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Diversification
Le golf rustique veut faire son trou !

Pour s’adapter à une clientèle toujours plus exigeante, les agriculteurs se diversifient autour de concepts novateurs. Exemple dans le Pays d’Auge : la ferme de la Biquetière vient d’inaugurer un Spa. Et une exploitation voisine propose désormais un golf au milieu de son élevage de Salers. Le parcours de quatre trous permet de goûter aux joies de la campagne.

Ala Brévière (14), tous les golfeurs ont des supporteurs. C’est l’un des bonus proposés par la ferme du midi. Les joueurs sont accompagnés sur le terrain par le troupeau de Salers de l’exploitation ! Le parcours a ouvert ses trous début juillet. Lionel et Caroline Windrif, agriculteurs, proposent un « golf rustique ». “Ce terme n’est pas péjoratif. Les joueurs ne doivent pas attendre les finitions d’un grand golf. Ici par l’ambiance et par le prix, ce sport devient accessible”, expliquent-ils.

Sur le parking : une truie à la place de grosses berlines
Le golf campagnard pourrait même devenir tendance. Niché sur les collines du Pays d’Auge, de multiples détails donnent une âme à cette activité traditionnellement élitiste. Loin des strass et des paillettes des terrains parisiens ou deauvillais, une truie déambule en liberté et affectionne le départ du practice pour faire ses besoins. Les hirondelles ont, elles, pris pour cible la tondeuse dédiée aux greens. Le club-house, encore ouvert aux quatre vents, n’en a pour l’instant que le nom. Et sortant de sa maison augeronne, Lionel Windrif accueille sa clientèle en bleu de travail.
L’agriculteur ne cible pas uniquement les touristes. “J’ai déjà des habitués. On doit pouvoir jouer au golf après le boulot, comme on joue à la pétanque. Hier, un plombier est venu se détendre entre deux rendez-vous. J’ai appelé la fédération. Ils apprécient ce type de structure pour démocratiser leur sport”. Aujourd’hui, c’est un habitué des golfs rouennais qui s’arrête à la ferme du midi. L’homme réside dans sa maison de vacances pour les trois prochaines semaines. Il semble séduit. “Je suis venu pour ma femme. Ici, c’est l’idéal pour débuter. On ne subit pas la pression des bons golfeurs. Mais je vais aussi trouver mon compte, même si je suis plus expérimenté dans ce sport”.

Un agriculteur débutant en golf
S’il faut 120 vaches pour sortir un Smic, autant travailler à l’usine”, regrette l’éleveur. Ce dernier a saisi la balle au bond. Cette idée de diversification a donc jailli un an plus tôt, sur les conseils d’amis. Installé depuis 5 ans sur 39 hectares, Lionel Windrif cherchait à pallier le manque de rentabilité de son élevage de vaches allaitantes. Ses 40 Salers voient ainsi passer les premières balles pendant l’hiver. Elles observent ses tentatives de “putts” au milieu des bouses : l’éleveur débute. Son expérience se limitait à une leçon prise à l’adolescence. “J’ai beaucoup lu, je me suis documenté, je me suis entraîné. Histoire de savoir un minimum de quoi je parle. Enfin, j’ai travaillé sur le parcours. Je pensais que sa réalisation irait beaucoup plus vite”, témoigne le paysan golfeur. Pour élaborer le tracé de son parcours, il a bénéficié des conseils d’un “greenkeeper” de renom. Comprenez responsable des jardiniers du terrain de golf du groupe Barrière de Deauville. Ce dernier a replacé les greens et les départs. Le parcours compte actuellement quatre trous. Objectif : en construire 5 supplémentaires. Putter, bois ou driver n’ont désormais plus de secret pour ce paysan golfeur. On a beaucoup “putté” au mois de juillet sur la ferme du midi. Pour l’instant, le projet respecte le tableau de marche. Pour son business plan, l’agriculteur réalise “le par*”. Il s’est pris au jeu.

Tarifs
- Débutants et joueurs confirmés peuvent trouver leur compte à la ferme du midi. Comptez 12 euros pour le parcours 4 trous. “A ce prix, vous pouvez le réaliser à volonté. La semaine dernière, un Irlandais l’a fait quatre fois de suite”, détaille Lionel Windrif.

- Autre solution : une séance de « practice » à 3 euros. “Vous disposez d’un seau rempli de 50 balles à frapper. C’est un bon exercice pour les débutants et un bon moyen de détente”.

Plus que des trous et de l’herbe

Je croyais que ce projet irait très vite : un coup de tondeuse et des trous dans le sol. Mais, j’ai pris beaucoup de temps”, témoigne Lionel Windrif. Sur des parcelles dédiées au bétail ou sur un complexe golfique, la gestion de la pousse de l’herbe ne s’improvise pas. Les greens sont entretenus tous les jours. Les fairways, à savoir les grandes allées qui mènent jusqu’aux drapeaux, sont tondus au minimum tous les deux jours. L’agriculteur a mûri son parcours en gardant en tête la facilité d’entretien. “Il faut penser à la beauté du golf, à l’intérêt du jeu mais aussi à l’entretien. Plus c’est compliqué, plus cela prend de temps”.

30 000 € d’investissement : un golf low cost
La ferme joue la carte “low cost”. Les grands golfs se révèlent souvent rentables grâce à l’hôtellerie ou la restauration. Pour réaliser son projet, l’agriculteur a emprunté 30 000 euros et utilisé le système D. Principal poste d’investissement : les machines. L’équipement pour tondre les greens a été acquis d’occasion pour environ 12 000 € contre 30 000 euros en neuf. Pour ses clubs, le paysan golfeur a fait ses emplettes au Trocathlon (le marché de l’occasion de l’enseigne Décathlon). “Un golf de Picardie m’a également aidé en me donnant ses vieux clubs”. Lionel Windrif a gardé l’esprit agricole. En témoigne son sens de la récupération. Toujours dans l’esprit low cost, il a monté les pneus basse pression d’une benne sur son tracteur. Autre dépense : l’achat de semence pour les greens, l’agrostis résiste à une coupe de 20 mm.  Après un mois d’exploitation, le paysan-golfeur-greenkeeper tient pour l’instant son pari. Il couvre ses charges. 
V.M.

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