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L’après-betterave : la coopérative de Creully apporte quelques éléments de réponse

La coopérative de Creully tient son assemblée générale lundi prochain, à partir de 10 h, au Mémorial de Caen. Entre autres sujets évoqués, il sera sans doute question de l’après-betterave sucrière. Entretien avec Pascal Desvages, son président.

> Quel bilan dressez-vous de la moisson 2019 ?
Un très bon bilan. C’est la seconde meilleure moisson derrière 2015. Nous avons réalisé le doublé quantité et qualité avec de très bons PS (Poids Spécifique) et niveaux de protéines. 90 % de nos blés sont de qualité meunière.

> Un focus sur la filière bio dans laquelle vous avez investi ?
Les volumes sont en nette progression, plus 30 % environ, par rapport à 2018 qui n’avait rien d’exceptionnel. Cela s’explique aussi par quelques nouvelles conversions, mais notre outil ne tourne pas encore à pleine capacité.

> Et concernant la féverole qui a longtemps constitué votre cheval de bataille ?
Il s’en fait toujours un peu mais la suppression de molécules pour lutter contre la bruche a fait passer les volumes de 13 000 t à 3 500 t. Néanmoins, le dossier pourrait être rouvert avec la fermeture de Cagny.
Nous travaillons sur la valorisation animale, secteur dans lequel l’écart de prix avec la valorisation humaine se réduit. Il semblerait par exemple qu’il y ait une réelle demande en pisciculture.

> La fèverole ne constitue qu’un des éléments de réponse à l’après-betterave. Quels sont les autres ?
Je dirai d’abord prudence : attention à ne pas déstabiliser d’autres filières qui se portent plutôt bien. Je pense au lin où nous ne sommes pas acteurs et à la pomme  de terre dans laquelle nous sommes acteurs. Il faudra rester raisonnable.
Au-delà, on peut penser au maïs, aux orges d’hiver brassicoles et orges de printemps avec de très belles nouvelles variétés.

> Et le blé sur blé ?
On en connait les limites et ce n’est pas dans l’air du temps.
Il faut plutôt diversifier la rotation des cultures.

> Quel regard politique portez-vous sur la fermeture de la sucrerie de Cagny ?
Je suis effondré, consterné, effaré par le manque d’implication de nos élus exception faite bien sûr de nos élus locaux, départementaux et régionaux. Je porte un regard critique et acerbe sur les ministres qui sont venus parader devant les grilles de la sucrerie. Une posture purement électorale à la veille des élections européennes alors qu’ils avaient la main pour réécrire une page à travers la création d’une coopérative sucrière.
Il fallait simplement un peu de courage politique.
Alors « oui », les cours du sucre étaient au plus bas mais « un », les betteraviers ont toujours su passer les tempêtes. « Deux », les cours repartent à la hausse. On peut parler de véritable gâchis.

> Ce manque de courage politique ne présage rien de bon sur le dossier ZNT (Zone de Non Traitement) ?
On peut effectivement craindre le pire. Les élections se succèdent dans notre pays provoquant une surenchère environnementale. Le politique a tendance à écouter celui qui crie le plus fort.
Et pourtant, l’agriculture française est d’une qualité sanitaire quasi irréprochable et de plus très abordable, 20 % de budget d’un ménage à ce jour. 
Pour résumer mon sentiment, je reprendrai une phrase entendue lors d’une manifestation d’agriculteurs à Caen devant la préfecture : « quelle ingratitude vis-à-vis du monde paysan ! »

> Où en êtes-vous dans vos investissements ?
Notre plan stratégique 2015/2025 est contrarié par la météo. Des travaux devaient démarrer en octobre à Nonant pour augmenter notre capacité de stockage de 14 000 t supplémentaires mais c’est techniquement impossible. Nous avons dû les décaler d’un an.

> Ce qui augure une moisson 2020 compliquée ?
Il est trop tôt pour le dire, on ne sait pas ce que la météo nous réserve. A ce jour, sur notre territoire, seulement 20 % des blés sont semés sans parler des 600 000 t de betteraves qu’il reste à arracher.

Sylvie Brunel et l’agribashing

Dix ans après, Sylvie Brunel interviendra à nouveau à l’occasion de l’assemblée générale de la coopérative de Creully. Dans un contexte d’agribashing qui flanque le moral des producteurs dans les chaussettes, la géographe, économiste et écrivain française axera son discours sur le thème : « plus que jamais, n’ayons pas peur de produire ». Une communication, qui s’appuie sur les peurs, se développe aujourd’hui et tente de désigner les agriculteurs comme boucs émissaires des maux de la planète. « Un temps d’écoute synonyme de havre de paix pour nos agriculteurs », espère Pascal Desvages.

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