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"L'année blanche n'est pas un bon outil"

Dans le cadre du PSE (Plan de sauvetage de l’élevage), le gouvernement a mis en place « l’année blanche » bancaire pour les éleveurs en difficultés. Devant les représentants de la FDSEA, le président régional du Crédit Agricole de Normandie, Daniel Epron, a fermement dénoncé cette mesure.

L’année blanche n’est pas un bon outil. C’est un avis exprimé fortement par Daniel Epron (à droite) devant Sébastien Amand, président de la FDSEA de la Manche, Jean-Michel Hamel, secrétaire général et tous les responsables cantonaux.
L’année blanche n’est pas un bon outil. C’est un avis exprimé fortement par Daniel Epron (à droite) devant Sébastien Amand, président de la FDSEA de la Manche, Jean-Michel Hamel, secrétaire général et tous les responsables cantonaux.
© SB

En septembre dernier, l’année blanche était une des mesures annoncées dans le cadre du PSE. L’année blanche avait pour objet de permettre aux éleveurs en difficulté de ne pas avoir à rembourser les prêts bancaires éligibles (capital + intérêts) durant douze mois (annuité 2015 si celleci n’a pas encore été payée ou annuité suivante). Devant la date retardée des dépôts de dossiers jusqu’en septembre, Sébastien Amand a invité Daniel Epron, président de la caisse régionale du Crédit Agricole de Normandie à s’exprimer devant les responsables cantonaux de la FDSEA sur cette mesure « qui nous préoccupe tous et qui peine à se mettre en place en Normandie » souligne le président syndical. Une Normandie qui est pointée du doigt comme étant « un mauvais élève ».

Ne pas aggraver la situation

Mauvais élève ou pas, Daniel Epron n’a pas mâché ses mots devant l’assemblée syndicale. Pour lui, l’année blanche est avant tout « un outil de gestion, de conjoncture et non de structure ». Et il argumente. « Quand il y a une difficulté structurelle dans une exploitation, l’année blanche ne fait qu’entacher les années suivantes. Quand on est dans une crise conjoncturelle, l’année blanche peut être une réponse. Mais il n’est pas de l’intérêt du Crédit Agricole de dire oui ou non ». Bien sûr, il reconnaît que « les écarts, entre ceux qui n’étaient pas bien et ceux qui résistent, s’aggravent ». Pour autant, quand il regarde strictement les chiffres, « l’investissement ne diminue pas, bien au contraire. La partie risque pour nous ne croit pas de manière inquiétante et l’épargne continue de progresser. Ce sont des éléments qui peuvent surprendre, mais c’est la réalité de la situation » affirmet-il, tout en accordant que la banque n’est pas le premier observateur d’une crise.

Solidaire de l'agriculture

Face à cette situation, « nous considérons que nous ne devons pas faire de cette mesure un élément de soutien », et notamment pour ceux qui souffrent et qui n’ont plus la capacité à se sortir de la situation. Le Crédit Agricole a répertorié 146 agriculteurs en grande difficulté contre 326 l’année précédente, c’est-à-dire qui font état de plus de 30 jours d’anomalies et 1 000 €  d’encours en défaut. Des chiffres qui laissent sans voix les agriculteurs présents. « Cela s’explique par l’accompagnement réalisé depuis plus d’un an. Nous n’avons pas attendu le PSE pour savoir comment on allait accompagner les éleveurs les plus en difficultés » justifie Patrick Lemartinel, responsable développement du marché de l’agriculture. D’autres produits ont été mis en place « pour montrer notre solidarité à l’agriculture » comme le Tréso+ contractualisé auprès de 300 éleveurs pour 10 millions d’euros. « C’est en moyenne 35 000 €  sur 7 ans avec une année de différé », explique Patrick Lemartinel.

1 400 exploitants accompagnés

Pour la Manche, ce sont 1 400 exploitations qui ont été accompagnées par le Crédit Agricole représentant 65 millions d’euros de prêts restructurés ou consolidés. Et 695 modulations d’échéances actées. Dans le cadre de la cellule d’urgence, seuls 20 dossiers sur une centaine proposée ont été déposés à la DDTM. Jean-Michel Hamel est l’un qui a exprimé le ressenti dans les campagnes. « Chaque client qui va mal a l’impression qu’on lui appuie sur la tête. Et celui qui va mal voit l’addition s’alourdir » livre-t-il, en s’inquiétant des factures des fournisseurs qui ne peuvent être honorées. « Certaines arrivent alors que les précédentes ne sont pas totalement régularisées » argumente-t-il. Et du côté des JA, Antoine Maquerel dénonce le couperet mis sur la tête des jeunes. « On ne peut pas demander à une jeune de payer en une seule fois ce qu’un cédant a mis à construire pendant 40 ans. On lui met la corde au coup » dénonce-t-il. L’installation, la transmission d’exploitation ou l’acquisition de foncier restent des sujets très sensibles. Pour clôturer, Daniel Epron affirme croire dans les dossiers que sa banque accompagne. « Nous ne sommes pas face à l’agriculteur, mais avec lui » conclut-il.



 

En chiffre :

L’établissement bancaire a fait état de l’évolution des éléments principaux qui caractérisent la situation entre mars 2015 et mars 2016. Les encours en retard de paiement ont progressé de plus de 33 %, quand ils étaient de 8 % entre janvier 2015 et janvier de cette année. Cela signifie qu’il y a bien une progression au niveau régional même si en valeur, « cela reste bien maîtrisé » souligne Patrick Lemartinel, responsable développement du marché de l’agriculture au Crédit Agricole. Sur la réalisation des encours de crédit, « nous avons progressé de 1,75 % soit 106 millions d’euros contre 105 l’année précédente ». Pour autant, l’ensemble de l’épargne des agriculteurs a progressé de 3,11 % soit 43 millions d’euros. Par rapport à l’année précédente, cette épargne reste en recul puisqu’elle était de 4,5 %. Ce qui conduit le responsable bancaire à noter tout de même une régression.


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