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La cuniculiculture victime d’un effet ciseau
Lapin : il suffirait de 0,3 e/kg vif

L’envolée du prix de l’aliment s’est soldée pour Claudine par un surcoût de 11 000 e en 2007 alors qu’elle n’a impacté qu’une moitié d’exercice. Parallèlement, le prix du lapin recule. Un effet ciseaux qui pourrait remettre en cause l’existence de cet élevage de 296 cages mères.

Claudine Labruyère avec Kris Ooms et Philippe Poret (respectivement technicienne et administrateur de Normandie Lapin). Pour sauver cette production, les éleveurs ont consenti une baisse des volumes de production. Ils espèrent ainsi une remontée des cours du lapin mais tout dépendra aussi de l’évolution de celui de l’aliment qui est passé d’un indice 100 en 2001 à un indice 170 en janvier 2008.
Claudine Labruyère avec Kris Ooms et Philippe Poret (respectivement technicienne et administrateur de Normandie Lapin). Pour sauver cette production, les éleveurs ont consenti une baisse des volumes de production. Ils espèrent ainsi une remontée des cours du lapin mais tout dépendra aussi de l’évolution de celui de l’aliment qui est passé d’un indice 100 en 2001 à un indice 170 en janvier 2008.
© TG
Ex salariée de Moulinex, Claudine Labruyère s’est reconvertie en 1992 dans la cuniculiculture. L’élevage basé à Mortain (sud Manche), qui comptait 200 cages-mères, a grossi pour en atteindre 296 aujourd’hui et sortir 22 200 lapins l’an dernier. Rien à redire sur la maîtrise technique. “Avec 16,6 kg produits par IA (Insémination Artificielle), la moyenne de l’élevage de Claudine se situe au dessus de celle du groupement Normandie Lapin qui oscille aux alentours de 15 kg”, confirme Kris Ooms, technicienne de la coopérative. Mais calculette en main, Claudine Labruyère reste dubitative. Les coups portés en 2007 à la rentabilité de cette filière remettent en cause la pérennité de bon nombre d’élevages de lapins. Face à cela, on s’organise. 2008 sera décisif.

196 tonnes d’aliments par an
Pour son élevage, Claudine Labruyère consomme 196 tonnes d’aliments par an. Un aliment 100 % végétal composé de céréales, de luzerne, de son, de pulpe de betterave et de tournesol . Il représente 65 à 70 % des charges. A partir de juillet 07, la pendule s’est affolée et les cours se sont envolés : + 30 % en fin d’année et un surcoût de 11 000 e. Les autres charges (énergie, renouvellement génétique, insémination artificielle, copeaux pour les nids...) ont également augmenté mais dans des proportions moindres. Parallèlement, la cotation nationale 2007 du lapin a reculé de 3 %. Normandie Lapin fait un peu mieux avec “seulement” - 1,5 %.
Au bilan, “l’an dernier, mon revenu a baissé de 5 000 e, lâche Claudine. Heureusement, je n’ai pas de gros investissements à amortir”. Mais notre éleveur reste inquiète pour 2008 : “vais-je pouvoir dégager un revenu ?” Elle y croit encore et ne souhaite pas changer de métier. Elle attend donc une reprise des cours : “il suffirait de 0,3 e/kg vif en plus”. La profession s’est organisée pour cela en consentant un effort sur les volumes de production : -5 à - 6% à l’échelon national. Normandie Lapin va plus loin avec - 10 % en contrepartie d’une revalorisation de 6 centimes par kg vif. Le compte n’y est toujours pas.
Les cuniculiculteurs gardent donc un œil attentif sur l’évolution du cours des céréales qui conditionne celui de l’aliment en espérant.
L’autre se penche sur l’assiette du consommateur. Là aussi, Normandie Lapin innove. Le Père Guillaume (sa marque commerciale) rejoint le club de la “Gourmandie”. L’assiette n’est pas reconquise pour autant.
Question de pouvoir d’achat du consommateur mais aussi d’habitudes alimentaires. Allez faire manger du lapin à une génération de chérubins qui a eu pour animal de compagnie justement un lapin nain ! Peut-être faudrait-il le débaptiser ?
Th. Guillemot
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