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Pulvérisation
Les buses au crible du papier hydrosensible

La Chambre d’agriculture de l’Orne, en septembre dernier, a travaillé à l’acquisition d’un référentiel pédagogique sur les qualités de pulvérisation d’une dizaine de buses différentes. Retour sur une expérience enrichissante !

“Depuis la parution de la liste des buses homologuées ZNT, il nous tardait de prendre “l’empreinte” de certaines buses sur papier hydrosensible, notamment les buses à injection basse pression ou dites compactes” assure Loïc Deveyer, conseiller machinisme de la Chambre d’agriculture de l’Orne. C’est chose faite depuis septembre dernier. Pour cela, il nous a fallu mobiliser pulvérisateur performant, avoir un jeu de buses conséquent, des papiers hydrosensibles, beaucoup de méthode et surtout un protocole bien ficelé.

288 buses montées puis démontées dans la journée, 350 feuilles de papiers hydrosensibles employées…
L’objectif de la journée était clair : faire le maximum “d’empreinte” de buses sur les papiers hydrosensibles, en assurant le maximum de qualité : nous avions pour objectif de tester 12 buses différentes sur 2 calibres (buses bleues en 03 et jaunes en 02), sur 3 volumes (100-150 et 200l/ha) à 5 pressions différentes (1,5 - 2 - 2,5 - 3 - 4 bars). Quand on fait le calcul, dans la journée, il fallait poser à terre près de 350 feuilles de papier hydrosensible, changer 288 buses. Nous l’avons fait sur une journée à 3 personnes.
L’outil : un Matrot Maestria mis à disposition par un agriculteur de nos groupes culture, avec régulation par capteurs de débit et de pression cumulés : 4 tronçons de 6 m, chacun équipé d’un jeu de buses à tester. Ensuite c’est l’affaire du conducteur : réglage à 1,5 bar puis calage de la vitesse d’avancement pour passer au dessus des 4 papiers hydrosensibles à 200 l puis 150 l puis 100 l : “il suffisait juste d’avancer plus rapidement et d’avoir les yeux fixés sur l’ordinateur de bord. C’est simple, ça va assez vite” assure Loïc Deveyer. Le tout ensuite était de laisser sécher les papiers hydrosensibles et de les prélever soigneusement après chaque passage : “c’était le travail des collègues qui étaient sur la parcelle : identifier les papiers hydrosensibles pour ensuite les classer tout en les manipulant avec précaution pour éviter qu’ils ne bleuissent (le papier peut réagir, ne serait-ce que par le contact des doigts ou même au bout de quelques jours sous l’effet de l’humidité de l’air). Bref, un travail de fourmi”.

L’objectif : avoir un outil pédagogique adapté
Après le travail de terrain, le travail de bureau : plastifier - scanner et mettre l’ensemble des papiers sous format informatique. Là encore, un travail de fourmi assuré par nos assistantes. Le résultat est probant : nous pouvons dorénavant avoir un visuel sur les mêmes volumes, mêmes calibres, mêmes pressions pour 12 buses différentes. De quoi apprécier la qualité de pulvérisation de chaque buse.
Les buses testées cette fois-ci : XR, TT, TTI, AI, AIXR de chez Teejet, ADI, AVI, CVI, Minidrift de chez Albuz, IDK de chez Leschler, DB de chez Lurmark, ARX de chez Nozal. Il est vrai que nous n’avons pas toutes les buses du marché. Néanmoins la démarche est évolutive : l’année prochaine, nous pensons déjà reprendre le même protocole mais sur du 80 l/ha voire du 120 l/ha. Il sera envisagé d’essayer d’autres buses, sur d’autres calibres également, notamment le calibre 025 violet qui devient un bon compromis sur le marché.

Comment communiquer et vers qui ?
Comment communiquer ? Déjà par cet article ! Difficile néanmoins de mettre 350 papiers hydrosensibles en un article ! Par ailleurs, une des fonctions premières d’un conseiller machinisme dans le cadre de l’activité consulaire d’une Chambre d’agriculture est de renseigner les agriculteurs à leur demande : par téléphone, fax, mail. N’hésitez pas à consulter ! L’idée est d’aider l’agriculteur à bien choisir ses buses selon ses pratiques. L’autre axe de communication, sans doute le plus efficace, sera la
formation. La Chambre d’agri-culture de l’Orne assure chaque année 3 sessions de formation sur la pulvérisation au minimum. Pour nos groupes cultures, c’est même une formation obligatoire : “notre conseil sur les produits phytosanitaires ne vaut rien s’ils sont mal appliqués, c’est ce qui nous motive à rendre obligatoires ces formations pour les nouveaux venus dans nos groupes” assure Xavier Goutte, responsable de l’Unité Agro-PV. Ces formations seront l’occasion de faire un tour d’horizon des 350 papiers hydrosensibles, entre autres.
Loïc DEVEYER
Chambre d'Agriculture
de l'Orne
loic.deveyer@orne.chambagri.fr

Les buses homologuées ZNT :
le point sur les papiers hydrosensibles

Ce qui a motivé également ce référentiel a été la mise en place de la réglementation ZNT avec les buses homologuées ZNT. Pour l’essentiel, le listing de buses ZNT homologuées est constitué de buses à Injection d’Air (IA), avec notamment les anciennes buses IA nécessitant 3 bars minimum pour obtenir le fameux effet venturi, mais aussi avec les nouvelles buses IA basse pression ou dites compactes dont l’effet venturi s’opère dès 2 bars (type Minidrift de chez Hardi ou ADX Nozal ou IDK de chez Leschler) et sur lesquelles nous n’avions que peu de référence sur papier hydrosensible. Par ailleurs, certaines homologations ZNT stipulent une pression d’emploi faibles sur les ZNT. Exemple : IDK 120 03 doit s’utiliser sur une plage de 1 à 1,5 bar. Une Minidrift 110 03 devra s’employer  à 1 bar maxi. Ceci nous laisse perplexe quant à l’efficacité de ces buses dans ces conditions d’emploi. Sur les ZNT, ces buses compactes ont-elles un réel intérêt ? Ne vaut-il mieux pas rester avec des anciennes buses injection d’air en ZNT aux vues des finesses de pulvérisation sur papier hydrosensibles ?
Par contre les mêmes interrogations auront-elles les mêmes réponses si on considère l’emploi de ces buses injection d’air non plus sur ZNT mais en milieu de parcelle par temps de vent avec risque de dérive : ne vaudra-t-il pas plutôt préférer une injection d’air compacte plutôt qu’une ancienne génération nécessitant 3 bars ?
Il est certain que nous ne pouvons aisément trancher et seuls, les papiers hydrosensibles ne nous permettent que de juger de la finesse de pulvérisation mais pas nécessairement de l’efficacité au désherbage qui sera également dépendante des conditions d’application. La prochaine étape sera des essais désherbage sur parcelle avec conditions d’application agriculteur (volume, pression, vitesse d’avancement) : il nous suffira de comparer les efficacités désherbage buse basse pression à fente, buse à injection d’air, buse à injection d’air compacte. Affaire à suivre.

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