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Franck Malinowski, directeur de la branche “Boissons” d’AGRIAL
Le crève-cœur cidricole Val-de-Vire et Dujardin

Abus de position dominante sur le marché du cidre. C’est un peu ce que reproche l’Autorité de la concurrence à AGRIAL. Elle impose à la coopérative de détricoter ce qu’elle a, avec efficacité, reconstruit depuis deux ans. Une décision lourde de conséquences mais aussi déconcertante quand il s’agit d’un micro marché mondial, voire d’une niche hexagonale, que les industriels français ont abandonné les uns après les autres depuis plus de vingt ans. Néanmoins, s’est-on pris les pieds dans le tapis du côté de la coopération régionale ? Décryptage avec Franck Malinowski, directeur de la branche “Boissons” d’AGRIAL qui avoue que cette séparation à marche forcée constitue un crève-cœur.

Les cidreries Val-de-Vire à Condé-sur-Vire (50) et Dujardin à Cahagnes (14) sont officiellement à vendre. Y aura-t-il un repreneur sachant que les industriels depuis plus de 20 ans, les uns après les autres, ont abandonné le secteur? “Oui” pense sans doute l’Autorité de la concurrence.
Les cidreries Val-de-Vire à Condé-sur-Vire (50) et Dujardin à Cahagnes (14) sont officiellement à vendre. Y aura-t-il un repreneur sachant que les industriels depuis plus de 20 ans, les uns après les autres, ont abandonné le secteur? “Oui” pense sans doute l’Autorité de la concurrence.
© TG
L’Autorité de la concurrence vient de demander à AGRIAL de céder les deux cidreries acquises en 2009 auprès de la coopérative Elle-et-Vire. Où en sommes-nous à ce jour ?
Nous sommes effectivement contraints de déboucler l’opération Val-de-Vire et Dujardin. Ça signifie que nous nous sommes engagés à mettre tous les moyens en œuvre pour trouver un acquéreur aux sites cidricoles de Condé-sur-Vire (50) et Cahagnes (14). Nous allons nommer un mandataire qui sera chargé de la cession. Il prendra contact avec toute société cidricole ou de l’univers des boissons susceptible d’être intéressée par une reprise.

Comment en est-on arrivé là ?
Au moment de la reprise de l’activité cidricole d’Elle-et-Vire par AGRIAL en 2009, le dossier n’était pas soumis aux règles de l’Autorité de la concurrence. Avec la fusion entre les deux coopératives, en juin dernier, la donne a changé. Le passage par cette même Autorité était obligatoire avec un droit de regard sur les deux années antérieures.
L’Autorité de la concurrence a rendu ses décisions : sur le volet agrofourniture qu’il ne m’appartient pas de commenter et sur le volet cidricole. 

Dans quel état d’esprit êtes-vous ?
La direction, l’encadrement comme les salariés le vivent très mal. Cela faisait deux ans que nous partagions une aventure humaine forte. L’intégration s’était parfaitement déroulée avec des résultats à la clé. Val-de-Vire, qui perdait rappelons-le 1,8 Me au 31 décembre 2008, a été remis sur de bons rails grâce à des choix commerciaux et industriels opportuns. Cette séparation, c’est véritablement un crève-cœur pour nous comme pour les salariés de Val-de-Vire.

Existe-t-il réellement un repreneur potentiel ?
Nous n’avons pas à nous poser cette question. Si l’Autorité de la concurrence a rendu cette décision, c’est qu’elle estime qu’il en existe.

L’apporteur de pommes Val-de-Vire qui était coopérateur Elle-et-Vire est devenu apporteur de pomme/coopérateur AGRIAL. Devra-t-il, au terme de cette cession, à nouveau changer de boutique ?
Remettons les choses dans l’ordre. AGRIAL a d’abord racheté l’outil de production Val-de-Vire et Dujardin. Ce n’est qu’après que nous avons proposé aux coopérateurs Elle-et-Vire de devenir coopérateur AGRIAL. Sur 130 producteurs de pommes, de mémoire, 127 ont accepté dont une majorité est aujourd’hui membre de l’OP (Organisation de Producteurs) et 3 ont préféré contracté avec des tiers. Il ne serait pas concevable, demain, de ne pas travailler avec ceux qui nous ont rejoint hier.

Ce qui signifie que l’éventuel repreneur se trouverait potentiellement amputé d’une partie de son approvisionnement ?
Il existe aujourd’hui un bassin de production normand qui n’est pas AGRIAL et qui permettra au repreneur de trouver des solutions. Par ailleurs, nous nous sommes engagés à proposer à l’ensemble de nos producteurs, non AGRIAL normand, et il en existe, de rejoindre le futur repreneur. Charge à lui de se prononcer sur ce point le moment venu. 

La campagne cidricole 2011/2012 est démarrée. Comment se présente-t-elle ?
Je dirai que c’est une campagne pour producteurs car les volumes sont là. Ils impacteront positivement le revenu.
A contrario, à cause d’un été pluvieux et déficitaire en soleil, la richesse en sucre est historiquement faible.

Ça bouchonne dans les usines ?
Nous nous sommes organisés et mis en position de prendre la globalité des fruits en campagne. Octobre reste cependant très chargé. C’est pourquoi nous avons demandé aux producteurs d’anticiper certaines livraisons sur septembre ou d’en reporter après le 11 novembre. Les fruits se conservent bien mieux au sol que dans les silos. Heureusement, l’été indien qui a cédé sa place à des températures plus de saison va nous faciliter la tâche. Cependant, il va falloir s’attaquer à cette fâcheuses tendance à vouloir raccourcir les saisons. On ne peut pas construire une usine et des capacités de stockage pour un mois.
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