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L’endive Decaen depuis 70 ans

L’endive Decaen est une saga familiale démarrée il y a 70 ans dans un petit bout de jardin de Cambes-en-Plaine (14). Jean-Charles et Ivan ont succédé à leurs parents, Charles et Marguerite. La génération suivante se prénomme Sylvain et Jean-Louis. La passion est intacte malgré des vents parfois contraires .

Dans son développement, l’entreprise Decaen a du faire face à une plainte pour trouble de voisinage en 1999. Heureusement, la justice a tranché. «Les bruits perçus résultent de l’activité de la société ICS. Ils ne constituent pas, en tant que tels, un trouble anormal de voisinage mais d’une activité à caractère rurale. Son fonctionnement est perceptible par discrimination auditive cependant aucune émergence ne peut être déterminée», peut-on lire dans le rapport de ...
Dans son développement, l’entreprise Decaen a du faire face à une plainte pour trouble de voisinage en 1999. Heureusement, la justice a tranché. «Les bruits perçus résultent de l’activité de la société ICS. Ils ne constituent pas, en tant que tels, un trouble anormal de voisinage mais d’une activité à caractère rurale. Son fonctionnement est perceptible par discrimination auditive cependant aucune émergence ne peut être déterminée», peut-on lire dans le rapport de l’expert judiciaire rendu en 20
© DR

lll C’est l’histoire d’un Belge au départ, Albert Decostère qui, arrivé en Normandie, décide de se lancer dans l’endive. Mais il lui faut réaliser les plans des cadres nécessaires à sa culture en couche. Il se tourne alors vers Charles, dessinateur industriel. Les endives ne verront jamais chicon mais Charles Decaen en croque aussitôt pour cette plante venue du nord. Il satisfait sa curiosité en réalisant ses premiers semis dans le jardin de sa mère à Cambes-en-Plaine. Nous sommes en 1947, le début de la saga Decaen.
C’est cette histoire que Sylvain, petit-fils de Charles, est venu conter le 15 mars dernier à l’occasion de l’assemblée générale de la caisse locale de Crédit Agricole de Blainville-sur-Orne. Une histoire d’hommes novateurs et de femmes de labeur travaillant parfois dans l’ombre. Une histoire faite de hauts avec l’appui du partenaire financier mais aussi de coups bas parfois venus du voisinage.

Saisonniers Espagnols et détenus de prison
Mais retour en 1951. Charles et Marguerite ont 4 enfants (ils en auront 6 au total). Le salaire de professeur de dessin à l’école Victor Lesage ne suffit pas à nourrir la fratrie. Charles entre alors à la SMN. Il transforme parallèlement une ancienne bascule à betteraves en maison d’habitation et développe la culture d’endive dans la pointe de terrain attenante. Le travail ne manque pas alors on fait vite appel à des saisonniers Espagnols, voire à des détenus de la maison d’arrêt de Caen. Les enfants sont également mis à contribution pour alimenter régulièrement les fourneaux à charbon, même la nuit.
L’exploitation s’agrandit. D’abord en 1963 du côté de Loucelles puis, en 1969, grâce à une rétrocession de la Safer. En 1973, Jean-Charles (né en 1951, fils de Charles et longtemps aide-familial) arrive à convaincre son frère Ivan (né en 1949 et employé d’abord chez Citroën puis à la SMN) de rejoindre l’exploitation familiale. L’association des frères Decaen est scellée.

De l’endive hydroponique
1973, c’est aussi l’année du premier choc pétrolier. Le prix de l’énergie s’envole au point de remettre en cause notre modèle économique. C’est la fin des trente glorieuses mais débute le temps du pétrole vert et de son slogan : «en France, on n’a pas de pétrole mais on a des idées». Ivan, quant à lui, à la sienne, révolutionnaire enfin presque pour tout homme de la terre : passer de la culture en couche à la culture hydroponique. En d’autres termes, hors-sol. Nous sommes en 1979, montant de l’investissement: 1 MF de l’époque (150 000 ¤).
Une nouvelle aventure démarre. Tout est à construire, inventer, adapter pour aboutir à l’automatisation en 1992 de toute la chaine : de la réception des endives jusqu’à leur conditionnement. En back-office et comme Marguerite en son temps, Christiane (la femme d’Ivan) va gérer tout l’administratif au quotidien.
La troisième génération Decaen pointe le bout de son nez en 1996. D’abord comme salarié pour tester les compatibilités d’humeur. L’essai s’avère concluant alors Sylvain s’installe avec sa maman le 1er juin 1999 mais après bien des rebondissements administratifs.

Les années terribles
Mais en culture comme en élevage, rien n’est jamais acquis. A deux hivers d’inondations (2000 - 2001) puis deux années d’attaques de pucerons lanigères qui anéantiront toute la récolte, s’ajoute le passage aux 35 heures et à l’euro. «Bilan, en 2008, nous redémarrons de zéro. A bientôt 60 ans, mes parents ont tout à refaire. Certes, ils ont payé tout ce qu’ils devaient, l’honneur est sauf mais quand même», raconte Sylvain Decaen. A croire cependant que l’endive fait partie de l’ADN de la fratrie. Jean-Louis Decaen, le frère de Sylvain, revient dans l’entreprise en temps que salarié en 2010. Quatre ans plus tard, il s’installe en apportant un souffle nouveau. «Un regard différent lié à sa jeunesse, son sens commercial, sa maîtrise des nouvelles technologies, son aptitude à la mécanique, son goût pour la technique végétale», liste Sylvain avant de conclure, «je suis fier de mes grands-parents, admiratif de mes parents. Je crois en la complémentarité de mes compétences avec celles de Jean-Louis pour tromper l’adage qui dit que c’est la 3ème génération qui ruine le travail des deux premières».  A Cambes-en-Plaine, l’endive n’a pas fini de pousser.

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