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Le ramassage des pommes envisagé dès le 15 août en Normandie

Fruits qui tombent, fruits brûlés, fruits secs... les fortes chaleurs bousculent aussi les pommiers pourtant pourvus de profondes racines. La situation est inégale selon que le verger est plus ou moins proche de la mer.

"Je n'ai pas beaucoup de cheveux mais je pense qu'à la fin de la saison je vais en avoir encore un peu moins", plaisante Thomas Pelletier. L'ancien président de l'Unicid (Union Nationale Interprofessionnelle Cidricole) installé à Vaux-sur-Aure à côté de Bayeux est comme tout le monde : il scrute la météo. "Il faut qu'il pleuve." Sans boule de cristal, il estime déjà ses rendements à "20 à 30 % de moins que la moyenne des trois dernières années. Et encore, nous, en bordure de côte, les arbres ont l'air de mieux supporter, les arbres ont une certaine résilience".

Même constat pour François Calandot qui dirige la Cidrerie de la Brique à Valognes. "Début juillet, il faisait 23° dans le Cotentin quand il faisait 37 au fin fond de l'Orne. Mais, même entourés par la mer, les vergers de la Manche sont forcément touchés par les fortes chaleurs".

"Dans certaines parcelles, tous les fruits sont tombés. L'arbre s'en débarrasse par manque d'eau."

Dans les terres, la situation est en effet plus critique. Emmanuel Gouello conduit 60 ha de vergers en bio à Tellieres-Le Plessis, entre Sées et Mortagne-au-Perche. "Les fruits tombent", constate-t-il impuissant, "l'arbre s'en débarrasse par manque d'eau, si bien qu'on ne compte plus aucune pomme sur certaines parcelles". Il s'attend à une récolte en baisse de 60 à 70 % par apport à une année normale. Certes, il a souscrit une assurance climatique mais elle se base sur la moyenne quinquennale à laquelle on retranche 20 %. "Cela va couvrir à peine les charges. Il va falloir que les banques nous aident sinon ça va se compliquer." Nathalie Dupont travaille dans la filière cidricole depuis plus de 30 ans. Elle est conseillère et responsable technique chez Agrial pour l'OP fruits destinés à la transformation. Ce qu'elle a constaté, elle ne l'avait jamais si fort : "il y a beaucoup de brûlures sur les fruits à cause de coups de soleil assez importants sur les vergers du sud de la Normandie, dans des proportions inhabituelles". Ces brûlures forment une sorte de peau noircie, "ça cuit carrément en dessous au niveau de l'épiderme".

Les beaux calibres de juin bloqués

Par conséquent, la vigilance est de mise car "le fruit a séché. Or, si la pluie revenait et que les fruits avaient tendance à vouloir regrossir un peu, ne risquent-ils pas d'éclater ?" se demande-t-elle. La situation présenterait alors un risque de maladie sur ces fruits avant une crainte de contamination aux autres pommes.

Si Nathalie Dupont s'attendait, comme tous, à des rendements en baisse en 2026 après une année exceptionnelle en 2025, elle avait toutefois constaté de beaux calibres en juin. "Et, depuis, les calibres sont complètement bloqués par les fortes chaleurs. Donc on doit s'attendre non seulement à des rendements en baisse mais aussi des fruits plus secs avec des richesses en sucre plus élevées." Peut-être trop pour le cidre.

La récolte dès le 15 août ?

C'est aussi l'agenda de la récolte qui se trouve bousculé. Elle sera en avance. "On peut imaginer qu'il va y avoir au moins quinze jours à trois semaines de décalage", juge Thomas Pelletier. Chez Agrial aussi on s'adapte à cette précocité et on prévoit d'ouvrir les cidreries dès le lundi 17 août.

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