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Les couverts prennent du service

Jamais de terre laissée nue et pas de travail du sol. Eric Trefeu, céréalier et entrepreneur de travaux agricoles à Saint-André-de-l'Épine, dans la Manche pratique le semis direct depuis 1998.

© AD

Ils restructurent le sol, recyclent les éléments, apportent de la fertilité, empêchent l'érosion, limitent le lessivage, favorisent une biodiversité utile, assurent la portance pour le passage des outils, répriment les adventices... Chez Eric Trefeu, céréalier du pays saint-lois à Saint-André-de-l'Epine, dans la Manche, les couverts végétaux sont le pilier des pratiques culturales de semis direct, sans travail du sol. Et tout est mis en place pour maximiser les services rendus par ces intercultures.
"Je considère les couverts végétaux comme un véritable outil. Je les sème le plus vite possible, pour profiter des jours longs, de l'humidité résiduelle, et avoir le meilleur rendement en biomasse", détaille l'exploitant. Non que l'ancien éleveur qui a fermé son atelier laitier il y a trois ans valorise les couverts en alimentation animale ; "mais plus un couvert est bien développé, plus il rend de services. Il sera aussi plus gélif et donc plus facile à détruire". La destruction est généralement faite au glyphosate. Une petite dose à bas volume. Bien placée. Jamais plus d'1 l.
"Bien gérées, les cultures intermédiaires permettent des économies de carburant, d'engrais, de main d'oeuvre, de désherbant, assure Eric. Il faut regarder le rapport coûts-bénéfices. Je considère les couverts comme un investissement à part entière qui doit être rentable, quitte à y investir 40 - 50 EUR/ha, plutôt que 15 EUR/ha à fonds perdu dans une moutarde gérée à minima".

Penser "global"
D'ailleurs pour Eric Trefeu, le système cultural est un ensemble. "Si l'on ne regardait que la rentabilité des cultures isolément, on n'en ferait plus qu'une seule". C'est en pensant "global", que l'agriculteur introduit le pois et la féverole dans sa rotation. "Car devant un colza, c'est le top". En revanche, l'ex-éleveur s'apprête à abandonner la culture de maïs grains pour laquelle il était pourtant équipé d'un semoir "strip-till". "Les rendements sont un peu faibles dans notre région et les frais de séchage consomment la marge". Désormais, la rotation sera protéagineux, colza d'hiver ou de printemps (porte-graine pour les pays de l'Est), suivi de deux céréales à paille.

Un mélange multi espèces
Depuis trois ans, Eric a abandonné l'élevage des vaches laitières, et développé une activité d'entrepreneur de travaux agricoles, essentiellement en pulvérisation bas-volume et semis au strip-till. L'ancien éleveur laitier estime que le semis direct s'adapte très bien aux systèmes d'élevage. "Cela permet notamment de profiter d'une bonne portance du sol, y compris au printemps, pour envisager de  passer de gros épandeurs".
Avec des sols limoneux fragiles et battants contenant très peu d'argile, Eric Trefeu a abandonné la charrue depuis 1998. "Au départ, je voulais surtout gagner du temps", admet l'agriculteur. Dans le cadre d'une réflexion pour souscrire un CTE (contrat territorial d'exploitation), l'agriculteur se met en contact avec l'association BASE (Bretagne Agriculture Sol et Environnement) et s'intéresse aux couverts végétaux. Il s'oriente d'abord vers l'avoine fourragère. Rapidement il prend conscience qu'il est plus intéressant de réaliser des couverts en associant plusieurs espèces. "Cela permet de garantir la levée, de limiter les coûts si certaines semences sont chères, de favoriser la biodiversité du sol et d'améliorer les services rendus par le couvert".
Eric Trefeu n'a pas de martingale pour la composition de son mélange. "Rien n'est figé, il faut savoir rester opportuniste quant aux coûts et aux disponibilités des semences. Il est judicieux de mélanger de 3 à 5 espèces minimum pour profiter de la biodiversité apportée par le couvert. Parmi elles, des plantes pivotantes qui structurent le sol en profondeur, féverole, tournesol, radis fourrager, ainsi que des légumineuses dans le respect des limites de la réglementation. Celles-ci vont apporter des unités gratuites d'azote pour le sol".

Ni intégriste ni élitiste
"Il y a une culture de la peur bien installée. En semis direct, les agriculteurs ont du mal à dépasser le stade de l'expérimentation, regrette un peu Eric Trefeu. Des accidents, je n'ai pourtant pas l'impression d'en subir beaucoup plus qu'en conventionnel. Je n'ai pas plus de limaces. Je suis un peu gêné par les mulots, mais j'ai moins de soucis pour désherber. Je sème cultures et couverts en direct au semoir à disque et je ne travaille pas du tout le sol. Une position qui peut paraître extrême, mais je veux profiter au maximum des effets positifs du couvert, et ne pas créer de lit de semence aux mauvaises herbes. Le semis direct n'est pas non plus une pratique élitiste. Le calendrier change un peu ; les semis sont souvent plus précoces, car nous avons des levées un peu plus lentes. La vraie difficulté, c'est de savoir attendre les bonnes conditions pour intervenir et être très réactif lorsque celles-ci se présentent. Surtout pour les semis et la destruction des couverts. Je conseillerai à un agriculteur qui veut se lancer, d'abord de vendre sa charrue qui provoque trop de tentations. Ensuite, il existe aujourd'hui des références techniques qu'il faut faire l'effort d'aller chercher. C'est aussi enrichissant de faire partie d'un groupe technique. En discutant avec d'autres agriculteurs. Cela permet aussi de se rassurer".

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