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Philippe Tillous-Borde, directeur général de Sofiprotéol et de la Fop
Le rapport Attali reconnaît la puissance du secteur agricole

Membre de la commission Attali qui vient de rendre un rapport à Nicolas Sarkozy exposant plus de 300 propositions pour « lever les freins à la croissance française », Philippe Tillous-Borde commente les débats qui ont animé ses travaux, et les préconisations du rapport touchant le monde agricole et agroalimentaire.

Il y a eu un consensus de la commission pour dire que les OGM étaient importants pour améliorer les productions sur le plan quantitatif et qualitatif en s’assurant qu’il n’y a aucun risque pour l’alimentation et l’environnement.
Il y a eu un consensus de la commission pour dire que les OGM étaient importants pour améliorer les productions sur le plan quantitatif et qualitatif en s’assurant qu’il n’y a aucun risque pour l’alimentation et l’environnement.
© DR
Quel est votre sentiment général sur la copie rendue par Jacques Attali ? Ses propositions vont-elles dans le sens d’un retour à une solide croissance ?
Philippe Tillous-Borde : Le travail a été conséquent. Il est légitime de chercher à lever les freins à la croissance française car de nombreux pays dans le monde ont une croissance forte : plus de 100 pays ont un taux de croissance supérieur à 5 %. Ce n’est pas une fatalité d’être à 2 ou 2,5 %. On peut mieux faire.
Mais c’est un sujet très vaste, nous avons élaboré 316 propositions. Nous n’avons pas la prétention d’avoir répondu complètement à la question posée. Tous les sujets abordés consistent à lever des freins car il y a de l’inertie dans nos habitudes, nos législations, etc.
Beaucoup de journalistes ont dit que c’était un rapport libéral. Pourtant, on ne supprime pas les règles, on en propose d’autres lorsque les anciens modes de fonctionnement ont pu créer des freins. Nous envisageons également d’autres types d’encadrement. Prenons l’exemple du financement des PME. Nous proposons que les délais de paiement soient ramenés à 30 jours sans pour autant proposer des paiements cash du jour au lendemain ! Quand on préconise que les PME recouvrent leur TVA dans les 10 jours, on fixe aussi des cadres.
Le rapport a abordé de nombreux champs : le pouvoir d’achat, les secteurs porteurs d’avenir, la compétitivité au travers de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, la fluidité du marché du travail, la modernisation de l’Etat et les mentalités concernant la croissance.
Globalement, ces propositions ne vont pas engendrer de nouvelles dépenses. Si certaines génèrent des dépenses, on propose alors des économies dans d’autres secteurs. L’objectif est de réduire de 20 milliards d’euros par an les dépenses de budget de l’Etat.

Comment se sont passés les travaux de la commission ? Y a-t-il des propositions qui ont difficilement fait consensus au sein de ses membres ?
Philippe Tillous-Borde : la composition de la commission était très diverse : ancien ministre, ancien commissaire européen, chefs d’entreprise, économistes, personnes issues du monde des salariés, des associations… Ses membres n’avaient donc pas forcément les mêmes visions sur la flexibilité du travail et les 35 heures par exemple. Sur ces sujets, il y a eu beaucoup de débats. A propos des « class action » aussi. Si le rapport y est favorable, il ne défend pas une class action à l’américaine où n’importe qui peut remettre en cause toute organisation du travail ou de la production. L’autorité de Jacques Attali était indispensable. Il y a des sujets sur lesquels il y avait des désaccords. Moi-même, j’ai mon interprétation du rapport sur certains points. Mais nous nous sommes ralliés à un consensus général.

Dans quel état d’esprit l’agriculture a-t-elle été abordée lors de vos travaux ?
Philippe Tillous-Borde : Le rapport reconnaît la puissance du secteur agricole et agro-alimentaire et son apport pour les autres secteurs. Dans nos échanges au sein de la commission, l’idée générale sur le secteur a été que l’agriculture, en réforme continuelle à travers la Pac, est très bien organisée. Mais pour la réformer, il convient de définir une nouvelle préférence communautaire, notamment au travers de la sécurité alimentaire, de l’environnement et du social. Par ailleurs, de nombreux thèmes transversaux comme ceux sur les PME, la recherche et le guichet administratif unique, concernent l’agriculture, les coopératives et les entreprises alimentaires.

Le rapport propose la liberté tarifaire entre fournisseurs et distributeurs, abrogeant ainsi les lois Galland et Raffarin. Qu’ont à y gagner les producteurs agricoles ?
Philippe Tillous-Borde : Que les conditions générales de vente puissent être négociées, ce n’est pas choquant. Mais de quelle manière ? Le tarif définit plus un prix de revient qu’un prix de vente. La question qui est posée, c’est le traitement discriminatoire entre les enseignes. Dans le cadre de la loi Châtel, il y a un progrès extrêmement important : le droit de passer les marges arrières – ou au moins une partie – à l’avant, c'est-à-dire dans le prix de vente. Il reste malgré tout, pour améliorer la négociation, à élaborer un contrat unique définissant les prestations que peut faire le distributeur.
Mais comment va-t-il être défini ? Quelles contreparties seront prévues à travers les prestations de services des distributeurs ? C’est un point important.
Par ailleurs, le rapport Attali encourage les organisations de producteurs pour que les PME puissent se regrouper, s’organiser pour mieux négocier face à la distribution.
Sur le thème de la croissance, le principe défendu par la commission est d’instituer une concurrence accrue pour conduire à la baisse des prix de vente. Se pose bien évidemment la question des moyens donnés aux entreprises pour permettre à leurs salariés de gagner des marges de manœuvre nécessaires pour participer à la croissance.

La proposition de développer les énergies renouvelables à partir de la biomasse ne vient-elle pas conforter les biocarburants, plutôt discrédités ces derniers temps en terme de bilan environnemental ?
Philippe Tillous-Borde : Il y a un an, les biocarburants disposaient d’un véritable boulevard. Mais, il y a eu des chicanes depuis le Grenelle de l’environnement. Cependant, la Commission européenne est déterminée. Dans le rapport, il était important de faire comprendre que les biocarburants existent déjà. Et que la recherche devait préparer la seconde génération. Le rapport reconnaît que la biomasse est au cœur des secteurs porteurs. La première étape se développe à travers le process de première génération. Il faut désormais mobiliser rapidement les moyens financiers et de recherche nécessaires à la mise en œuvre de procédés de deuxième génération permettant de valoriser la plante entière, procédés dont on peut attendre des réalisations industrielles à l’horizon 2015-2020.
La chimie verte est également reconnue comme étant très importante pour l’agriculture. Elle contribue à une croissance verte car elle est capable de générer de nombreux bioproduits comme les biolubrifiants par exemple, ou les plastiques biodégradables à partir d’amidon ou de glycérol, coproduit du diester. Le rapport propose des systèmes fiscaux incitatifs pour les bioproduits. Il préconise d’utiliser la TGAP pour développer de nouveaux secteurs porteurs. Tout ce qui vient de la chimie traditionnelle, à partir de ressources fossiles, doit appeler au paiement de taxes supplémentaires.

Le rapport stipule le développement massif de la recherche sur l’innocuité des OGM dans un chapitre consacré à la stratégie alimentaire ? Qu’a voulu dire Jacques Attali sur les potentialités que peuvent offrir les OGM ?
Philippe Tillous-Borde : Il y a eu un consensus de la commission pour dire que les OGM étaient importants pour améliorer les productions sur le plan quantitatif et qualitatif en s’assurant qu’il n’y a aucun risque pour l’alimentation et l’environnement.
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