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Madeleine Denizot voulait vivre là « où il y avait des pommes »

Madeleine Denizot, 75 ans, agricultrice à la retraite, préside l’association des anciens exploitants de l’Orne. Pour son quatrième mandat, elle aura à se battre contre la hausse de la contribution sociale généralisée (CSG). Elle donne rendez-vous à l’assemblée générale, le 12 octobre, à Mortagne-au-Perche.

© JP

>> Devenir agricultrice, c’est ce à quoi vous aspiriez petite fille ?
J’habitais à Lyon, et je savais juste que je voulais vivre dans un département où il y avait des pommes. Mon oncle et ma tante, eux, vivaient dans la région. Un jour, ils m’ont présenté Paul-Henri, un agriculteur célibataire d’Aunou-le-Faucon. J’avais 18 ans et lui 28. Nous nous sommes mariés le 8 avril 1961. Dès cette année-là, nous sommes devenus associés sur l’exploitation.


>> Vous connaissiez le milieu ?
Mon grand-père était agriculteur dans la Haute-Loire, mais il avait des moutons. J’ai donc appris à m’occuper des vaches et à traire. Au début, nous avions une dizaine de bêtes et quelques cultures. Puis nous sommes passés à une vingtaine de laitières et beaucoup de vaches allaitantes, jusqu’à arriver à une centaine de têtes. Principalement des Normandes. J’ai eu un peu de mal avec le monde agricole, j’arrivais de la ville, je ne plaisais pas trop aux Normands.

>> Vous avez arrêté il y a longtemps ?
J’ai pris ma préretraite en 1995, quand mon mari est tombé malade. Il a eu le poumon du fermier pendant dix ans. Il est mort un jour où on ne s’y attendait pas, fin mai 2005, le jour de la Fête des mères.

>> Vous avez eu quatre enfants. Est-ce que l’un d’eux a pris la suite de l’exploitation ?
L’ainé de mes enfants a fait des études agricoles mais il s’est rendu compte que l’on ne gagne pas d’argent dans le métier. Il est parti à Paris. C’est un jeune du coin qui a repris la ferme en 1995. Il n’a pas continué le lait mais il a gardé les vaches allaitantes et les cultures. Il a fait quelques poulets à un moment, puis il a arrêté. Mais il vient de reprendre. Je m’entends bien avec lui, il me loue entre 22 et 25 ha.

>> Comment êtes-vous arrivée à la tête de l’association des anciens exploitants agricoles de l’Orne ?
La première fois que j’ai été élue présidente, en 2008, je ne m’étais même pas présentée mais beaucoup me connaissaient : j’étais affiliée à la FDSEA et mon mari s’était occupé des JAC, à l’époque, la jeunesse agricole catholique. J’ai été réélue en mars, pour un quatrième mandat. Sûrement le dernier. J’ai aussi fait partie, à un moment, du bureau national.

>> Pensez-vous qu’il est plus difficile pour les jeunes de s’installer aujourd’hui ?
Oui, même si en Gaec on peut mieux s’en sortir. Mais il faut s’entendre avec ses associés. Quand je discute avec les adhérents, je me rends compte qu’ils sont contents que les terres soient reprises, souvent par l’un des enfants. Beaucoup d’installations se font dans le cadre familial.

>> Et la dureté du métier, elle a évolué ?
C’est plus difficile aujourd’hui au niveau des charges financières. Mais c’est plus facile dans le travail. Grâce aux machines, il y a moins d’efforts physiques : avant, on portait les bottes de foin pour les mettre dans les greniers.

>> Racontez-nous un souvenir marquant dans votre vie d’agricultrice…
Tout à fait au début, on battait l’orge et le blé à la batteuse mécanique. Puis on emportait le grain à coopératives. Les ouvriers agricoles mangeaient matin, midi et soir à la ferme, pendant deux jours. C’était la fête. C’est comme ça que j’ai appris à connaître le milieu, je suis passée au-dessus de ma timidité.

>> Emmanuel Macron va augmenter la CSG. Quelle est votre réaction ?
Je suis contre. Tout le monde est contre au niveau local. Nos retraites vont baisser. Je touche 1 000 euros par mois, sans les fermages, dont 188 euros car j’ai quatre enfants. Mais il y a des retraites moins fortes que la mienne. Nous parlons des retraites à chaque réunion. L’année dernière, elles ont été augmentées d’un euro. Avant l’élection d’Emmanuel Macron, on voulait qu’il augmente nos retraites, qu’il s’occupe des agriculteurs. On n’a pas réussi à avoir un interlocuteur, rien n’a avancé. On va essayer de se battre contre la hausse de la CSG.

>> Comment se porte l’association ?
Nous comptons 773 adhérents anciens exploitants. C’est moins qu’en 2015 où nous étions 810. Il y a eu des décès, des maladies. J’aimerais qu’il y ait plus d’adhérents, parce que c’est vraiment avantageux au niveau de la complémentaire santé, nous payons le fioul moins cher et nous avons la carte moisson. Les cotisations n’ont pas augmenté depuis deux ou trois ans : 32,5 euros pour les couples et 21 euros pour une personne seule.

Rendez-vous le 12 octobre, à
9 h 30 pour l’assemblée générale. A l’ordre du jour, entre autres, la revalorisation des retraites portées à 75 % du Smic pour le chef d’exploitation qui a eu une carrière complète. Le
Dr Lyagoubi sera présent pour parler des maladies cardiovasculaires.
L’après-midi, deux humoristes assurent le spectacle.

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