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FNO
Les éleveurs ovins attendaient davantage

Lors du congrès de la Fédération nationale ovine, le ministère de l’Agriculture a annoncé le déblocage d’une enveloppe de 17 millions d’euros pour 2008.

La FNO espère obtenir entre 27 et 30 euros supplémentaires par brebis éligible 		à la prime à la brebis (PBC) en utilisant l’article 69 de la Pac.
La FNO espère obtenir entre 27 et 30 euros supplémentaires par brebis éligible à la prime à la brebis (PBC) en utilisant l’article 69 de la Pac.
© BD / UA
"J’espère pour vous, Monsieur le conseiller, que vous n’êtes pas venu les mains vides, aujourd’hui… Sinon, il faudra mettre des cordes au balcon pour que vous puissiez quitter la salle.” Sur un ton humoristique, Bernard Martin, le président de la Fédération nationale ovine, a très vite fait comprendre à Jérôme-André Gauthier, conseiller du ministre de l’Agriculture, ce que les éleveurs attendaient de lui à l’occasion du congrès de la FNO qui se tenait les 24 et 25 avril à La Vaupalière, près de Rouen.
Une requête que Jérôme-André Gauthier s’est employée à satisfaire. “Les aides mises en place en 2007 sont reconduites, avec des ajustements suite aux problèmes rencontrés en 2007. Après discussion avec Bercy, c’est une enveloppe de 17 millions d’euros qui est allouée à la production ovine en 2008, dont 3 millions au titre du Fonds d’allégement des charges et 14 millions au titre des aides à minimis. Les critères d’attribution de cette aide à minimis ont été assouplis et une revalorisation des indemnisations de mortalité du fait de la FCO a aussi été dégagée, avec le concours des GDS.”

Des mesures insuffisantes pour 2008
Ces annonces ont été accueillies plutôt fraîchement par les congressistes… “C’est insuffisant !” a immédiatement clamé la salle. “Nos éleveurs sont tous en déficit ! Beaucoup veulent arrêter la production ou vont se retrouver au chômage. Concrètement que faites vous pour ces gens là ?”, s’est insurgée Lysiane Jullien, vice-présidente de la section ovine de l’Union syndicale agricole et présidente du comité d’organisation du congrès.
“Il est clair que ces mesures sont insuffisantes et qu’on ne peut pas s’en satisfaire, a commenté Bernard Martin, à l’issue du congrès. Les trésoreries des éleveurs sont au plus bas. Certains ne dégagent aucun revenu depuis plusieurs mois ! Mais c’est tout de même un début, si l’on considère qu’il y a encore une semaine il n’y avait pas un sou. Maintenant le travail syndical doit se poursuivre. Nous sommes notamment en négociation avec les banques. Elles se sont toutes dites prêtes à une « année blanche » pour les annuités d’emprunts avec décalage des tableaux de remboursement. Ce serait là une mesure concrète et efficace pour soulager les trésoreries. Il est clair que 2008 est pour nous l’année du « quitte ou double ».”

Utiliser l’article 69
Quitte ou double pour 2008, car l’année 2009 est, elle, source d’espoir pour les éleveurs ovins. Michel Barnier, le ministre de l’Agriculture, a rappelé, par le biais d’une vidéo, qu’il met tout en œuvre pour que le bilan de santé de la Pac soit l’occasion d’un rééquilibrage des aides en faveur de la production ovine. “C’est pour nous essentiel car ce qui fait défaut aux éleveurs aujourd’hui, ce sont les soutiens publics. Sans cette certitude d’évolution dès 2009, les rustines qui seront mises entre temps ne serviront à rien”, a commenté Bernard Martin.
L’idée du ministère comme de la FNO et du Copa-Cogeca, les syndicats agricoles européens qui défendent le dossier à Bruxelles, est d’utiliser l’article 69 de la Pac qui permet de redéployer les aides du 1er pilier. La FNO espère obtenir entre 27 et 30 euros supplémentaires par brebis éligible à la prime à la brebis (PBC), soit un budget de près de 180 millions d’euros. Malgré tout l’article 69 n’est pas une baguette magique. “Est-ce que l’article 69 peut répondre à toutes les problématiques ? Si tel était le cas, on s’acheminerait vers beaucoup de désillusions” a déclaré Pascal Ferey, vice-président de la FNSEA, au congrès de la FNO. D’autres mesures, comme l’assurance récolte ou la gestion des crises, sont susceptibles également d’émarger à l’article 69.

L’OMC pourrait tout changer
Heureusement, il semble que la Commission européenne ait pris conscience de la situation… “Il est acquis que le secteur ovin sera l’un des seuls pour lequel le couplage des aides restera possible, a affirmé Daniele Bianchi, membre du cabinet de la commissaire européenne à l’Agriculture, Marianne Ficher Boel. Faire cela, c’est déjà reconnaître qu’il y a un problème…”
Aujourd’hui, la crainte est que ce plan de rééquilibrage des aides qui apparaît bien engagé à Bruxelles soit pénalisé par un éventuel accord à l’OMC. Les négociations en cours pourraient déboucher sur un accord cadre, avec à la clef, des importations supplémentaires de viande ovine dans l’Union européenne. Et on ne voit pas la France qui présidera aux destinées de l’Union au cours du second semestre 2008, s’opposer à un éventuel accord. Néanmoins, Michel Barnier compte bien rassembler les Etats membres producteurs autour de lui pour peser dans les négociations. Il organise à cet effet une conférence européenne le 5 septembre à Limoges à laquelle sont conviés les cinq principaux producteurs de viande ovine de l’Union : la France, le Royaume-Uni, l’Irlande, l’Espagne et la Roumanie.
Face à cette problématique de l’OMC, les éleveurs français pourrait aussi trouver de précieux alliés en Irlande. “Chez nous aussi la hausse des coûts de productions doublée de la stagnation des prix payés aux producteurs, rend la situation très difficile pour les éleveurs, a expliqué le président du syndicat des éleveurs ovins irlandais, Henry Burns. Notre production est en chute libre encore plus qu’en France, sans doute parce que l’Irlande a fait le choix du découplage total des aides. Les accords à l’OMC, tels qu’ils sont négociés actuellement porteraient un coup fatal à notre élevage. Nous avertissons donc Bruxelles : nous voterons « non » au référendum de ratification du traité de Lisbonne (ndlr : la constitution européenne simplifiée) si l’accord actuellement négocié par Peter Mandelson devait être signé.”

Retrouvez d'autres informations

dans notre édition papier de l'Eure Agricole du 1er mai 2008.

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