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Ovins
Les moutons : une affaire de famille

A Hauterive, Laurence et Bruno Huvé élèvent 340 brebis. L’atelier complète une activité viande bovine. Avec le bilan de santé de la Pac, ces agriculteurs sentent la production ovine enfin reconnue. Mais, la filière reste en crise. Témoignage.

"Pour les personnes extérieures, nous sommes avant tout éleveurs de moutons. Et accessoirement, on a des vaches”, s’amuse Bruno Huvé. Pourtant, les ovins ne représentent qu’un tiers de l’activité de l’exploitation. Ses moutons détonnent dans la campagne ornaise. “Cette production reste souvent perçue comme marginale. Beaucoup ont préféré abandonner”. La ferme de Betz a choisi de résister. “Il fallait tenir, on a le mérite d’exister, on a le droit de vivre de notre métier. C’est la première fois depuis très longtemps qu’on redistribue des aides à la filière ovine”. L’éleveur parle même de reconnaissance.

Des droits ovins disponibles à son installation
Le mouton est une passion. Sur ce sujet, l’éleveur est plutôt loquace. Cette production, Bruno Huvé l’a choisie à son installation.  À l’époque, il disposait de 30 droits à prime vache allaitante et 60 hectares de prairies à valoriser. Des droits ovins étaient disponibles. Il développe donc le troupeau de ses parents. Laurence et Bruno Huvé exploitent désormais sur 180 hectares, avec 85 vaches allaitantes et 340 brebis. “L’atelier ovin n’aurait pas pu exister sans l’atelier bovin”, précise l’éleveur. “La bétaillère, le télescopique ou le tracteur, c’est la viande bovine qui les finance. Si on raisonnait uniquement et purement économique, nous aurions stoppé les moutons”. L’éleveur gratte les économies possibles. La bergerie est un poulailler recyclé. “C’est de l’autoconstruction. Il m’a coûté 7000 € pour 300 m2 ! Ces dernières années, la capacité d’investissement était limitée dans la filière. Certains se sont « enlisés ». Surtout ceux qui n’ont que cette activité” .

Un choix familial
Les ovins occupent 50 % du temps et représentent 30 % du revenu de l’exploitation. Les progrès techniques ont encouragé le couple à persévérer. “Nous sommes passés de 200 à 340 brebis sans surcharge de travail. Avant, toutes les femelles agnelaient en même temps. Aujourd’hui, nous avons trois périodes d’agnelage en février, mai et octobre”. Malgré le marasme économique de la filière ovine, d’autres facteurs ont incité à la poursuite  de cette activité. À commencer par la complémentarité bovins-ovins dans un système tout herbe.  “L’hiver, je peux valoriser mes prairies. J’ai 200 brebis dans les champs. Elles vont grignoter la pâture des bovins. Le résultat s’en ressent au printemps. Le démarrage de pousse est excellent”. Autre élément qui plaide en faveur de l’élevage ovin : la vie de famille. Un bébé vient d’agrandir la fratrie. À sa façon, il contribue aussi au maintien de l’atelier… “Nous ne négligeons pas cet aspect. Nous avons cinq enfants. Ils peuvent nous suivre au travail, on leur montre notre passion. Les brebis sont inclues dans notre processus d’éducation. Toute la famille se retrouve autour de la production des moutons. Avec les bovins, la même démarche serait trop dangereuse”, insiste Laurence.

« Rééquilibrage des primes
à l’UGB »

Le bilan de la Pac a finalement conforté leur choix.  La nouvelle prime représente 21 € par brebis. S’y ajoutent 3 € car l’éleveur adhère à une organisation de producteurs. Le soutien passe donc de 60 € à 200 € par UGB/brebis. Cette somme équilibre le rapport entre les vaches allaitantes et les brebis. “Nous percevons 230 € d’aides par UGB pour nos vaches allaitantes. Sur notre exploitation, le bilan de santé de la Pac a permis une régularisation de la prime à l’UGB”. Des inquiétudes subsistent néanmoins. Bien qu’en augmentation, la marge brute par UGB/ovins se limite à 466 €. Ce chiffre est en net progrès. Ce chiffre est aussi relatif. C’est finalement peu comparé aux 560 € pour les bovins, une filière en crise depuis trois ans et loin d’être une référence côté revenu…

Un bilan de santé favorable pour la ferme de Betz

Le bilan de santé de la Pac a redistribué les cartes. En misant sur les ovins sur son immense « tapis vert », la ferme de Betz est gagnante.   L’enveloppe globale de l’exploitation augmente de 6 000 €. “On a perdu 2 000 € sur l’atelier bovin et gagné 8000 € sur la partie ovine”, précise Bruno Huvé. Cette somme donne des perspectives à court terme. Le couple songe investir. “L’identifica-tion électronique se développe pour les abattoirs. On doit aussi parvenir à s’équiper d’un portail électronique, grâce à ce surplus d’aides. Actuellement, toutes les pesées sont manuelles. On a donc encore des perspectives de progrès. Avec un logiciel, les brebis, qui ne font pas de bons agneaux, passeront plus difficilement au travers”. À long terme, le doute persiste. “Dans trois ans, tout s’arrête. À ce moment que ferons-nous ?”, s’interroge l’éleveur.

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