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Olivier Bourassin, Directeur de la filière Céréales de la coopérative AGRIAL
Mais à qui profite la flambée des prix du blé ?

Aux alentours de 100 e fin 2005, le blé flirte allégrement aujourd’hui avec la barre des 200 e. Phénomène rationnel ou pas, durable ou éphémère, rassurant ou inquiétant ? Olivier Bourassin, directeur de la filière Céréales chez AGRIAL, nous apporte son éclairage.

Les cours ne vont pas s’effondrer même si des corrections sont envisageables. Cependant, ce qui est irrationnel, c’est l’amplitude de la hausse. Des fluctuations journalières de 8 e, on n’a jamais connu cela. Il y a réellement un déficit d’offre.
Les cours ne vont pas s’effondrer même si des corrections sont envisageables. Cependant, ce qui est irrationnel, c’est l’amplitude de la hausse. Des fluctuations journalières de 8 e, on n’a jamais connu cela. Il y a réellement un déficit d’offre.
© TG
Comment expliquer l’envolée du prix du blé ? Plusieurs éléments entrent en ligne de compte. Il y a, à la base, une hausse globale de la consommation avec parallèlement une baisse des stocks mondiaux. Sont venues ensuite se greffer de mauvaises perspectives de récolte : sécheresse en juin en Ukraine, canicule en juillet en Roumanie, Hongrie, Italie... Enfin excès d’eau en France qui s’est soldé par des rendements en retraits de 10 à 20 q/ha par rapport à l’an dernier , déjà une année moyenne. Les conditions étaient donc réunies pour un emballement du marché ! Au quantitatif, il faut y ajouter également un problème de qualité ? Cette hausse a également été initiée par les OS (Organisme Stockeur). Certains ont été contraints de se racheter. Ils avaient vendu, avant moisson, du blé sur des bases portuaires à 76 de PS (Poids Spécifique) qui n’a pas été récolté. Enfin, les fabricants d’aliments, qui n’avaient pas toujours anticipé leurs achats, sont entrés sur le marché simplement parfois pour éviter la rupture de stocks. S’agit-il d’un phénomène durable ? Les cours ne vont pas s’effondrer même si des corrections sont envisageables. Cependant, ce qui est irrationnel, c’est l’amplitude de la hausse. Des fluctuations journalières de 8 e, on n’a jamais connu cela. Il y a réellement un déficit d’offre. Attention quand même, à l’autre bout, il y a des clients qui pourraient se tourner vers des solutions alternatives ou de substitution. Le blé n’est parfois qu’un produit intermédiaire. A qui profite cette hausse ? A ceux qui n’ont encore rien vendu et qui disposent de la qualité adéquate. Et aux OS ? Nous ne sommes pas des "boursicotteurs" et n’avons aucunement spéculé sur la hausse du prix du blé. Il faut arrêter de croire que nous avons acheté, dans le cadre des achats à prix ferme, à 130 e avant moisson pour revendre à 200 e aujourd’hui. Ces volumes ont été revendus au fur et à mesure des achats afin de garantir leur prix d’achat et la marge de l’entreprise. C’est donc aussi pour vous une moisson médiocre ? Tous les OS (coopératifs et privés) sont confrontés à la baisse des volumes. A l’échelon d’AGRIAL, ce sont 100 000 T environ de collecte en moins. Autant de volume qui ne va pas contribuer à diluer les charges fixes. Par ailleurs, les séchoirs ont tourné à plein régime tout l’été et ce coût n’est pas répercuté à 100 % auprès des livreurs. Une partie reste à notre charge notamment tout le volet transport supplémentaire. Enfin, pour répondre au cahier des charges des acheteurs, il nous faut trier, brouetter, et alloter bien plus qu’en année standard. Au bilan, la moisson 2007 coûte cher alors que les silos ne sont pas pleins. Quid des producteurs qui n’ont pas ou ne pourront pas honorer leur contrat ? Je tiens tout d’abord à rappeler que l’immense majorité des agriculteurs a honoré ses contrats. D’autre part, le discours que nous avons tenu auprès de nos adhérents a toujours été clair : pas plus de 30 % de contractualisation avant récolte. Or, ce sont 50% du potentiel, soit 70 % de la récolte, qui ont été vendus avant le premier coup de batteur. Voilà pourquoi nous nous trouvons confrontés à quelques cas de non respect. Quant à la réponse à y apporter, la commission Céréales d'AGRIAL sera amenée à statuer prochainement. Il faut quand même garder à l’esprit que les OS ont du, à leur niveau, assumer ces contrats quelles qu’en soient les conséquences financières. Propos recueillis par Th. Guillemot
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