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Madame le Préfet explore les champs du possible

Trois exploitations, trois problématiques (haie, prime vache allaitante, zone humide). Isabelle David, Préfet de l’Orne, accompagnée de Vincent Royer, directeur de la DDT (Direction Départementale des Territoires) a répondu positivement le 9 avril dernier à l’invitation lancée par la FDSEA et JA. Aux questions soulevées par le syndicalisme jeune et ainé sur la réforme de la PAC, les champs du possible apporteront-ils une réponse favorable aux principales revendications ? Réponses dans quelques semaines.

"Les modalités de transfert de DPU, la prise en compte des vaches allaitantes ainsi que les nouvelles mesures environnementales liées aux haies et aux prairies auront des conséquences désastreuses sur la pérennité des exploitations, mais aussi sur le paysage agricole ornais”. Inquiétudes légitimes ou fausses peurs ? C’est pour plaider leur dossier que FDSEA et JA ont convié, jeudi dernier, le Préfet de l’Orne et son directeur de la DDT à un tour de champs.

Assurer le stock fourrager, rationaliser le parcellaire
Premier arrêt de ce marathon agricole d’un jour au GAEC des Rochers à La Forêt-Auvray. Un paysage bocager par excellence avec la roche à fleurs de sol et où le foncier se négocie à partir de 1 500 e/ha. “Plus d’herbe à partir de juillet alors il faut sécuriser les stocks fourragers avec un peu de maïs dans les parcelles retournables”, commente-t-on du côté des associés. A ce titre, le GAEC a obtenu une dérogation pour retourner 20 ha de prairies “mais avec beaucoup de mal”, insiste-t-il. Plus globalement et dans cette micro région où la pression foncière est inexistante, si l’on fige les surfaces en herbe et à défaut de pouvoir sécuriser l’affourragement des animaux, c’est l’activité élevage qui est menacée avec un risque latent d’abandon de parcelles en friches potentielles. Dur dur pour le paysage à terme dans ce coin de Suisse Normande à fort potentiel touristique, mais aussi pour les outils aval comme les abattoirs déjà en manque d’activité.
Autre problématique soulevée au cours de la matinale : la gestion des haies. Le GAEC souhaiterait acheter un champ de moins d’un hectare entouré de haies (50 mètres entre deux haies) situé entre deux parcelles déjà en leur possession. Cependant, il y a une hésitation d’achat à cause de l’arrachage des haies (BCAE no 7) car il voudrait en faire une seule parcelle. En effet, les trois parcelles réunies font à peine un hectare. Il y aurait donc plus de travail au niveau de l’entretien et de l’organisation sans parler des zones d’ombres pouvant pénaliser l’octroi de DPU.


Vaches allaitantes réelles mais primes fictives
Second rendez-vous au Menil-Guyon où Cyriaque Poulain s’est installé en GAEC avec sa mère en 2013. Une attribution supplémentaire de 40 PMTVA lui est accordée portant le total à 99 primes. Mais la réforme de la PAC passant par là, c’est un capital de 73 vaches productives qui est pris en compte alors que les investissements ont été pensés pour 26 vaches de plus. “Nous pouvons nous poser la question sur les conséquences du non suivi du PDE (Plan de Développement de l’Exploitation) en termes réglementaire, mais aussi économique, regrette la profession. Ce cas n’est malheureusement pas le seul dans le département. D’autres jeunes voient eux aussi leur projet impacté. Aujourd’hui, ni l’administration ni les centres de gestion n’ont de réponses à fournir. La profession ne peut l’accepter. La réforme de la PAC avait pourtant pour vocation d’aider les jeunes et l’élevage”, insiste-t-on du côté de la FDSEA et de JA. Autre anachronisme sur cette exploitation qui compte également un atelier volailles de chair de 1 321 m2, l’obligation de construire une fumière liée à cette activité pour 15 jours de stockage.

Des zones humides bien séchantes
Ultime arrêt à l’Earl Girard (à Trémont) où des suspicions de zones humides n’interdisent certes pas, mais n’autorisent pas non plus, deux chantiers de drainage. Au lieu-dit La Martinerie, on joue la carte de la diversification de l’assolement afin de viser l’autosuffisance alimentaire en cultivant notamment des pois, de la fèverole ou bien encore de la luzerne. L’EARL a déposé en janvier une demande de drainage portant sur 14 ha d’un îlot de 23 ha et de 4 ha sur un autre ilot de 39 ha. DDT et ONEMA ont carotté les parcelles concernées le 18 février et rendu un avis défavorable. Tant sur la forme que sur le fond, cette conclusion des pouvoirs publics ne fait pas l’unanimité. “Ils ont été très approximatifs dans leurs mesures en donnant plutôt un avis personnel que professionnel alors que, dans les déclarations, on nous demande d’être exact”, regrette l’exploitant. La définition même de la qualification “zone humide” demande également à être approfondie. Un groupe de travail planche sur le sujet, mais ses conclusions ne seront rendues que dans de longs mois. Et à l’administration qui invite les contestataires à faire réaliser une expertise complémentaire, “trop couteux pour un chantier de drainage qui revient à 1 700 e/ha environ”, répond M. Girard qui a préféré réaliser deux profils de sols pour apporter de l’eau à son moulin. Et on n’a guère vu d’eau au fond des fosses. Même pas besoin de chausser les bottes pour y accéder. Curieux, début avril, pour une zone soi-disant humide. Là encore, il ne s’agit pas d’un cas isolé. On confirme du côté de la CUMA de drainage qui constate le blocage de nombreux projets (260 ha sur 300) et rappelle que l’Etat subventionnait de telles opérations il y a 25 ans. Trois emplois sont également quasiment en jeu. Une approche environnementale trop dogmatique ? “Il s’agit d’évacuer l’excès d’eau, pas d’assécher les zones”, insiste M. Girard. Message passé. Message reçu?
 

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