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Les députés approuvent le Ceta, réactions bas-normandes

L’accord commercial entre l’Union Européenne et le Canada était soumis au vote de l’Assemblée nationale, mardi 23 juillet 2019. Par 266 voix pour, 213 voix contre et 74 abstentions, les députés ont approuvé le texte de ratification de l’accord négocié par la Commission européenne. Les responsables syndicaux bas-normands réagissent.

Par 266 voix pour, 213 voix contre et  74 abstentions, les députés ont approuvé le texte de ratification de l’accord négocié par la Commission européenne.
Par 266 voix pour, 213 voix contre et 74 abstentions, les députés ont approuvé le texte de ratification de l’accord négocié par la Commission européenne.
© Wikipédia

Après quelques semaines de débat, le rideau est ainsi tombé. Ni les arguments des professionnels de l’élevage, ni les craintes exprimées par les écologistes quant au bilan carbone de l’accord, ni les doutes quant à la conformité des produits canadiens aux normes européennes, n’auront suffit à convaincre la majorité des députés des méfaits de cet accord. Mardi 23 juillet 2019, l'Assemblée nationale a approuvé le Ceta.

Unanime, la profession agricole, FNSEA et JA en tête, en avait dénoncé les risques. Ils avaient en particulier signalé les contradictions entre le modèle d’agriculture que les dirigeants français veulent promouvoir en Europe et le modèle de production existant au Canada. Sous le slogan « n’importons pas l’agriculture que nous ne voulons pas », les agriculteurs avaient ainsi pointé du doigt l’élevage en feed-lots de milliers d’animaux, comparé aux élevages de taille familiale en France ; l’usage des antibiotiques activateurs de croissance et des hormones interdits en France et autorisés de l’autre côté de  l’Atlantique ; ou encore l’usage des farines animales dans l’alimentation des bovins, y compris de farines issues elles-mêmes de bovins, pratique totalement interdite en France depuis la crise dite de la vache folle en 1990.

Changement climatique

Enfin, FNSEA et JA avaient mis en doute l’impact de l’accord en termes d’émissions de gaz à effet de serre au moment où la lutte contre le changement climatique s’affiche comme de plus en plus prioritaire. Ces arguments, repris par l’opposition parlementaire, les écologistes et même certains députés élus sous l’étiquette La République En Marche, n’ont pas suffi. La majorité parlementaire a fait bloc même si 52 députés du groupe LRM ont opté pour l’abstention. La ratification du Ceta pourrait ouvrir la voie à une ratification de l’accord conclu avec les pays du Mercosur le 28 juin et qui sera soumis, lui, à l’avis du Parlement Européen. Rappelons qu’au plan agricole, le Ceta accorde au Canada un contingent d’exportation à droits nuls de 45 000 tonnes de viande bovine et 75 000 tonnes de viande porcine vers l’Union Européenne.


Daniel Courval, responsable viande à la FDSEA 14 : « c’est désolant ! »

« Les éleveurs sont abattus face aux décisions contraires qui sont prises à quelques mois d’intervalle. Je pense à la loi Alimentation alors qu’on ouvre les frontières juste après. Les éleveurs de viande sont ceux qui ont les plus bas revenus depuis des années. Même si les volumes importés sont restreints, ils vont contribuer à faire baisser les prix. L’aloyau est le morceau qui se vend en Europe, c’est la partie de l’animal qui valorise les races à viande. En France, on le vend 12-13 E/kg. Au Canada, 7 E/kg. Nous allons déstabiliser la production française. On nous demande de maintenir nos prairies, mais j’ai une question : quels ruminants allons-nous mettre dedans ? Nous allons à contre-courant des volontés sociétales. C’est désolant ! »

Dominique Bayer, responsable viande à la FDSEA 61 : « c’est choquant ! »

« Je ne suis malheureusement pas surpris par le vote de l’Assemblée nationale. L’agriculture, en particulier la filière viande, ne pèse pas lourd ! Les échanges commerciaux industriels pèsent plus que nous. Nous sommes encore une fois la variable d’ajustement. Je ressens du dégoût. Le gouvernement demande une montée en gamme et 40 % des productions labellisées et, en même temps, on ratifie le Ceta. L’Europe importera de la viande qui n’est pas forcément bien identifiée, produite à des normes qui ne correspondent pas à nos standards, sans parler de montée en gamme. C’est le business qui compte et tout le monde semble d’accord. C’est choquant ! »

Ludovic Blin, vice-président de la FDSEA 50 : « un nouveau coup dur »

« Évidemment, on fragilise encore l’agriculture française. Les parlementaires l’ont vendue au profit d’autres productions. Une nouvelle fois, l’agriculture française sera moins compétitive. Une nouvelle fois, on importera des produits qui ne sont pas autorisés en France. Nous n’avons pas les mêmes normes de productions. Et nous devons faire face à de multiples contraintes qui nous sont imposées. Quant au consommateur, il est tout simplement trompé. C’est tout le contraire des EGA, qui avaient la vertu de vouloir créer de la valeur dans les exploitations et assurer une alimentation saine. Une fois encore, notre gouvernement a montré qu’il n’était pas derrière ses paysans. C’est un coup dur pour notre agriculture. »

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