Aller au contenu principal
E-mailPrintFont SizeFacebookTwitter

Calvados
Liniculture : "pas une menace, juste le rappel de la règle"

En octobre, la coopérative linière de Cagny a envoyé un courrier à ses adhérents. Elle leur demande d’emblaver (au minimum) leurs parts sociales. Actuellement, le prix de la fibre flambe. Mais la coopérative annonce déjà des périodes de chômage technique, faute de matière.

© VM
La coopérative de Cagny recherche des hectares de lin. Explications d’Emma-nuel Frimout, agriculteur à Saint-Aignan-de- Cramesnil et vice-président de la coopérative.

Pourquoi ce courrier ?
Les agriculteurs doivent vraiment prendre conscience que le contexte est très favorable. Nous avions demandé les intentions d’emblavements de nos adhérents en juillet, pour la récolte 2012. Nous nous sommes aperçus qu’ils étaient en baisse par rapport à 2011. De l’ordre de 4 à 5 %. L’année dernière 1530 ha de lin ont été emblavés par les coopérateurs, et actuellement, 1475 ha sont prévus. Ces chiffres ne sont pas sans conséquences par rapport à l’outil et au fonctionnement du marché.  Le contexte est pourtant favorable. À nous de le faire sentir aux agriculteurs. Nous en appelons aussi à leur fibre de coopérateur. Si on souscrit un engagement, on doit le respecter.

Quid du plan de charge de votre outil ?
La durée de campagne sera restreinte. Nous avons donc besoin d’un volume de paille important pour passer le cap de 2012 et arriver en 2013. Le capital social doit au minimum être engagé.  Soit 1600 ha.

Vous programmez une période de chômage technique ?
Oui, pendant 3 mois. La coopérative compte 21 salariés. La dimension sociale est importante. L’outil sera arrêté de décembre à février 2012. C’est un choix optimisé pour les ahérents et les salariés. Nous avons déjà réduit l’activité du teillage, en passant d’un fonctionnement outil de 45 à 36 heures par semaine.

Quels éléments vous permettent d’affirmer que le contexte est favorable ?
La récolte 2011 est une demi-récolte par rapport à la normale. Les teneurs en filasse sont faibles. En 2010 année moyenne, nous produisions 1300 kg de fibre par hectare. En 2011, nous tombons à 600-650 kg. Les stocks baissent. En un an, nous sommes passés de 60 000 à 30 000 tonnes. La consommation des Chinois se maintient à 100 000 t par. Au niveau européen, nous produirons environ 55 000 tonnes de filasse en 2011. Nous allons donc couvrir la demande grâce au stock. Mais en juin 2012, le stock sera quasiment nul.. La situation du marché se tend. Entre septembre 2010 et septembre 2011, le prix de fibres longues est passé de 130 €/Ql à 217 €/Ql. Soit une augmentation de 67 %.

Les liniculteurs et adhérents ne brident-ils pas l’offre volontairement ?
Je ne pense pas qu’ils raisonnent ainsi. Et si la demande des Chinois est bridée, ils risquent de se désintéresser du lin. Le risque est réel. Les Chinois ont une incroyable souplesse. Mais attention, la Chine reste notre seul acheteur.

Le contexte semble idéal. Selon vous, quels facteurs freinent vos adhérents ?
Les cours des céréales sont bons et concurrencent le lin. La lisibilité de la marge du blé est évidente. En lin, la démarche est plus compliquée. Le résultat économique n’est finalement rendu que 18 mois après la récolte. Les exploitations manquent également de main d’œuvre au moment de la récolte.

Dons votre lettre, vous indiquez donc la recette moyenne à l’hectare…
Oui, car elle reste en moyenne la plus rentable de leur exploitation. Aucune culture ne propose une telle marge sur 6 ans. Aucune ! Sur les six années écoulées, 2117 €/ha ont été redistribués aux coopérateurs.

Le conseil d’administration de la coopérative a pris son bâton de pèlerin ?
Nous avons d’abord écrit une lettre. Elle ne s’adresse pas à tous les adhérents. Ils sont nombreux à jouer le jeu. Nous avons répertorié les coopérateurs qui ne suivent pas. Nous allons désormais les rencontrer. Nous en profitons pour resserrer le lien entre la coopérative et les adhérents.

Dans le courrier, vous menacez d’appliquer l’article 8 de vos statuts. De quoi s’agit-il ?
Ce n’est pas une menace. C’est un rappel de la règle et nous appliquerons cette règle. En parts sociales, si un agriculteur souscrit 10 ha de lin, il peut n’en produire que 8 ha sans pénalité. Au-delà de 20 %, la coopérative se réserve le droit de réclamer les charges fixes. Un coopérateur a des droits et des devoirs.

Quelle somme peut atteindre cette pénalité ?
Impossible à dire actuellement. Je souhaite que nous n’y soyons pas confrontés. La somme est calculée selon notre règlement.

Pistez-vous des liniculteurs novices ? Ce potentiel
existe-t-il ?
C’est un aspect que nous pouvons développer. Nous sommes ouverts à toute personne qui souhaite s’engager dans la culture du lin. Nous sommes prêts à l’accompagner. Le lin des jeunes agriculteurs est teillé en priorité et les acomptes sont versés plus rapidement.
Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout l'Agriculteur Normand.

Les plus lus

Une bouteille de cidre par semaine éloigne la crise et sauve le verger
Il suffirait que chaque foyer normand achète une bouteille de cidre par semaine pour sauver la filière cidricole malmenée par la…
« C’est inadmissible que l’on n’arrive pas à être reçu par les ministres de l’Agriculture et des Finances »
Au moment où la filière vitivinicole cherche à négocier des aides avec le gouvernement pour sa survie, la filière cidricole…
Accepter un peu d’inflation alimentaire
« Nous sommes des besogneux. On nous demande de la montée en gamme et du local avec de plus en plus de contraintes et nous…
Agneau du Gaec Le vent des marais
Un nouvel abattoir en vue ?
Fin 2018, l’abattoir de Beuvillers fermait définitivement ses portes. Un abattoir de plus qui, en stoppant son activité, a eu…
Ludovic Blin Président de la section laitière régionale de la FRSEA Normandie “ Et maintenant ? ”
A l’heure où le déconfinement s’organise progressivement sur le territoire français, le secteur laitier dresse un premier bilan…
En attendant les JO, Éric Delaunay tire les corvidés
Dans le département, la pression corvidés se fait sentir. Pour y remédier, le tir est autorisé, même en période de confinement. À…
Publicité