Aller au contenu principal

« Le ciel nous tombe sur la tête »

Nathalie Séjourné est installée avec son mari, Christian, au Mesnil-Hubert-sur-Orne, en polyculture élevage : 190 ha de cultures et vaches allaitantes, laitières, taurillons. L’année dernière, l’exploitation réalise la prophylaxie pour la tuberculose bovine. Deux génisses sont confirmées positives. Le cheptel est abattu. « Il y avait 358 animaux », chiffre l’éleveuse.

© JP

La deuxième lecture de la prophylaxie était un vendredi. Je m’en souviendrai toute ma vie. Le lundi, les deux génisses positives sont parties à l’abattoir avec un taureau douteux. Nous étions début mars. Trois semaines après, nous avons reçu les résultats des analyses de ganglions. Le mâle était négatif. Les laitières positives. Un deuxième laboratoire a confirmé les résultats. M. Fouquet nous a appelés un mercredi, à 9h30, mi-avril. Il nous a dit qu’il y aurait abattage total. C’est quelqu’un de correct, mais le ciel nous tombe sur la tête. Il est venu l’après-midi même avec notre vétérinaire pour nous expliquer les démarches. Il nous donne la date de départ des animaux. Première embarcation le 29 avril, les taurillons qui étaient prêts. Les derniers animaux ont quitté la ferme le 3 juin. À chaque fois, M. Fouquet était présent et nous a soutenus. Pendant tout ce temps, on se sent très seul. Heureusement, j’ai pu échanger avec un groupe cultures du Morbihan. Un monsieur avait subi la tuberculose deux fois. Il m’a beaucoup parlé, ça m’a aidée.

Deuxième douche
Deux experts sont venus estimer les animaux, mais nous n’avons pas eu leur compte-rendu avant qu’ils ne soient abattus. L’abattoir nous a acheté les bêtes entre 1,50 et
2€/kg. Les analyses n’ont détecté aucune autre bête positive à la tuberculose. Et la viande a été commercialisée, j’ai vu le numéro de lot dans une grande surface du coin. Nous avions des Salers. La viande était vendue plus de 20 €/kg… Le manque à gagner de la production laitière est payé, l’arrêté nous autorisant à reprendre en septembre. Entre deux, il faut tout désinfecter. On nous a demandé de démonter les installations en bois et de les brûler : les traverses, nos outils de travail. Vous prenez une deuxième douche. L’entreprise Effiterr nettoie et désinfecte du sol au plafond la salle de traite, les cases à veaux, les stabulations. Le produit reste posé pendant un mois.  Puis l’entreprise redésinfecte. Pendant tout ce temps, les crédits sont toujours là.

Revenu exceptionnel ?
Nous avons touché une partie des indemnités. J’espère que nous pourrons lisser cette rentrée d’argent sur plusieurs années, sinon la MSA va nous squeezer. Les premiers animaux sont revenus en septembre, d’abord les allaitantes. J’ai choisi mon troupeau dans le Cantal, je suis repartie en race Salers. J’ai délégué la reconstitution du troupeau Prim’Holstein à un importateur. Aujourd’hui (7/11/19, NDLR), nous avons 270 animaux, mais moralement et physiquement différents des nôtres. Il faut faire la transition alimentaire des animaux, s’adapter à eux. Nous avons travaillé les taux de lait toute notre carrière. Tout cela est perdu. Quand on rachète les laitières, on ne connaît pas leurs performances. L’installation de mon fils est repoussée. Si la MSA nous a proposé de rencontrer une psychologue, je trouve que nous ne sommes pas assez informés, nous manquons d’accompagnement humain. Il faut faire preuve de beaucoup de courage. »

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout l'Agriculteur Normand.

Les plus lus

Loris Vallée, juge en race Roussin au Salon de l'Agriculture, entouré de Victoria King et Mélissa Mouchel : un passeur de connaissances et compétences.
Au Salon de l'Agriculture, Mélissa Mouchel passe du ring au podium et décroche la médaille d'argent
À 18 ans, Mélissa Mouchel, étudiante en BTS Métiers de l'élevage au lycée de Saint-Lô Thère vient de vivre deux jours intenses,…
Chantal Jourdan, députée socialiste de l'Orne, a entendu les inquiétudes des responsables d'ETA concernant le crédit d'impôt accordé aux adhérents Cuma dans le cadre du plan de finances 2026.
Les ETA interpellent Chantal Jourdan sur le crédit d'impôt
Vendredi 13 mars, Chantal Jourdan, députée ornaise et la seule élue sur les 27 contactés par EDT Normandie à avoir répondu à…
La mise en place de la réforme sera longue. Mais elle représente dès maintenant une grande avancée.
La FNSEA obtient la retraite sur les 25 meilleures années
La réforme des " 25 meilleures années " va enfin se mettre en place. Les deux premières années vont donner lieu à une…
Les JA des cantons de Flers, Messei, Athis, Briouze, et la FDSEA, se sont mobilisés à Flers, mardi 24 février, pour dénoncer la baisse du prix du lait.
Les JA et la FDSEA manifestent contre la baisse du prix du lait
Alors que les négociations commerciales entre les GMS et les industriels sont achevées, une nouvelle baisse du prix du lait a été…
Arnaud Viel, chef cuisinier ornais étoilé, et Émilie Fléchard, directrice adjointe de la fromagerie Gillot, mettent en lumière les produits du terroir et notamment le camembert AOP de Normandie au lait cru.
Les producteurs ornais également récompensés
Au Salon international de l'agriculture à Paris, des producteurs et éleveurs de l'Orne ont concouru au célèbre CGA (Concours…
Iulia Khramtsova et Yann Lefaux ont présenté leurs nombreux produits élaborés à base de plantes aromatiques : tisanes, vinaigres, moutardes...
Des producteurs calvadosiens fiers et au rendez-vous
Durant dix jours, au Salon international de l'agriculture à Paris, les producteurs du Calvados ont animé le pavillon normand avec…
Publicité