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Moisson 2008
L’entraide : un outil de chantier pour passer entre les gouttes

Les Entrepreneurs de Travaux Agricoles pratiquent aussi l’entraide. Raisons économiques certes mais aussi la seule façon d’apporter un service à la hauteur des attentes.

Jacques Lagoguée, entrepreneur de travaux agricoles à St-Hilaire-du-Harcouët (50), n’a pas vraiment besoin de consulter la météo pour savoir le temps qu’il va faire. Au nombre de coups de fil qu’il reçoit sur son portable, il sait si la grenouille remonte l’échelle. En ce 20 août et en moins d’une heure, 4 appels qui indiquent que le soleil va pointer le bout de ses rayons. Quatre agriculteurs qui veulent battre et pour chacun d’eux la même réponse : “OK. On est chez toi dans 1/2 heure!

Encore 500 ha sur 900
La moisson 2008 traîne en longueur. La Sarl Lagoguée, ses 7 salariés et ses 6 moissonneuse-batteuses ont tapé dans les premiers orges le 9 juillet.
Sept semaines plus tard, si les 3/4 des surfaces sont tombées autour du siège de l’ETA, il lui reste encore 500 ha à battre sur les 900 qu’elle doit assurer du côté de Briouze (Orne). “Il suffirait de trois jours consécutifs de beau temps pour en finir définitivement”, lâche notre entrepreneur.
Mais soleil et nuages jouent à cache-cache en cet été humide. Dimanche dernier en fin d’après-midi, trois machines ont reçu un bon de sortie. Une escapade contrariée par une averse pas vraiment méchante mais suffisante pour écourter tous les chantiers de battage. 
Trois machines de prêts
Les conditions climatiques changeantes compliquent la gestion du planning des machines et de leur chauffeur. Mais Jacques Lagoguée a trouvé la parade. Depuis 8 ans, il pratique l’entraide avec quelques uns de ses homologues notamment mayennais. Dans sa cour désormais et aux côtés de ses 6 moissonneuses-batteuses, trois autres de prêts (Claas, Laverda et John Deere). Elles sont arrivées par la route (en 3 heures) avec leurs chauffeurs repartis depuis mais disponibles sur simple coup de fil.
Il y a quelques semaines, c’était l’inverse. L’entreprise manchoise a délocalisé une partie de son parc. Elle a ainsi battu 380 ha de céréales hors zone (en Mayenne et du côté de La Rochelle). Bien plus qu’une paille dans une botte quand on sait qu’une moissonneuse bat en moyenne de 80 à 100 ha au cours d’une saison.
Ce système de troc (on échange des hectares et on fait la balance en fin de saison pour clôturer les comptes) entre entrepreneurs fait l’affaire de tous. Il permet d’amortir les investissements sur de plus grandes surfaces. Il offre des heures de travail supplémentaires, certes délocalisées, mais consolidant l’emploi. Il est enfin le garant d’un service de qualité. “La moisson est la période la plus délicate à gérer, confirme Jacques Lagoguée. Tous les clients veulent battre en même temps, ce qui est logique quand les conditions météo sont bonnes mais que la pluie menace. Pas question pour nous de dire non. Il nous faut donc ponctuellement un parc surdimensionné. L’entraide nous permet donc de répondre à la demande tout en nous évitant d’investir de façon déraisonnée”. L’entraide se pratique également au niveau de l’ensilage. Dans le sud de la France, on attaque les maïs la semaine prochaine, quelques machines bas-normandes sont déjà sur les routes.

L’ARETAR prône la formule
Du côté de l’ARETAR(1), qui met en relation grâce à son réseau les uns et les autres, on prône l’entraide entre entrepreneurs de travaux agricoles depuis plus de 10 ans. “La formule se développe mais on sent encore chez certains quelques réticences”, confirme Alain Hierle, animateur de l’association. Une réticence qui s’explique parfois par la peur de “se faire piquer sa clientèle”. Le risque est cependant quasi nul puisque deux entrepreneurs qui s’entraident occupent, par définition, des territoires différents. Il faut en effet un décalage de maturité pour que le système fonctionne. Mais si le psychologique freine la formule, l’économique risque fort de l’accélérer. Partout dans les entreprises, on cherche à reserrer les coûts. Plus de surface pour une même machine et son chauffeur va donc dans le bon sens. Autre élément à prendre en compte, la fin de la jachère obligatoire qui va augmenter la sole céréalière. Pas une raison suffisante pour de nombreuses ETA à investir dans une machine supplémentaire mais il faudra bien trouver des solutions pour garantir une même qualité de service avec quelques % d’hectares supplémentaires à battre. 
(1): Association Régionale des Entrepreneurs de Travaux Agricoles et Ruraux - Maison des Entreprises
BP 14 50600 St-Hilaire-du-Harcouët. Tél. 02 33 79 33 77 -  Fax. 02 33 79 33 77 - Email : contact@aretar.com - Site : www.aretar.com

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