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Humeur
Les organisations agricoles sont-elles inconscientes ?

L’éditorial de Pascal Férey, vice président de la FNSEA

Le Grenelle de l’Environnement a conduit à prendre certaines décisions capitales en matière de qualité de vie pour les générations à venir. Toutes ne font pas l’unanimité, certaines moins que d’autres. On en vient ainsi à critiquer très rapidement le bémol mis par la FNSEA à la demande du Président de la République de réduire de 50 % l’utilisation des phytosanitaires, si possible dans les 10 ans à venir, et dans la mesure où des produits de substitution existent.
Comment un syndicat responsable peut-il prendre une telle position ? Les agriculteurs sont en première ligne pour constater la dangerosité de toutes ces molécules qu’ils utilisent dans le cadre de leur activité professionnelle. Ils sont aussi parmi les premiers exposés aux risques induits par ces bouteilles, par ces bidons marqués d’un X ou d’une tête de mort.
Alors comment expliquer la réticence de la FNSEA à la mesure préconisée par les groupes de travail du Grenelle ?
Tout est dans l’écoute et le sens des mots. La FNSEA ne s’est pas opposée à la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires. Elle a demandé que celle-ci soit faite sur des bases réalistes.
Qui oserait croire qu’un paysan épand des produits aussi dangereux par gaîté de cœur ? Derrière chaque épandage, il y a une réflexion, un besoin, une analyse technico-économique. La vocation première de l’agriculture est de nourrir la population, de lui fournir une alimentation en quantité et en qualité. Et pour concilier ces deux objectifs, nous, paysans, utilisons ce qui est à notre disposition, que ce soit en technique culturale ou, hélas sans doute, en produits phytosanitaires. Bien sûr que l’idéal serait de nourrir la population avec zéro intrant chimique, mais l’utopie ne nourrit pas son homme pendant très longtemps. Même la FAO reconnaît qu’il n’est pas possible de nourrir aujourd’hui 6 milliards de personnes, et 9 milliards en 2050, uniquement via l’agriculture bio, que nous soutenons par ailleurs.
Non, la FNSEA et ses dirigeants ne sont pas inconscients, mais à un effet d’annonce, avec des chiffres clinquants, ils opposent simplement un peu de réalisme. Développons et peaufinons les moyens de production plus respectueux de l’environnement, soutenons la recherche qui nous permettra de remplacer toutes ces molécules par de nouveaux itinéraires culturaux, par de nouvelles variétés, alors oui, l’utilisation des produits phytosanitaires va diminuer, pour être remplacée par des produits phytosanitaires de substitution. Peut-être de 50 % en 10 ans, peut-être de moins, peut-être de plus.
Mais décideurs et gouvernement auront pris le temps de prendre le problème dans son ensemble, et ne se seront pas limités à prendre une mesure démagogique dont personne ne sera en mesure d’évaluer la portée dans 10 ans. Les paysans sont les premiers à demander à utiliser des produits moins dangereux, mais encore faut-il que ces produits existent, qu’on leur permette d’exister.
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