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MANCHE : l’Instal’Dating marche fort

Brasserie remplie par des consommateurs avides, non pas de boissons, mais d’informations sur la reprise d’exploitations ou l’installation, vendredi dernier à Saint-Lô.

Pour sa quatrième édition, l’Ins-tal’Dating, organisé par les Jeunes Agriculteurs et la Chambre d’agriculture a connu un franc succès. Mise en place vendredi dernier, en soirée, à la brasserie « Le Grand Balcon » (Saint-Lô) cette opération vise à mettre en relation des cédants et des preneurs. L’ensemble des OPA était présent, logique sans bons outils difficile de s’installer ou alors dans de mauvaises conditions. Antoine Maquerel, président des JA, insiste, « il n’y a pas de place pour l’improvisation. Une installation se prépare minutieusement. Les JA, à travers leur réseau de proximité, sont d’une aide précieuse ». Il est vrai que se retrouver, surtout lorsqu’on n’est pas issu du monde agricole, en campagne est parfois dur à gérer. Mais tous les jeunes présents vendredi soir avaient un point commun, l’enthousiasme. Maryse Hédouin, représentant le Conseil départemental, a de son côté souligné « s’installer d’accord, mais durablement sur des structures viables ; autrement dit il est important de mûrir son projet ». Jean-François Bouillon, en charge du dossier installation à la Chambre d’agriculture, voit l’Instal’Dating comme un outil essentiel. « Vous ne signerez certainement pas ce soir la reprise d’une ferme mais ces mises en relation vous aiguilleront sur votre choix ».

Le financement
Pas de reprise sans caution bancaire, à moins d’avoir gagné au Loto ; du coup la première partie de soirée a été consacrée à ces fameux financements qui vont bien au-delà du simple prêt. Présents, Julie Gosset (Terre de Liens), Guillaume Bacqui (financement participatif CD 50), Jean-Louis Delahaye (SAFER), Arnaud Lebouvier (Crédit Mutuel) et Patrick Lemartinel (Crédit Agricole) ont expliqué les spécificités de leur structure. Le Crédit Agricole règne toujours en force sur le secteur. « Nous accompagnons 8 agriculteurs sur 10. Important à savoir, un financement engage sur toute une carrière ». Problème, les diverses filières sont confrontées à une volatilité des marchés avec un impact sur le revenu de l’exploitant. « Notre leitmotiv ? Comment sécuriser l’activité en appréhendant la gestion des risques. Il faut donc anticiper, sécuriser là aussi de manière à ce que le projet aille à son terme ».
Arnaud Lebouvier a le même discours que son confrère. « Cependant, ce qui nous préoccupe aussi, c’est l’impact du prix du foncier qui peut pénaliser un projet d’installation. Nous avons mis au point une solution de « portage » en la matière ».
« Terre de Liens », moins connu, est un réseau qui travaille sur le financement solidaire, « uniquement en projets bio et circuits courts ». Et Julie Gosset d’indiquer, « nous avons une société qui achète les terres et les mets en location ; enfin nous avons aussi une fondation pour mobiliser des fonds publics ». La SAFER, bien connue pour l’acquisition de terres, possède une facette moins connue. « Nous sommes tout d’abord ouverts à tout le monde ; nous faisons des cessions d’exploitations (77 en 2015) et des locations de terres ». Et Jean-Louis Delahaye d’insister, « les jeunes qui s’installent doivent anticiper au maximum ; ils peuvent aussi se pencher sur les apporteurs de capitaux qui, contrairement à ce que l’on pourrait croire, ne font pas monter les prix ».
Le financement participatif, lui, est à la mode depuis quelques années. Le Conseil départemental a fait le choix de se lancer dans l’aventure en 2014 à travers OZÉ. « Il s’agit de financements complémentaires qui permettent de tester la viabilité du projet ». Logique, ces projets sont mis en ligne, donc c’est l’internaute qui choisit. « Notre seule restriction, explique Guillaume Bacqui, le projet doit être manchois ; en général le financement participatif ne dépasse pas les 10 000 €. Au-delà, il existe une plate-forme nationale, Mimosa ».
L’aspect bancaire, c’est important mais pour estimer les risques, et les questions dans la salle ont été nombreuses sur le sujet, les centres de gestion ont aussi un rôle à jouer. « On l’ignore souvent, mais le premier risque que rencontre l’exploitant, c’est celui de tomber malade et de ne pouvoir faire son travail ». Autre question, « comment emprunter beaucoup avec peu d’épargne ; le projet est-il étudié avec autant d’attention que d’autres par les banques ? » Réponse des organismes bancaires, « nous regardons bien sûr la faisabilité du projet et surtout la cohérence du prix du foncier par rapport aux moyennes locales ».
Sujet tabou ou presque voici quelques années, les apporteurs de capitaux semblent désormais ne pas rencontrer une grosse résistance. « Même des coopératives veulent investir dans les exploitations ». Réponse des banquiers, « nous allons sans doute connaître ce que d’autres secteurs ont intégré, la participation financière de clients de l’agriculture. Plus l’agriculteur sera accompagné, mieux cela vaudra ».
En fin de soirée, place à l’Instal’Dating en lui-même, autrement dit des rencontres de sept minutes avec les cédants. Rencontres fortes, nourries par le débat sur le financement.

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