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Orne
Le sanglier en ligne de mire du préfet

La population ornaise de sanglier a doublé en moins d'un an et demie. Une situation intolérable du point de vue de la sécurité routière, selon le préfet de l'Orne, Jean-Christophe Moraud. Une battue administrative est organisée cette semaine et des mesures seront prises pour 2013/14.

© AD
culteurs, mais surtout pour la sécurité routière. Le préfet de l'Orne, Jean-Christophe Moraud, a affiché sa détermination à luter contre le sanglier dans le département, mardi 5 février au soir, lors d'un point organisé avec la presse. La nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre dans les campagnes. Pour ou contre ? Du zinc des bistrots, jusqu'aux tables des restaurants, en passant par la boulangerie et la boucherie... , on a beaucoup parlé de la nouvelle marotte de la préfecture.
"La population a doublé en moins d'un an et demie, et le risque d'acident de la route augmente. Réduire le nombre de sangliers est une vraie question de sécurité routière", souligne le préfet. Si Jean-Christophe Moraud pense d'abord aux accidents de la route, les agriculteurs, pensent avant tout à leurs récolte. En 2012/2013, les indemnisations des dégâts aux cultures ont augmenté de 77 % au niveau du massif de Gouffern. Elles ont été multipliées par trois dans le massif de l'Aigle. "Les parcelles de maïs qui ont subit des pertes au mois de septembre, subissent aujourd'hui des dégâts pour les cultures semées cet hiver. On a rarement vu cela", constate Jérôme Leroux, Jeune Agriculteur à Aunou-le-Faucon, en lisière du massif de Gouffern, aux premières loges pour les dégâts de sangliers. "Les prélèvements ont augmenté, mais il ne faudrait pas relâcher la pression", prévient le jeune agriculteur.  "Jusqu'à présent, il n'a pas été prélevé suffisamment d'animaux, alerte le préfet, qui admet cependant que (dans les trois massifs les plus problématiques, l'Aigle, Gouffern, et Longny), vu les prélèvements, on peut espérer une baisse de la population et de la dynamique de la reproduction."

"Cela coûte encore trop cher de chasser"
"Le préfet montre du doigt les chasseurs en disant que nous n'avons pas pris les mesures qui s'imposent pour réguler la population. Il nous accuse de privillégier avant tout notre tableau de chasse. C'est plus compliqué que cela, réagit un jeune chasseur. Il faudrait plutôt commencer par retirer le système de bague. Cela coûte encore trop cher de tuer des sangliers. Ensuite, nous aimerions bien pouvoir chasser plus d'animaux, mais les propriétaires forestiers refusent de nous donner des autorisations de chasse. Ils veulent se garder les cochons  pour  organiser des chasses payantes et assurer du gibier à leurs actionnaires".
Le préfet dénonce d'ailleurs "un système énonomique bien rôdé et lucratif", où le tableau de chasse se doit d'être à la hauteur des droits d'entrée. Un système qui se moque de la sécurité routière et des dégâts pour les agriculteurs, et qui peut conduire à des dérives, comme le lâcher d'animaux hybrides, constaté par la préfecture, sur le massif de l'Aigle.

Les propriétaires sous pression
Dans un premier temps, le plan d'action proposé par le préfet est surtout destiné à faire réagir les chasseurs et propriétaires forestiers, afin de les inciter à faire chuter la population de sangliers. Une battue administrative est organisée cette semaine (semaine 7). Les neuf lieutenants de louveterie de l'Orne ne devraient pas prélever plus d'une quinzaine d'animaux. Mais cela doit mettre la pression sur les propriétaires et les inciter à organiser des chasses, au risque de voir leurs forêts se dépeupler par les agents,  sans retour financier.

Clôtures éléctriques
Le préfet a déjà en ligne de mire, la saison de chasse 2013/14. Il souhaite réexaminer les massifs où il est nécessaire de classer le sanglier nuisible, l'ouverture anticipée de la chasse, retarder la fermeture de la chasse au 31 mars, et supprimer les interdictions de chasse le mardi et le vendredi dans les espaces agricoles et  les petits massifs. Il veut aussi revoir le schéma départemental de gestion cynégétique (SDGC), dont " la question de l'exonération du coût des bracelets, et des modalités d'agrainage. Alors que les surfaces semées en maïs augmentent dans la région, on crée encore un deuxième garde-manger pour les sangliers, au beau milieu des bois", déplore Jean-Christophe Moraud. Un agrainage que certains accusent d'augmenter la fertilité des coches, leur permettant aussi de faire une deuxième portée de marcassins dans l'année. "C'est parcequ'ils n'ont rien à manger en forêt, et qu'ils sont pris au piège des grands axes routiers, que le sangliers viennent dans les cultures, répond notre jeune chasseur, quelque peu irrité par les annonces du préfet. Il y'a des gens qui vont arrêter de chasser. Si cela continue comme cela, la chasse, ce sera réservé pour les riches, comme à l'ancien temps".
Le préfet incite également les agriculteurs à utiliser des dispositifs de clôture. "Il faudrait clôturer toute la forêt. Les systèmes de clôture ne font que déplacer le problème chez les voisins", dénonce Jérôme Leroux.

Un million d'euros
Pour l'heure, les dégâts de sangliers commencent à coûter cher à la fédération de chasse. D'aucuns annoncent qu'elle devra débourser cette année environ un million d'euros pour indemniser les agriculteurs du département. Ajouté à cela la pression que lui met le préfet, on peut penser que la fédération redoublera effectivement d'attention sur ce dossier pour le moins compliqué.
Tout l'enjeu est de retrouver des effectifs qui soient acceptables pour tout le monde, chasseurs, agriculteurs et préfecture.
Les dégâts de sanglier pour la saison 2012/13
- Massif de Gouffern : 59 ha détruits (40 ha en 2011/12). 85 000 EUR d'indemnisation (48 000 EUR en 2011/12).

- Massif de l'Aigle : 13,5 ha détruits ( 7 ha en 2011/12).
24 000 EUR d'indemnisation (8 000 EUR en 2011/12).

Le montant des indemnisation s'accroît sous l'effet combiné de la progression des dégâts et de la hausse des cours des matières premières agricoles. Le maïs est la culture qui subit le plus de dégâts, mais les céréales d'hiver sont également atteintes, et représentent 24 % des destructions au massif de Gouffern et 68 % au massif de l'Aigle.
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