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Manche : des étourneaux insupportables

Fortement impactés sur leurs exploitations, les agriculteurs de la Manche veulent en finir avec les étourneaux. Ils en appellent à la FNSEA et au gouvernement pour qu’il soit au moins classé nuisible au titre de l’agriculture.

© SB

Les agriculteurs de la Manche, et plus particulièrement ceux qui sont situés dans un rayon de 15 km autour de la tourbière de Baupte sont exténués. Les étourneaux qui trouvent refuge dans leur exploitation sont devenus « insupportables » comme le souligne Sébastien Amand, président de la FDSEA. « Il faut en finir avec les étourneaux », s’insurge-t-il.

Le ras-le-bol des exploitants
Et pour faire entendre sa voix, la FDSEA de la Manche a fait appel au syndicat national et aux parlementaires afin de faire évoluer la situation. Sur place, au cœur du Gaec du Sapin à Gorges, Thierry Chalmin, président de la commission Faune sauvage de la FNSEA, et Joël Limouzin, vice-président de la FNSEA et président du FMSE (Fonds national agricole de mutualisation sanitaire et environnementale) sont venus voir sur place. « On sent le ras-le-bol sur le terrain », assure Thierry Chalmin, stupéfait de voir tous les dégâts.
Du travail en plus
Quels sont-ils exactement ? Jean-Michel Hamel, secrétaire général de la FDSEA de la Manche porte le dossier avec ferveur. En premier lieu, les étourneaux sansonnet s’attaquent aux semis. Ils sont de véritables granivores. Ils se nourrissent d’ensilage de maïs et attaquent les parcelles de blé, d’orge… Les rendements sont donc réduits. A titre d’exemple, en 2010, sur 3 500 hectares attaqués, 850 ha ont dû être ressemés.
Sur les exploitations, ils s’invitent au repas des animaux conduisant les exploitants n’ont plus à désiler le matin mais plutôt le soir. En terme de qualité de travail, cela a un impact comme le précise un des frères Lecoq du Gaec du Sapin. « Ils arrivent vers 9 h, s’abattent par centaines. On essaie de les effaroucher mais 15 mn plus tard, ils sont revenus. On ne peut pas s’avancer le week-end. Il faut désiler tous les jours, et le dimanche soir. Ce n’est pas logique ». A cela s’ajoute la couverture du silo pour éviter que les étourneaux se jettent dessus. Des manipulations supplémentaires que les exploitants se passeraient bien.

Un risque sanitaire
L’aspect sanitaire n’est pas à minimiser. Bien au contraire. « Un étourneau, c’est 4 g de fiente par jour, dont 50 % sur l’exploitation » précise Jean-Michel Hamel. Des fientes qui se retrouvent dans l’alimentation et qui ne sont pas sans risques. « Elles engendrent une dégradation qualitative de la production et par conséquent du prix, augmentent les risques sanitaires comme la salmonellose, brucellose, butyriques dans le lait... » indique le responsable syndical. Et face à la grippe aviaire, les agriculteurs s’interrogent sur la propagation du virus par ces étourneaux. En fin d’année, deux canards siffleurs ont été retrouvés morts à Sainte-Marie-du-Mont, près de Carentan.  

Une incidence financière
A la tourbière de Baupte, réserve naturelle, classée en zone Natura 2 000, quelque 550 000 étourneaux ont été comptabilisés par le FDGDON. Un nombre qui désespère les agriculteurs. « Sur une exploitation moyenne de 60 vaches laitières, c’est une perte de 10 000 euros qui est estimée ». Une perte sèche qui n’est prise en compte par personne parce que l’étourneau sansonnet n’est pas considéré comme nuisible au titre de l’agriculture. Le FMSE créé en 2012 ne peut en aucun cas indemniser les pertes.

Demander un nouveau classement
Alors la FDSEA de la Manche « en appelle à l’Etat et à la FNSEA pour « porter haut et fort le dossier ». Le député Stéphane Travert déplore que l’étourneau ait été classé nuisible au titre de l’environnement en 2013 mais pas au titre de l’agriculture. C’est sur cette ligne-là qu’il s’est dit prêt à intervenir par une question écrite auprès du ministre de l’Agriculture. « L’idée est d’obtenir des réponses. Je m’y engage. Il n’y a pas besoin d’ajouter des problèmes à une profession qui est déjà en difficulté ».

Réguler les étourneaux
Ce classement donnerait droit dans un premier temps à une indemnisation du FMSE. Un premier pas que les agriculteurs verraient d’un bon œil. « C’est de toute façon ce classement qui nous permettra d’intervenir », indique Joël Limouzin. Sans ce classement, rien n’est possible. Mais ce n’est pas la seule action que les exploitants souhaitent. Parce que ce fonds alimenté par la profession à 35 % et à 65 % par l’Etat et l’Europe, ne pourrait pas être mobilisé chaque année si aucune action n’est conduite pour endiguer la problématique. Une régulation est fortement demandée par la profession. Jusqu’à maintenant, tous les moyens de lutte existants n’ont plus d’efficacité. « Il faut s’attaquer au dortoir » lâche Hervé Marie, président du GDS. La tourbière de Baupte est donc pointée du doigt. Ce qui est sûr, « ce n’est pas à nous de payer, » conclut Jean-Michel Hamel. Le dossier est donc dans les mains des instances nationales.

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