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Le million !

Au Pin (61), l’Inra se dote de nouveaux moyens de phénotypage en race allaitante.

L’inauguration, le 9 juillet dernier, des deux bâtiments du pôle allaitant - 1 million d’euros pour 3 600 m2 -  est venue parachever les différents programmes et conforter la station du Pin comme site majeur de recherche en génétique bovine lait et viande. Une dynamique née en 2006, où le site du Pin avait déjà été confirmé comme station d’expérimentation animale, avec une logique d’investissement de 2007 à 2013, dans le cadre d’un contrat de projet État région.

Triple défi
Nous sommes face à un triple défi climatique, agroécologique et alimentaire. Nous apercevons les murs de la planète et nous avons un énorme besoin d’innovation face à cela”, a rappelé Olivier Le Gall, directeur général Inra délégué aux affaires scientifiques, quelques instants avant de couper le ruban tricolore. 

Partenariats
Mission est donc donnée à cette nouvelle installation de participer à l’effort nécessaire d’innovation. “Ceci dans le contexte particulier de la recherche et développement en agriculture, qui a en face d’elle, 300 000 microentreprises d’exploitation agricole, souligne Olivier Le Gall. Une particularité qui pousse l’Inra à nouer des partenariats forts avec les organismes de développement, Instituts techniques et Chambres d’agriculture notamment”. La principale mission de ce pôle récemment agrandi sera de  poursuivre des missions de phénotypage, c’est-à-dire de mesure de l’expression de caractères.

Chercheur à l’Inra du Pin, Dominique Dozias explique comment la mesure des caractères exprimés  par les animaux permet d’y associer les parties d’ADN concernées et de faire avancer la sélection génomique.

 

En quoi consistent vos travaux de phénotypage des vaches allaitantes à l’Inra du Pin ?
Il s’agit pour nous de mesurer individuellement différents caractères exprimés par les animaux. Nous choisissons des caractères que nous pensons pouvoir relier à des qualités d’élevage, robustesse, production, efficience, adaptabilité, précocité, longévité... L’enjeu, c’est de croiser ensuite ces données avec les génotypes des animaux. Nous espérons ainsi détecter des parties d’ADN explicatives de la variation de l’expression des caractères d’intérêt, les QTL. 

Concrètement, comment mesurez-vous les phénotypes ?
Prises de sang, pointages, pesées, émissions de méthane, échographies des tissus, mesures du dépôt adipeux, évaluation du format, collecte de colostrum... C’est un travail de longue haleine. Pour mesurer l’efficacité alimentaire individuelle, cela passe par des pesées régulières des animaux et la mesure des quantités individuellement ingérées. Pour la digestibilité individuelle, nous réalisons des prélèvements individuels de bouses. Ce n’est pas la partie la plus amusante...

Comment se constitue votre troupeau de référence ?
Nous disposons de plus de 200 vaches allaitantes, de race charolaise. Nous avons suffisamment de variabilité au sein de la race, pour pouvoir transposer ensuite les recherches à d’autres races. Le troupeau de génisses, vise à étudier les QTL de développement de l’animal, de précocité et de valorisation de la ration. La précocité nous semble un critère à améliorer dans les élevages français, traditionnellement plus tardifs que les souches anglo-saxonnes. Les éleveurs et les stations d’insémination sont très demandeurs. Il y a beaucoup à gagner sur ce critère.

Pourquoi suivre également les vaches suitées ?
Le troupeau de mères suitées doit nous apporter des indications sur des QTL impliqués dans la longévité des animaux, leurs qualités maternelles et leur fécondité. Nous poussons les vaches jusqu’à la troisième lactation, âge auquel nous considérons avoir suffisamment de données pour évaluer tous ces caractères.

Avez-vous besoin d’animaux très performants ?
Nous sommes en amont de la sélection. Ce n’est pas important que notre troupeau soit à la pointe de la génétique.

Quelles sont les conséquences de vos recherches ?
L’identification de QTL et leur caractérisation au sein d’une population de référence doit ensuite permettre d’établir des modèles prédictifs. A partir du génotype d’un animal, nous devons pouvoir prédire ses qualités d’élevage. C’est un outil très puissant d’aide à la sélection des taureaux et des femelles de renouvellement. En races laitières, les taureaux génomiques ne sont plus sélectionnés que sur l’analyse de leur génotype, sans être confirmés sur la descendance. En races allaitantes, les populations de référence sont faibles, ce qui freine le développement de cette sélection génomique.

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