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Marius : le bois le travaille

Marius Mousset, 33 ans, a créé son entreprise de charpente il y a 3 ans. Après une expérience en bureau d’étude, il a choisi de revenir sur les chantiers. Ce fils d’agriculteur n’imaginait pas sa vie éloignée du terrain. Cette double compétence lui permet de mieux anticiper les chantiers et de réduire les coûts.

© VM

Sur le chantier d’une stabulation, Marius Mousset a le sourire. Il ne cache pas sa satisfaction à mesure que la charpente (en lamellé collé sur poteaux en chêne) sort de terre. Le jeune entrepreneur termine cette construction avec un couloir d’alimentation de 6,4 mètres de large et deux stabulations accolées. L’édifice mesure 16,90 sur 60 mètres. « La maçonnerie a une pente de 1 %, mais la charpente est de niveau. J’apprécie la réalisation de bâtiments agricoles, car il s’agit souvent de belles constructions. C’est agréable de voir le résultat de nore travail ». Cette envie de bâtir ne le quitte pas depuis l’enfance. Les poteaux en chêne ont juste remplacé ses «légo» de gamin. Marius Mousset n’a jamais vraiment douté de sa future profession. Son parcours professionnel a pourtant débuté en sens inverse. Après un BTS et une licence professionnelle à l’école nationale des technologies et industrie du bois (Vosges), Marius Mousset a travaillé en bureau d’étude. Il dessinait, calculait les résistances et les côtes.


« Je ne savais pas travailler manuellement »

«J’ai commencé en tant que dessinateur dans une entreprise de charpente et de couverture. Mais, je ne savais pas travailler manuellement. Je l’ai appris dans un second temps. Je suis fils d’agriculteur, je suis fait pour être dehors. Le travail manuel est parfois dévalorisé. Charpentier demande cependant de nombreuses qualités et notamment le sens de l’organisation. Et le métier a beaucoup évolué en se mécanisant », raconte-t-il. Sa réorientation a surpris ses employeurs. Dans le milieu de la charpente, les parcours professionnels mènent plus du terrain au bureau. Marius Mousset tire lui avantage de ce cheminement atypique. « Je n’ai pas de mal à visualiser un chantier. Dès le devis, je me vois sur la charpente. Je dessine toujours les chantiers sur logiciel. Il y a donc interaction entre le dessin et la dernière vis sur la couverture. Je peux anticiper. Toutes les fermes sont, par exemple, réalisées dans l’ordre de leur levage. Avec l’informatique, les dessins me permettent de tailler toutes les pièces de bois en détail Sur des projets plus petits, on peut lever des ensembles isolés et bardés. Je travaille comme un charpentier traditionnel avec des techniques modernes ». Après deux années passées sur le terrain, Marius Mousset fonde sa société de charpente et de couverture en février 2013. «Mon projet s’est monté crescendo. J’ai passé mon permis poids lourds. J’ai profité d’un début de carnet de commandes. Je travaillais le samedi. J’ai aussi acheté un peu de matériel. J’avais tous les éléments pour franchir ce cap. Pour mes premières charpentes, je demandais à mon père agriculteur de se libérer un après-midi pour lever une charpente. Puis, j’ai pu embaucher un premier salarié. C’est venu de fil en aiguille ». Sa petite entreprise s’établit d’abord sur la ferme familiale, à La Mesnière. Prochainement, elle s’installera et construira ses locaux à Mortagne-au-Perche. Bien ancré dans l’économie locale, Marius Mousset aime travailler auprès des agriculteurs pour leurs bâtiments. « On a une certaine liberté, c’est un marché privé qui offre la possibilité de réaliser de belles charpentes. Il y a une relation directe avec le client et c’est efficace. Dans des grosses entreprises, je répondais à des appels d’offres. C’est une mécanique compliquée avec beaucoup de papiers ».


Participer à l’économie locale

Le charpentier réalise aujourd’hui 50 % de son chiffre d’affaires avec le monde agricole. L’entrepreneur observe donc attentivement la crise de l’élevage. Il peut témoigner des emplois indirects générés par l’agriculture. Dans un contexte tendu, Marius Mousset garde son naturel optimiste. « Je suis heureux de montrer qu’on peut créer une entreprise, qu’elle évolue. On peut entreprendre ».  Marius s’inscrit dans l’économie locale et le tissu rural. Il se fournit principalement dans une scierie de l’Aigle. L’un de ses clients éleveur, Hervé Osmond, apprécie : « On demande aux consommateurs de manger local. Donc je tente d’avoir le même raisonnement  avec mes achats sur la ferme. Il faut faire confiance à un jeune qui se lance », estime l’agriculteur. Le chef d’entreprise garde des projets sous le coude.  Objectif : s’orienter vers la maîtrise d’œuvre. À moyen terme, il souhaite recruter un ingénieur. « Comme je suis plus heureux à lever une charpente que de rester au bureau, je créerai un emploi qualifié, toujours dans une logique d’anticipation des chantiers. Les techniques ont évolué. Tout va très vite. Quand je fais un devis, l’achat de matériaux est incompressible. C’est sur l’organisation de la main-d’œuvre qu’on peut faire la différence ».

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