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Le ministre prend le pouls d’un élevage normand qui s’essouffle

Vendredi, Stéphane Le Foll a rencontré les syndicats bas-normands sur l’exploitation de Denys Lerévérend, à Castillon-en-Auge. Entre PAC, production et environnement, le ministre de l’agriculture prône « le croisement des enjeux ».

© VM

Sa ferme est représentative du pays d’Auge. Avec 78 hectares, 40 vaches normandes et une production de 260 000 litres de lait, l’exploitation est orientée vers l’herbe. Mais ce modèle typique du secteur s’étiole. “On disparaît les uns après les autres”, regrette Denys Lerévérend. Comparé à d’autres systèmes, la PAC a finalement pénalisé cette exploitation et ses pâtures.

La crainte de la convergence
Et la nouvelle PAC, actuellement en négociation, ne dotera pas forcément mieux ce type de ferme. A l’échelle de la région, les syndicalistes ont d’ailleurs exprimé leurs craintes au ministre. Ce doute s’appuie sur une étude des Chambres d’agricultures de Normandie. “Selon un scénario de convergence nationale des aides, pour les exploitations laitières spécialisées, le DPU pourrait passer de 344 €/ha à 259 €/ha (- 25 %). Pour les exploitations « lait+engraissement de bovins », le DPU de 369 €/ha n’atteindrait plus que 268 €/ha (-27 %)”. Ce rapport, remis par la FRSEA, les JA et la CRAN au ministre de l’agriculture, rappelle également  que “la convergence des aides sera globalement préjudiciable aux fermes bas-normandes”. Le niveau de soutien par hectare est en effet supérieur à la moyenne nationale, avec 306 €/ha contre 286 €.

La surdotation des 50 premiers hectares
Pour soutenir l’élevage, Stéphane Le Foll propose notamment de surdoter les 50 premiers hectares. “Attention aux fausses bonnes idées”, prévient cependant Pascal Férey, président de la FRSEA de Basse-Normandie. Dans le Pays d’Auge, la surdotation d’hectares dédiés au cheval de loisir est redoutée. Même si le ministre de l’agriculture dit “avoir de bonnes pistes” pour contourner certains effets pervers. “Je ne vais pas surdoter les hectares de Bourgogne et de Champagne”. Pour une PAC plus favorable aux petites exploitations et à l’élevage, Stéphane Le Foll mise aussi sur une dégressivité des aides plus que sur un plafonnement. “Déjà, on sait que le Royaume-Uni, l’Allemagne ou des pays de l’Est refuseront ce plafonnement. Ensuite, c’est facile à contourner juridiquement”.

Une prairie sans vaches ?
Au-delà des prix et de la future PAC, les éleveurs cherchent à retrouver une compétitivité. Chez Denys Lerévérend, elle passe par un projet de nurserie. “L’investissement dans de nouveaux bâtiments me semble primordial”. Des proposes corroborés par Stéphane Le Foll : “Il faut aider les jeunes à investir dans les bâtiments mais pas n'importe comment. Pas pour abriter une benne qui va servir dix fois dans l'année”. Avant d’évoquer des aides, le cortège d’éleveurs, qui accompagne la visite du ministre, regrette d’abord la surcharge de contraintes environnementales. Elles bloquent la capacité d’investissement. Les agriculteurs dénoncent l’application de la directive nitrates. Selon la FRSEA, avec les nouvelles normes de rejets azotés des vaches laitières selon leur productivité et leur régime alimentaire, les pouvoirs publics découragent l’élevage. Un paradoxe que résume Pascal Férey : “Dans un système herbe, plus les vaches sont productives, plus elles sont sanctionnées”. Réponse de Stéphane Le Foll, “je ne veux pas de prairies sans vaches dessus. Il faut croiser les enjeux environnementaux de manière plus globale. Si on trouve de l’azote dans l’eau, c’est de l’azote perdue pour l’agriculteur”. En attendant, les éleveurs comme Denys Lerévérend seront obligé de réinvestir dans l’agrandissement de leur fosse de stockage de lisier et de fumier. Une charge parmi d’autres, quand le prix payé aux producteurs stagne...

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