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Manche : les routes bloquent le développement de la ferme

Lundi dernier, c’est sur la ferme de Larture, exploitée par Xavier Thomas et Karine Gervaise à Saint-Pair-sur-Mer (près de Granville-50) que le nouveau préfet de la Manche, Jacques Witkowski, s’est déplacé pour évoquer l’impact de la loi littoral, l’urbanisme et l’aménagement routier.

© SB

Xavier Thomas s’est installé sur cette exploitation en 2004. Karine Gervaise l’a rejoint cinq ans plus tard. Aujourd’hui, ils sont à la tête d’un cheptel de 100 vaches laitières de race Prim’Holstein, avec comme référence laitière près de 875 000 l, sur une surface de 86 ha. Comme tous les agriculteurs, ils subissent la crise. L’EBE de 2015 le prouve. Il descend de 38 % alors que les éleveurs ont produit 9 % de lait en plus par rapport à 2014, et ont réduit le coût alimentaire de 8,5 %. “Ce n’est pas un problème de compétence. C’est bien un problème du prix de nos productions. Il n’y a pas besoin d’être paysan pour se rendre compte que les conditions d’élevage sont au top et que les animaux se portent bien”, pointe Sébastien Amand, président de la FDSEA de la Manche. Un point de vue partagé par Jean-Hugues Lorault, président des JA.
Mais la crise agricole n’est pas la seule difficulté à laquelle ils doivent faire face. La loi Littoral, l’urbanisme ou encore l’aménagement routier ont un impact direct sur leur exploitation. Et l’exemple concret reste le contournement de Sartilly.

12 000 euros de perte
Cette déviation ouverte depuis fin octobre 2015 a un impact sur l’exploitation de Xavier Thomas et Karine Gervaise. “Elle a entrainé une perte de 2,5 ha, ne nous permettant plus d’accéder directement à 40 ha. C’est l’équivalent de 32 T de fourrages perdus, correspondant à l’alimentation de 5 vaches laitières. Le plan d’épandage a également été réduit, l’équivalent de 340 unités d’azote,” explique la chef d’exploitation. A ces éléments s’ajoute une perte de chiffre d’affaires estimée à 8 500 euros. Au total, cette déviation engendre une perte de 12 000 euros.

Créer des réserves foncières
Cette déviation n’est qu’une partie de la 2 x 2 voies Longueville-Avranches. Cette nouvelle route impacte à nouveau leur exploitation. “La profession agricole (JA, FDSEA et Chambre d’agriculture) ne s’oppose pas à l’urbanisme, au développement des communes, aux dessertes routières. On demande que l’impact agricole soit le plus minimum possible en créant des réserves foncières avec des outils tel que l’EPF (Etablissement Public Foncier) ou encore la Safer de manière à pouvoir restructurer les exploitations,” explique le président de la Chambre d’agriculture, Pascal Férey. Sinon, une exploitation comme celle-ci “voit son développement fortement compromis” assure-t-il.

Pas d’indemnisation mais des compensations
Et le représentant de la Chambre prône avant tout pour une compensation en hectares plutôt qu’une indemnisation financière. Pour cela, “il faut pouvoir travailler ensemble pour créer ces réserves foncières de manière à ce qu’il n’y ait pas d’opposition entre nous. Il faut juste pouvoir anticiper”. Alors, “j’espère qu’elle ne va pas se faire trop vite pour qu’on ait le temps d’anticiper d’éventuelles ventes de terrain,” sourit Maryse Hédouin, conseillère départementale en charge de la politique agricole.

Pas d’expropriation
Le département, qui a la compétence en terme d’aménagement routier, prend la main tendue et tend la main également. “A aucun moment, le département n’est allé à l’expropriation. Sur le contournement de Sartilly, même si cela a été compliqué pour certains agriculteurs, nous avons fait notre mieux ! Cette 2 x2  voies reste vitale pour le territoire, pour l’économie, pour le tourisme mais nous avons aussi besoin que les fermes fonctionnent. Nous en sommes bien conscients. Nous sommes prêts à faire une table ronde spécifique sur l’impact de cette route, route qui se fera avec vous,” précise Jean-Marc Julienne, vice-président du conseil départemental de la Manche tout en précisant que “la déclaration d’utilité publique tombe en octobre 2016. Et les acquisitions doivent être faites auparavant. Sinon, nous n’aurons pas l’autorisation de la préfecture”.

S’adapter aux citoyens
L’Earl de Larture doit aussi prendre en compte l’urbanisation et la loi Littoral. “A la fois on n’est pas loin de la mer, et à la fois à proximité des premiers lotissements qui se situent à 500 m. On est très serré. Les prochaines zones d’urbanisation se rapprochent à grands pas. On perd en herbage et surtout en surface d’épandage. Dès qu’il y a une maison qui se construit, on est obligé de reculer de 50 ou 100 m. On est toujours perdants sachant que notre surface d’épandage se réduit. De ce fait, nous ne sommes plus aux normes,” déplore Karine Gervaise. “Ce n’est pas au citoyen de s’adapter mais à nous de s’adapter aux citoyens malheureusement. Petit à petit, on nous grignote du terrain. A terme, on est appelé à disparaître. Peut-être dans 20 ans,” s’inquiète l’éleveuse.
Le préfet de la Manche s’est montré attentif aux problématiques auxquelles les agriculteurs saint-pairais doivent faire face, tout comme les services de la DDTM.
Pour Jean-Hugues Lorault, “c’est vraiment un cas d’école avec un résultat impacté par la crise la 5e année de leur installation, une mise aux normes qui les met dans la difficulté. Il ne faudrait pas qu’ils soient contraints de redonner une partie de leur DJA parce qu’ils ont fait de bons choix de chef d’entreprise ou que leur surface soit réduite en raison des aménagements routiers”, indique-t-il. Pour lui, “il faut accorder ses violons et mettre du bon sens”.
Les différents acteurs présents lors de cette visite préfectorale devraient prochainement se retrouver autour d’une table.

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