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Dominique BUSSEREAU
Le cidre a de l'avenir

"Le cidre et les produits dérivés ont de grandes perspectives d'avenir". Le Ministre de l'Agriculture croit en leur avenir.

Considérez-vous le cidre (et ses produits dérivés) comme une boisson d'avenir ? Tous les produits obtenus à partir de pommes constituent une gamme très riche et très étendue mais parfois méconnue. Les consommateurs pensent immédiatement au cidre et au calvados. Mais cette liste peut cependant être complétée par les jus de pomme, le pommeau, le poiré, la fine de Bretagne. Ces produits sont emblématiques des régions de Normandie, de Bretagne et de Pays-de-la-Loire, et le cidre y tient une place particulière. Le verger de pommiers hautes tiges est indissociable des pays de bocage avec leurs haies et leurs pâturages arborés. A ce verger traditionnel est venu s'adjoindre un verger de basses tiges. Un nombre significatif d'exploitants agricoles se sont même spécialisés dans cette production qui permet, sur une superficie de taille moyenne, de dégager un revenu agricole satisfaisant. J'ai d'ailleurs développé un plan pour accompagner financièrement la rénovation du verger. Dans cette évolution, les entreprises de transformation de pommes et de poires ont joué un rôle essentiel pour garantir les revenus d'exploitants agricoles qui réalisaient des investissements. Ces entreprises ont conclu avec eux des contrats à long terme qui leur assuraient des débouchés pour une période suffisante. Dans le secteur des cidres coexistent les cidres de marque qui sont souvent commercialisés sous une indication géographique protégée (IGP), les cidres sous appellation d'origine contrôlée (AOC), les cidres sous label rouge et les cidres fermiers. L'existence d'une production artisanale atteste de la vigueur de l'ancrage régional. La filière cidricole qui s'inscrit dans cette tradition est engagée depuis une vingtaine d'années sur la voie de la modernisation. En dépit de sa dimension économique modeste par rapport aux autres filières de boissons, la filière cidricole présente de nombreux atouts. Outre l'origine régionale, le cidre reste une boisson faiblement alcoolisée qui peut séduire certains consommateurs pour cette raison. Les agriculteurs qui produisent eux-mêmes une grande partie de leur gamme à travers leurs coopératives doivent désormais relever le défi des modes de consommation. Il leur faut mettre sur le marché des produits homogènes qui peuvent seuls fidéliser les acheteurs. Il faut également convaincre le consommateur que ces boissons méritent leur confiance par le suivi de la qualité de la production du verger jusqu'à la vente au détail, en accompagnant cette évolution par une politique de communication efficace. C'est à ce prix que cette filière pourra gagner des parts de marché et développer un potentiel que je crois encore important.Quel regard portez-vous sur l'organisation de la filière cidricole en France ? Au sein de la filière coexistent des producteurs fermiers qui transforment leurs propres fruits et des entreprises dont les volumes de production sont comparables à ceux de nombreuses industries agro-alimentaires. Cette diversité est bien sûr une contrainte mais incontestablement une richesse, à condition que tous les opérateurs avancent dans la même direction. Dans ce secteur, l'effort de regroupement des entreprises a été particulièrement significatif et placé sous l'égide du secteur coopératif. Les trois principaux producteurs de cidre sont désormais des coopératives. La structure interprofessionnelle contribue financièrement à la réalisation du plan d'adaptation du verger cidricole réclamé initialement par la Fédération nationale des producteurs de fruits à cidre (FNPFC). Cet exemple est significatif du rôle que peuvent jouer les interprofessions dans l'organisation et la régulation de la production. Afin de donner une pleine efficacité aux actions conduites en faveur de cette filière, il est nécessaire que les interprofessions coordonnent désormais mieux leurs actions. L'UNICID (Union nationale interprofessionnelle cidricole) et l'IDAC (Interprofession des appellations cidricoles) participent déjà conjointement à la mise en place des actions collectives de la filière. Sur de nombreux aspects ces actions complémentaires ne peuvent se concevoir sans concertation préalable et évaluation commune. A terme, je ne peux que soutenir un rapprochement entre les deux interprofessions si elles le souhaitent vraiment.Est-il possible (ou souhaitable) d'établir des passerelles (au niveau de la recherche, du développement, des interprofessions...) entre les filières cidricoles et viticoles ? Sous le nom de Centre technique des productions cidricoles (CTPC), un centre technique industriel assure des missions de connaissance de la production, prévision de récoltes, étude des fermentations, recherche sur la protection des arbres contre les maladies, conseil technique, conservation des variétés répertoriées... Le CTPC a pour vocation de fédérer et de coordonner la recherche et le développement de l'ensemble de la filière. Le CST (Conseil scientifique et technique du CTPC), dont le président est un chercheur de l'INRA, constitue l'organe adéquat vers lequel doivent converger les besoins et où les orientations qui engagent l'avenir peuvent prendre forme. Il est déjà un point de contact important entre la filière cidricole et la filière viticole. Les thèmes communs sont évidents : recherches sur les fermentations, techniques d'élaboration, santé des consommateurs. Il me semble qu'il faudrait élargir ces travaux. Par la diversité des institutions de recherche (universités, INRA, CNRS, INSERM et centres techniques) autant que par la richesse des thématiques prospectées, les activités de recherche doivent conduire à un travail en réseau dans le cadre de partenariats. Les appels à projets lancés pour le développement agricole et rural ont précisément pour ambition de mettre en commun les thématiques. Les passerelles que vous évoquez existent déjà. Il faut simplement les consolider en veillant au respect des spécificités de chaque filière. Ainsi renforcés par la recherche des convergences interprofessionnelles et une modernisation de toute la filière, le cidre et les produits dérivés ont de grandes perspectives d'avenir. Propos recueillis par Th. Guillemot
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