Aller au contenu principal

Culture
Limiter le ruissellement sur pommes de terre : créer des micro-barrages entre les buttes

A cause de leur mode de plantation en buttes, les pommes de terre ont tendance à canaliser les ruissellements, pouvant être à l’origine de coulées boueuses lors de forts épisodes pluvieux. Pour y faire face, Patrick Lecarpentier ainsi que la CUMA du Billon, située en Seine-Maritime, ont équipé leur planteuse d’un système réalisant des micro-diguettes entre les buttes.

“Face aux problèmes d’inondations rencontrés sur la pointe du Havre, nous avions la pression du syndicat de bassin versant pour limiter les risques de ruissellements sur pommes de terre, sous peine de se voir interdire la mise en place de cette culture sur les secteurs les plus sensibles. De plus, voir les limons partir de ses parcelles pour se déposer sur la route n’est jamais très intéressant pour l’agriculteur”, explique Patrick Lecarpentier, producteur de pommes de terre à Saint-Jouin-Bruneval (76). Il a donc eu l’idée d’équiper sa planteuse d’un système de pelles formant des petits monticules de terre entre les buttes à intervalles réguliers. Ces micro-barrages (ou micro-diguettes) permettent de contenir l’eau de pluie sous forme de petites flaques très temporaires. L’eau s’infiltre ensuite directement sur place. Ce système, appelé barbutte, est commercialisé par les établissements Cottard.Des simulations de pluie réalisées par l’AREAS (Association Régionale pour l’Etude et l’Amélioration des Sols) en 2007 ont montré que ces barrages sont très efficaces pour limiter le ruissellement (graphique), et qu’ils permettent de stocker 25 à 40 mm de pluie d’orage. “En retenant ainsi l’eau dans la parcelle, on limite son accumulation dans les zones de bas-fond. On évite alors les risques sanitaires de type erwinia”, précise l’agriculteur. En cas d'année sèche, comme en 2010, la technique peut aussi être bénéfique pour le bon développement des pommes de terre, car elle permet de conserver plus d'eau dans la parcelle.

Pas de problèmes lors de la récolte

Cette technique n’est pas forcément contraignante et Patrick Lecarpentier la met en place sur l’intégralité de ses surfaces. “Il faut juste être vigilant en ne réalisant pas de diguettes sur les futurs passages de pulvérisateur. Pour la récolte, nous n’avons même pas besoin d’effacer les diguettes car notre arracheuse est en déporté. La seule contrainte que nous pourrions avoir à l’avenir, avec le développement des techniques de défannage mécanique, serait éventuellement la mise en place d’efface-diguettes à l’avant des roues du broyeur”, précise-t-il.Avec une arracheuse non déportée, la mise en place d’efface-diguettes devient nécessaire pour que les micro-barrages ne compromettent pas les conditions de récolte. “Comme notre arracheuse n’est pas déportée, nous avons trouvé un système pour effacer les mini-diguettes juste devant le tracteur qui la tire”, explique Benoist Leforestier, agriculteur à Ermenouville et adhérent de la CUMA du Billon. “C’est un système simple et très peu sophistiqué. Deux pioches installées sur le relevage avant du tracteur effacent les barrages entre les buttes. Un disque placé juste devant les pioches permet de sectionner les fannes et d’éviter les bourrages. Il peut donc être utilisé quel que soit le stade de la végétation”. Aujourd'hui, Ottavioli, constructeur de matériel agricole à Crasville-la-Mallet, commercialise un efface-diguettes qui reprend ce même principe.

Les hélices creusent des petites dépressions

Pour mettre en place des micro-barrages, un deuxième type d’équipement est envisageable. Il s’agit dans ce cas d’un système d’hélices appelés “Dyckers”, fabriqué par Grimme. Les hélices creusent des petites dépressions entre les buttes ; la terre provenant de ces cavités forme des petits monticules. Ce système présente l’avantage de ne pas nécessiter d’efface-diguettes car les monticules étant plus petits, le simple passage du tracteur permet à lui seul de les écraser. Cette méthode est peut-être mieux adaptée aux parcelles nécessitant le passage d’engins en végétation, comme les machines à épurer en production de plant ou encore les broyeurs de fannes.Ces équipements sont actuellement installés sur des planteuses chez des agriculteurs pratiquant le tamisage. Dans le cas d’une plantation traditionnelle, on peut envisager l’installation de ces dispositifs sur la butteuse, en s’assurant que cela n’alourdisse pas trop la machine sur l’arrière. Ce type d’équipement de lutte contre l’érosion des sols peut faire l’objet d’une aide à l’investissement de la part du Département ou dans le cadre du Plan Végétal pour l’Environnement.


L’herbe pour limiter le ravinement

D’autres moyens de lutte contre l’érosion existent : dans les zones très sensibles à l’érosion, comme les talwegs ou les bas de parcelle, l’herbe reste la solution la plus intéressante pour limiter le ravinement. Dans les parcelles présentant des talwegs très érosifs il peut même être judicieux de maintenir cet enherbement, quelle que soit la culture en place. Mais pour que l’enherbement de la fourrière réduise le ruissellement dès la plantation des pommes de terre, celui-ci devra avoir été réalisé l’automne précédent, ce qui n’est pas toujours facile à anticiper (manque de temps après la moisson, choix tardif de certaines parcelles).

Les avantages des micro-diguettes pour la culture

En plus de réduire les ruissellements, la technique des micro-diguettes présente un certain nombre d’avantages :

- elle évite la stagnation de l’eau dans les zones de bas fonds, réduisant ainsi les risques de foyers de départ de mildiou ;

- elle permet une meilleure valorisation des pluies pour les pommes de terre en faisant mieux pénétrer l’eau sur la parcelle ;

- elle limite la perte de fertilité des sols en réduisant les risques de départ de terre.


En savoir +

Pour plus de renseignements sur la technique des micro-diguettes, consultez la fiche érosion n° 7 “Pomme de terre” (http://www.seine-maritime.chambagri.fr/ iso_album/7_fiche-pomme2terre_a3.pdf). Vous pouvez également contacter votre Chambre d’agriculture.

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout l'Agriculteur Normand.

Les plus lus

Eleveur laitier à bout de souffle : il s'en est sorti et il témoigne
Marcel, 35 ans, s’est installé en Gaec en 2009, dans le bocage ornais. Entre les investissements, l’installation d’une troisième…
panneaux solaires
Soleil 14, ou le cadastre solaire pour tomber dans le bon panneau
Soleil 14 est portée par le Syndicat départemental d’énergies du Calvados et les 16 intercommunalités du département. La…
500 ch en bord de mer
Vincent Michel, ferme de la Saline dans le Calvados, a commandé avant l’été, le Fendt Vario 1050. Il est arrivé dans la cour de…
coopération laitière, négociations commerciales
La coopération laitière lance une alerte
Dans le bras de fer commercial opposant distribution et transformation qui doit trouver son épilogue avant le 1er mars 2022, la…
Littoral Normand Déleg Génisses
Déleg Génisses : un service à la hauteur des attentes et en devenir
Un peu plus d’un an après son lancement par Littoral Normand, retour bilanciel sur Déleg Génisses, un service de délégation d’…
RENCONTRE FILIERE PORCINE FRSEA NORMANDIE
La production porcine à l’heure de la loi Egalim 2
Egalim 2, fin de la castration, crise du porc… les sujets n’ont pas manqué pour animer la réunion organisée par la FRSEA de…
Publicité