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Maréchalerie : beaucoup d’innovations, pas de révolution !

Maréchal-ferrant au XXIe siècle, l’expression paraît presque anachronique : l’image de la brute épaisse frappant le fer rouge (ou même le cheval !) est encore parfois d’actualité ! … Et pourtant, la maréchalerie n’a jamais cessé d’évoluer, d’innover.

Les enjeux sont importants : de nombreuses entreprises tentent (avec plus ou moins de succès) d’inventer la ferrure révolutionnaire, qu’elle soit collée ou brochée. Silicone, plaques amortissantes et cornes artificielles sont déjà très utilisés mais la recherche continue et les produits deviennent plus performants et plus faciles à utiliser. D’autres industriels cherchent plutôt à faciliter (ou à rendre moins pénible) le métier de maréchal-ferrant : l’outillage est plus performant, plus adapté et l’ergonomie tient une place plus importante.La connaissance anatomique, la précision des diagnostics et les diverses possibilités de traitements permettent aussi de soigner de nombreuses boiteries. Toutes ces évolutions doivent optimiser la locomotion du cheval à court, moyen ou long terme. Aujourd’hui, les chevaux sont devenus des sportifs à part entière : les efforts demandés sont souvent violents et de courte durée (chevaux de CSO, de courses…). Le système ligamentaire, tendineux et osseux sont fortement sollicités et la maréchalerie moderne joue un rôle essentiel dans la prévention et le soin de nombreuses pathologies. Enfin, “le parage naturel” ou “le cheval pied-nu”, à défaut d’être novateur, reste une alternative…


Plaques et silicones

Le maréchal-ferrant du XVIIIe siècle posait déjà des plaques, entre le fer et le pied, afin de soigner certaines pathologies (abcès, crapauds,…).Aujourd’hui, la gamme est très étendue et souvent utilisée pour apporter du confort ou faire de la prévention. Ces “padds” peuvent être posés sur la totalité de la face solaire, ouverts en fourchette, ou seulement au niveau de la surface du fer.Les plaques amortissantes permettent de réduire les ondes de chocs et sont souvent associées à des silicones. L’utilisation du silicone de “salle de bain” est révolue : trop lourd, très long à sécher et présentant des risques chimiques pour la bonne santé du pied. Il a été remplacé par des silicones spécifiques au pH neutre et d’utilisation facile (séchage en moins de cinq minutes). La grande nouveauté réside dans le fait que le professionnel peut choisir parmi différentes duretés de silicone. Il existe donc des silicones de remplissage (dix shores, le shore étant la mesure de “dureté”), des silicones permettant plutôt l’amortissement (trente shores) et des silicones de soutien (cinquante shores). Dans certains cas, le maréchal-ferrant pourra même injecter deux silicones différents sur le même pied afin de gérer au mieux la répartition des pressions. L’application sans plaques reste encore une option possible selon le produit. La pose de plaques et de silicone peut-être une alternative intéressante mais représente rarement la solution miracle. Enfin, il ne faut pas négliger les aspects négatifs : diminution de la proprioception (si les plaques sont fermées), augmentation de la hauteur de la ferrure (sollicitation plus importante de l’appareil suspenseur du boulet), ou encore l’augmentation du poids (fers + plaques + silicones ). Alors, la pose de tels éléments doit se faire en concertation avec le vétérinaire, l’utilisateur et le maréchal-ferrant !


Nouveaux matériaux : brochage ou collage …

L’industrie et la recherche sont parvenues à s’adapter à la demande et ont suivi l’évolution des nouvelles technologies. La gamme des “fers” plastique est très étendue et variée : on distingue les élastomères, les polyuréthanes, ou même des semelles bi-matières. Les formes et les profils de ces “fers” sont tout aussi nombreux et permettent de choisir le type de “prothèse” adéquate pour le cheval en fonction de sa discipline, de ses pathologies éventuelles. La légèreté, la souplesse (la déformabilité transversale du pied est respectée !) et la diminution du risque des blessures (lorsque le cheval se fait des atteintes) sont les principaux atouts de ces “semelles”.Certains maréchaux-ferrant deviennent même fabricants de fers pour leurs collègues en leur proposant de réaliser sur mesure, des fers kinésithérapiques (forme, profil particulier, alu spécifique,…) à l’aide de machines numériques. Les résultats sont impressionnants mais la production reste confidentielle. Le coût élevé est en effet, un facteur limitant.Très utilisé dans le domaine des courses (trot, galop), le maréchal-ferrant peut opter pour le collage ou le brochage, voire les deux à la fois ! Le collage des fers, souvent en aluminium ou plastique, est devenu très fiable… à condition que la pose soit effectuée dans de bonnes conditions (préparation du pied adéquate). Les temps de séchage, souvent très rapides selon les produits utilisés (en général inférieurs à cinq minutes), facilitent aussi le travail. Ce système de fixation est moins agressif qu’un brochage (rendu parfois difficile lorsque les parois sont fines, fragiles, ou détériorées) mais entraîne un coût supplémentaire non négligeable.

Les cornes “artificielles”

L’application de “résine” est utilisée pour des réparations de la boîte cornée. Parois dérobées,  seimes,… peuvent ainsi être consolidées et contribuer à la bonne efficacité d’une ferrure spécifique. Grâce à ce type de produit, la fabrication de “fers” ou de prothèses en résine devient possible et permet d’intervenir de manière très efficace sur les aplombs défectueux des foals. Lorsque le parage ne suffit plus pour corriger l’aplomb d’un membre, d’un pied, le maréchal-ferrant (parfois le vétérinaire) a donc la possibilité d’augmenter la surface d’appui. Les pressions et les leviers exercés permettent, dans la plupart des cas, de rétablir un aplomb correct. Ce type d’intervention peut s’effectuer sur des foals très jeunes (à partir d’un mois ou même plus tôt !) puisque la résine sèche très rapidement (environ 30 secondes) et adhère de manière très efficace. Les résultats sont souvent spectaculaires. Sur des cas plus difficiles et des poulains plus âgés, le maréchal-ferrant peut aussi associer la pose de résine à un fer broché. Cette technologie de pointe nécessite un savoir-faire particulier. Les cartouches de produits sont aussi très onéreuses… Ce type d’intervention représente un véritable investissement… souvent nécessaire !


Parage “naturel”, cheval “pied-nu” : innovation , révolution ou aberration ?

“Faux pas sans fer” disent certains et pourtant, il y a toujours du soucis à “ce  fer”. Actuellement, le ferrage est régulièrement remis en cause, voire totalement dénigré. N’oublions tout de même pas qu’il a été mis en place depuis plusieurs siècles, afin de protéger la boîte cornée d’une usure excessive.Bien-sûr, le ferrage ne semble pas être la solution idéale : diminution du système d’amortissement, risques augmentés de blessures, suivis très réguliers, coût important, etc. Mais les conditions de vie imposées au cheval (beaucoup d’heures de box, litières agressives, surface d’exercice parfois abrasives, etc) nécessitent souvent une protection.Toutefois, de nombreux équidés peuvent vivre et travailler pieds-nus. Les exemples sont nombreux : poneys des centres équestres, certains chevaux de dressage… Alors, pourquoi ne pas laisser tous les chevaux pieds-nus ? De nombreuses théories existent déjà et sont même parfois contradictoires, voire quasi inapplicables (période de transition “ferré / pied-nu” pouvant durer trois ans… durant lesquels le cheval sera mal à l’aise et donc inutilisable).Certains auteurs comme K.C. Lapierre ont une nouvelle approche concernant le fonctionnement du pied et n’hésitent pas à remplacer le fer, au moins temporairement, par le “perfect hoof wear”, une sorte de bande plâtrée souple. Pete Ramey préfère utiliser des “hipposandales”, simple chaussure en plastique, en caoutchouc ou polyuréthane.Nos chevaux du XXIe siècle ont souvent besoin d’une protection et le ferrage traditionnel reste souvent la meilleure alternative (rapport qualité-prix, efficacité), mais pour combien de temps ?

Outillage, ergonomie, électronique : la maréchalerie se modernise

Il y a trente ans, l’outillage et l’équipement du maréchal-ferrant étaient réduits à leur plus simple expression : une caisse en cuir, quelques outils essentiels, et un véhicule pour “entasser” le matériel nécessaire. Aujourd’hui, la plupart des maréchaux-ferrants disposent de véhicules-ateliers, très bien équipés : rangements, accessibilité, … tout est étudié pour travailler dans des conditions optimales. Sous le cheval, l’utilisation d’une servante (souvent en aluminium) permet au professionnel d’avoir tous ses outils à disposition. Il faut d’ailleurs noter qu’ils sont de plus en plus nombreux et très spécifiques (pince à river pour cheval de course ou cheval de selle, …). Le trépied (en aluminium ou même en plastique) facilite le travail et rend le métier un peu moins pénible. Les enclumes sont spécifiquement étudiées pour la maréchalerie et deviennent moins lourdes grâce à leur fabrication bi-matière (table et bigorne en acier, socle en aluminium).Mais les fournisseurs proposent maintenant des presses hydrauliques à cintrer les fers : l’ajustage des fers se fait au millimètre sans un coup de marteau, et même à froid. Maréchal-ferrant sans enclume ? Peut-être dans quelques années !  En attendant, l’utilisation de la forge reste d’actualité, il s’agit souvent de forges à gaz très performantes (températures de chauffe jusqu’à 1 300° C) et peu encombrantes.L’arrivée sur le marché de forges électriques portatives est très récentes et reste pratique, efficace, moderne et même écologique. L’électronique et internet font aussi  maintenant partie intégrante de la vie du maréchal-ferrant : l’utilisation du GPS, le suivi des chevaux par informatique (photos numériques), le téléphone portable, et l’accès à la maréchalerie du monde entier  (grâce à internet) permettent un travail plus précis et plus agréable.


Innovations sans révolution pour le métier de maréchal-ferrant

La maréchalerie a considérablement évolué ces dernières années et le métier de maréchal-ferrant devient de plus en plus technique, ce qui nécessite une formation continue permanente afin de connaître et maîtriser les nouveaux produits et les nouvelles techniques. Et pourtant, la ferrure actuelle du cheval de loisir reste globalement identique à celle que l’on pouvait trouver sur un cheval au moyen-âge : “fers fixés à l’aide de clous, souvent posés à chaud”. Des siècles ont passé mais le principe de base reste toujours le même ! Le XXIe siècle offre, semble-t-il,  des perspectives intéressantes : scientifiques et industriels se mettent au service du cheval. En termes de locomotion, les nouveaux types de sol (fibré huilé, etc.) apportent aussi un vrai confort et contribuent encore à l’amélioration des performances. Malgré toutes ces innovations, la révolution en maréchalerie n’a pas encore eu lieu. Faudra-t-il encore attendre dix, vingt, cinquante ans, ou même plus ? Je ne sais pas… Alors, rendez-vous au siècle prochain…

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