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Elevage
Les coproduits en alimentation des bovins viande

D’importantes quantités de coproduits issus de l’industrie agroalimentaire et de la production d’agro-carburants sont disponibles pour l’alimentation des bovins viande. Ils présentent des teneurs énergétiques et azotées qui permettent de remplacer les fourrages grossiers habituels, les céréales ou les aliments concentrés. Cependant, pour les utiliser au mieux, il est nécessaire de bien connaître leurs valeurs alimentaires, de vérifier leurs intérêts techniques dans la ration et de calculer leurs intérêts économiques.

Les sources de coproduits sont très diverses. La première est l’industrie agro-alimentaire. Les plus utilisés en alimentation animale sont des tourteaux issus de la fabrication d’huile d’oléagineux. Ils sont très riches en matières azotées et présentent des valeurs énergétiques intéressantes. Différents coproduits sont aussi issus des amidonneries : corn gluten feed, fibre de blé… ou des sucreries : pulpe de betteraves, mélasse, ou encore des féculeries : pulpe de pomme de terre. Ces produits sont riches en énergie et peuvent donc se substituer à des fourrages de qualité ou à des céréales. Enfin, de gros volumes de drèches issues de la fabrication d’alcool (brasserie, usine d’éthanol) sont sur le marché. Elles sont riches en énergies, présentent une teneur élevée en matière azotée et peuvent donc se substituer aux complémentaires azotés habituellement utilisés.
Les filières laitière, viticole, mais aussi fruits et légumes, mettent sur le marché des coproduits très divers : lactosérum, marc, pulpes diverses, écarts de fruits et de légumes. Il existe aussi des coproduits de biscuiterie correspondant à des fabrications déclassées.
L’accès au coproduit dépend de la proximité des entreprises de l’agro-alimentaire et de l’agro-carburant. A ce titre, les producteurs de l’Ouest de la région ne sont pas favorisés. Les usines sont plutôt dans le bassin parisien, dans le Nord et l’Est.

Des teneurs en matière sèche et une qualité très variable
Il existe une quarantaine de coproduits régulièrement utilisés en élevage. Leurs valeurs sont variables. Les taux de matière sèche sont fonction des traitements effectués. Le pressage des pulpes et drèches conduit à des produits entre 20 et 40 % de matière sèche. Cette faible teneur en matière sèche impose le plus souvent une conservation par ensilage et génère des coûts de transport importants. La déshydratation des pulpes et des drèches facilite largement le stockage et la distribution, elle permet de limiter les pertes de conservation mais augmente le prix de revient.
La composition chimique des coproduits dépend à la fois du produit d’origine et des traitements utilisés. Elle peut aussi varier selon les usines, voire les livraisons. Cela vaut pour les teneurs en cellulose, en matière grasse, en minéraux ou encore en matière azotée.
La connaissance de la valeur nutritive des coproduits est donc essentielle. Les mesures in vivo n’étant que très rarement effectuées, l’appréciation de la valeur d’un coproduit passe par l’utilisation de modèles de prédiction. Les tables de composition chimique et de valeurs alimentaires données par les fournisseurs doivent donc être considérées comme une estimation. Ces valeurs peuvent être confirmées par des analyses régulières auprès de laboratoires agréés.

Choisir un coproduit adapté
Le choix va d’abord viser à corriger le déficit observé dans l’exploitation et il va tenir compte des besoins réels des animaux.
Si l’éleveur cherche un apport de cellulose pour suppléer à un déficit de foin destiné à des  animaux à faibles besoins, les coproduits type paille de blé et de pois sont adaptés.
Si l’objectif est de disposer d’un complémentaire azoté pour corriger une ration riche en énergie – de type maïs fourrage - le choix des drèches, du corn gluten feed ou plus classiquement du tourteau de colza, sera étudié.
Enfin, si l’objectif est de disposer d’un aliment riche en énergie pour remplacer des céréales ou assurer des stocks pour des animaux à besoins élevés, le choix va plutôt vers les pulpes de betterave ou de pommes de terre, ou encore vers les produits des filières de légumes qui proposent des produits non commercialisables : pommes de terre, carottes…
Par ailleurs, la régularité des livraisons dans le cas de produits frais et les volumes garantis sont importants. Les bovins n’apprécient pas les changements fréquents d’alimentation et les phases de transition pourtant obligatoires sont coûteuses. La facilité de stockage et de reprise est aussi à étudier de près.

Quel prix attribuer à un coproduit ?
Le coproduit est le plus souvent acheté pour remplacer dans les rations des aliments connus, produits ou achetés comme l’ensilage de maïs, les céréales, les tourteaux de soja. Pour raisonner l’achat de coproduits, il est important de connaître la composition chimique exacte, le taux de matière sèche et les valeurs alimentaires. Ces valeurs peuvent être confirmées par des analyses régulières auprès de laboratoires agréés.
Ensuite, il faut s’assurer que les prix proposés sont compétitifs. Pour cela, il est nécessaire de calculer le prix d’opportunité des coproduits proposés par rapport à un aliment facilement utilisable et disponible.
Classiquement, les aliments de références retenus sont le blé et le tourteau de soja. Ils ont un taux d’humidité et une valeur énergétique proches et se distinguent sur la valeur azotée. L’évolution de leur prix est connue et facilement consultable.
A partir de deux équations à 2 inconnues, il est facile de calculer la valeur d’1 UF et de 100 g de PDI et donc de calculer le prix d’opportunité des différents coproduits proposés. A ces prix ainsi calculés (voir tableau ci-contre), il est nécessaire d’intégrer les éventuels surcoûts liés au transport, aux pertes en conservation et à l’auge, les coûts de conservation et de distribution. La facilité d’utilisation sera aussi prise en compte : mécanisation nécessaire, temps de travail…
Ce type d’exercice permet de comparer les prix d’intérêts des différents coproduits disponibles sur le marché. Ce prix est indicatif. Un calcul de ration doit être ensuite fait pour s’assurer que les coproduits retenus sont bien adaptés aux animaux et compatibles avec les autres aliments distribués. Il faut s’assurer que les équilibres PDIN-PDIE/UF sont respectés, que la complémentation minérale est adaptée, que les teneurs en amidon et cellulose sont acceptables. Ce n’est qu’après ces ultimes calculs que peut être calculé le coût réel de la ration et donc que l’acte d’achat se décide.
Compte tenu de la variabilité des produits utilisés, il est nécessaire dans tous les cas de surveiller les animaux (appétit, comportement, bouses…) et de mesurer les croissances pour s’assurer que les animaux font bien les performances attendues.
La variabilité de la qualité des coproduits et la volatilité des cours des matières premières amènent les utilisateurs à rester constamment vigilants sur la qualité des produits, sur le prix et sur les modalités de livraison. L’utilisation de coproduits nécessite d’être opportuniste. Leurs cours ont tendance à s’aligner sur les prix des matières premières avec plus ou moins de retard, et selon les disponibilités dans les usines. C’est pourquoi, il faut être à l’affût et réactif.

Jean-Claude DORENLOR
Chambre d’Agriculture de la Manche

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