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Covid-19
L’alimentation confinée à domicile

Pour les filières alimentaires, le grand changement réside dans le basculement de la restauration vers le domicile, ce qui incite les consommateurs à stocker davantage et bouleverse équilibres et circuits d’approvisionnement. Pour l’ensemble des productions pourvoyeuses de main d’œuvre, le challenge va être de maintenir leur activité malgré les impératifs de garde d'enfants.

Le drive enregistre un chiffre d’affaires de 164 M€ sur la période, dépassant les 7% de part de marché hebdomadaire.
© CR

Contrairement à ce qui s’était passé en Chine à l’initiative de certaines autorités locales, la France semble réussir à lutter contre le coronavirus sans entraver significativement sa production agricole. Comme le commerce alimentaire ou les pharmacies, le commerce d’intrants agricoles (engrais, semences...) et d’agro-fournitures (machines agricoles) fait partie des activités exemptées de restrictions concernant l’accueil du public.

« L'arrêté du 15 mars qui listait les activités autorisées n’est pas remis en question », avance le syndicat FNSEA. « Les agriculteurs et leurs salariés pourront donc poursuivre leur activité, qui ne peut être réalisée en télétravail, à condition de respecter les gestes barrière » et « les formalités administratives nécessaires à la circulation des personnes ».

La restauration des Français cantonnée à domicile

Pour les autres productions, notamment les plus employeuses de main d'oeuvre, les principales perturbations résideront dans la capacité à maintenir leur activité malgré les absences des salariés liés aux gardes d’enfants. Aucun chiffre n’est paru pour la production agricole, mais Coop de France constate dans ses usines des taux d’absentéisme pouvant grimper jusqu’à 30 %.

Pour le reste des filières agricoles, les perturbations affectent jusqu'ici l’aval principalement, en particulier la fermeture des établissements de restauration hors domicile annoncée le 14 mars par le Premier ministre. Une décision qui devrait chambouler environ un repas sur cinq pris par les Français ; selon une enquête Iri Gira parue en 2018, 18% des repas des Européens sont pris hors domicile.

- 60% de produits laitiers en restauration collective

Interrogé par Agra Presse le 16 mars. Paul Rouche, directeur délégué de Culture viande (industriels), alerte sur la situation « très compliquée » des entreprises livrant à la restauration, qui représente selon lui « 20 à 22% de l'activité » du secteur.

Selon le Cniel (interprofession laitière), la baisse de consommation de produits laitiers en restauration collective avoisinerait les 60%. Malgré cela, le tarissement de ce débouché, tant pour le lait que la viande de réforme, interroge la filière qui doit faire face au pic de collecte printanier. À cette période, les outils de transformation sont habituellement saturés, et notamment les tours de séchage utilisées pour transformer le lait en surplus.

Si pour le moment la demande de la grande distribution prend le relais, « tout le monde est un peu inquiet pour traiter tous les volumes notamment avec la baisse des commandes en RHF », explique Damien Lacombe, président de la Coopération agricole laitière.

Les consommateurs stockent en vue du confinement

Ces annonces ont également incité les consommateurs à stocker davantage, malgré les messages rassurants des distributeurs et du gouvernement. La « sécurité d'approvisionnement en produits alimentaires » sera « garantie dans les jours et les semaines à venir » en dépit de l'épidémie de coronavirus, a déclaré le 16 mars le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, et les règles du travail de nuit seront assouplies pour assurer l'approvisionnement des magasins.

Assurant qu'il n'y avait pour l'heure « aucune pénurie » en France, il a indiqué qu'il n'y aurait « pas de rationnement » et que « 90 à 95% des références (seraient) présentes » dans les rayons. Plus tard dans la soirée, Michel-Edouard Leclerc a appelé au calme sur France 2, rappelant que les stocks de son enseigne étaient seulement passés de 28 à 24 jours.

Depuis le 16 mars, la plateforme d’e-commerce qui facilite l’achat direct aux producteurs La ruche qui dit oui fait face à « une énorme demande», selon son attaché de presse Clémence Fernet. Interrogée par Agra Presse le 17 mars, elle assure que cette demande exponentielle s’applique aussi bien aux ruches - les points de retrait de commandes - qu’au service de livraison à domicile.

Doublements de ventes

Concernant les ruches, la jeune entreprise française note une augmentation « considérable » du nombre de clients et du panier moyen. « Le panier moyen, normalement c’est 40 à 50 euros de courses par un client. Là, on le double quasiment », a dit la responsable du service presse. Quant au service de livraison à domicile disponible depuis un an et demi à Paris et en Ile-de-France, il enregistre « environ 200 commandes par jour». « On a dû limiter, normalement on est à 100-150 commandes », précise-t-elle.

Face à la ruée sur les pâtes, les industriels ont tout de même dû s'adapter. « On est à 90% d'augmentation de nos ventes sur trois semaines et 100% sur les derniers jours », déclare à l'AFP pour Panzani, Xavier Riescher, président du Sifpaf (industriels). Conséquence, les usines du groupe, qui ne tournent habituellement pas le week-end, ni la nuit, produisent depuis quelques semaines sans discontinuer.

 

Coronavirus: une poussée des ventes quatre fois plus forte en e-commerce (Nielsen)
La pandémie de Covid-19 tire le drive à des sommets : une accélération des ventes quatre fois plus forte que dans les autres circuits de distribution y est observée du 2 au 8 mars, selon Nielsen. « Tous les circuits ont connu un afflux de consommateurs, venant en magasin ou commandant sur internet pour stocker en nombre produits alimentaires et d’hygiène, explique l’institut dans un communiqué. Le e-commerce a néanmoins progressé quatre fois plus vite que les magasins physiques » avec respectivement +31,2% et +8,1% sur la 1ère semaine de mars.
Le drive enregistre un chiffre d’affaires de 164 M€ sur la période, dépassant les 7% de part de marché hebdomadaire «pour la première fois», selon Nielsen. Une explosion des ventes qui profite notamment à l’épicerie : pâtes (+114%), riz (+111%), légumes secs (+106%), plats cuisinés épicerie (+101%), farine (+96%), purées déshydratées (+84%), poissons surgelés (+75%). Selon BFM, plusieurs sites de e-commerce ont été momentanément indisponibles, victimes de leur succès, dans les heures qui ont suivi l'allocation du président de la République le 12 mars.
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