAFER. Elle a pleinement joué son rôle en facilitant un type d’opération compliqué au départ”, reconnaît Jean-Noël de Pierrepont.
C’est par notre connaissance du marché foncier et des mutations, par notre connaissance du territoire, de ses enjeux et de ses intervenants, par notre capacité d’acquérir à l’amiable ou par préemption que nous pouvons démêler de tels dossiers”, précise Jean-Louis Delahaye (Safer). On pourrait y ajouter sa capacité à favoriser un équilibre dans la répartition des terres (agriculture, artificialisation, biomasse, environnement). Sa capacité de médiation entre les différents environnements, d’adaptation et de réaction. Les terres du polder ont été définitivement libérées le 1er juillet dernier (il a fallu laisser un CTE arriver à son terme). Jean-Noël et son frère y récupèrent encore quelques tuyaux mais se sont engagés à laisser un terrain propre et enherbé. Aux dernières nouvelles, on y observerait moins de gibiers qu’au temps des carottes et autres légumes. Mais mettez vous à la place du lapin ! 
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