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Lait
Les laiteries baissent les prix les producteurs haussent le ton

Les feuilles de paie de lait du mois d’avril arrivent sur les exploitations. Dans le Calvados, producteurs et responsables syndicaux s’alarment. Témoignages...

Vianney Legouix
Responsable lait JA, producteur dans le pays d’Auge

"La situation est inacceptable. L'absence de recommandation sur le prix du lait crée une disparité entre les laiteries et met en danger l'avenir des jeunes agriculteurs. La situation ne permet pas d'avoir une visibilité sur l'avenir, ce qui complique les remboursements mensuels engendrés par les charges non suppressibles qui sont appliquées en France ( mise aux normes, frais de main d'œuvre…). Par ailleurs, les marges réalisées par les grandes surfaces sont ahurissantes comparées au prix auquel nous sont payés les 1000 litres.
Il est important que nous soyons prêts à nous mobiliser dans les jours à venir."


Pascal Lebrun,
responsable Bocage Fdsea

Je suis très déçu et très inquiet. Très déçu de l’absence d’une ligne directrice de l’interprofession d’où l’émergence de prix différents en fonction de chaque entreprise avec un mix produit et un territoire différent. Nous reconnaissons les difficultés que traversent ces entreprises en ce moment d’autant plus accentuées vu le différentiel de prix avec leurs voisins européens où les prix se situent entre 180 et 240 e en 2008.
Très inquiet car avec un prix du litre de lait comme celui-ci, pas besoin de faire les comptes, cela ne fait pas la boucle. Les trésoreries des exploitations sont déjà tendues. Cela ne va faire qu’accentuer le problème, créer d’énormes difficultés supplémentaires et générer une morosité certaine.
Et maintenant ? Je pense que notre interprofession doit se remettre au travail au plus vite car depuis un certain temps, rien de bien concret n’en ressort. Notre système est à bout de souffle. Notre quota n’est plus réalisé depuis plusieurs années (un million de tonnes en moins cette année) et, malgré cela, le prix n’est pas au rendez-vous.
Il existe des pistes de réflexion : la contractualisation, la caisse de peréquation, l’assurance revenu (...) mais imaginons au plus vite une nouvelle mécanique car nous avons besoin pour la filière dans son ensemble d’une indispensable lisibilité sur le moyen terme.
Nous devons également faire pression auprès de nos politiques afin de remettre un système de régulation au niveau de l’Europe. N’oublions pas l’échéance des élections européennes. Le libéralisme à tout va, sans règle et non organisé, occasionne de sérieux dégâts. N’oublions pas la crise mondiale que nous traversons en ce moment. Elle est due en grande partie à ce monde sans règles”.


Philippe Marie
producteur de lait
dans le  Bessin

“Je suis d’abord très mécontent de l’attitude récente des laiteries qui ont baladé nos représentants de réunions nationales en négociations régionales, pour au final refuser toute discussion avec les producteurs. Tout cela pour nous imposer une baisse de prix plus forte que la conjoncture ou les annonces précédentes nous laissaient imaginer. Quel manque de considération !
Mais n’oublions pas que cette crise est aussi la conséquence du tournant libéral pris par l’union européenne, avec des pertes de producteurs, d’usines et d’emplois en grand nombre. A ce rythme là, même les états les plus libéraux  de l’Europe du nord n’y tiendront pas. Cette veille d’élections européennes doit être pour nous l’occasion de rappeler au politiques la nécessité de plus de soutien aux vrais créateurs de richesse.


Dominique Pupin, producteur de lait à Amayé-sur-Orne
“C’est énorme ! La chute est très rude. L’année dernière au mois d’avril, ma paie de lait affichait 305 €/1000 litres. Depuis 10 ans, le prix le plus bas datait de 2006 avec 240 €. Là nous sommes encore plus bas. J’invite les producteurs à calculer leur perte sur 12 mois. Le chiffrage annuel est beaucoup plus parlant pour mesurer la gravité de la situation. Pour mon exploitation avec 320 000 litres de quota, la baisse représente une perte de 30 000 euros par an. C’est le revenu qui disparaît.  Aujourd’hui, je ne pense pas qu’il faille manifester pour manifester. Nous devons communiquer auprès de l’opinion publique.
Moi le premier, j’ai été déçu à l’automne dernier. Mais la mobilisation a toujours un effet positif. Elle permet de faire remonter aux pouvoirs publics les réalités des campagnes. 
A quand remonte un tel prix :10, 15 ou 20 ans ? Je ne sais. Pour comparer, j’ai ressorti mes paies au moment de mon installation. En avril 1985, j’étais payé 248,50 €/1000 litres”.

Le point de vue de Patrice Lepainteur,
président de la FDSEA

“La situation est grave pour les éleveurs laitiers.  Nous ne pouvons plus continuer à produire avec les exigences environnementales et sociales que nous supportons, aux mêmes coûts de production que ceux qui fournissent le marché mondial aujourd'hui. Les pouvoirs publics ne peuvent pas nous demander de respecter ces règles et dans le même temps abandonner les outils de régulation du marché. Je demande à tous les producteurs de se tenir prêts à répondre aux différents appels à mobilisation qui seront lancés dans les jours à venir pour expliquer cela à nos politiques”.

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