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Conjoncture
Même avec une bonne moisson...

Régis Chopin, le président de la section grandes cultures à la FDSEA de l’Eure, fait le point de la situation céréalière et de ses perspectives en terme de marchés. Première question...

Régis Chopin, le président de la section grandes cultures à la FDSEA de l’Eure.
Régis Chopin, le président de la section grandes cultures à la FDSEA de l’Eure.
© f. carbonell

 

En tant qu’agriculteur, d’abord, comment qualifiez-vous cette récolte 2009  ?

Nos rendements blé 2009 sont en légère baisse par rapport à 2008 (mais au dessus de la moyenne des cinq dernières années) avec un taux d’humidité quasi équivalent et des PS moins bons mais très corrects. En revanche, les caractéristiques chimiques sont meilleures, surtout pour les temps de chute de Hagberg, mais avec un taux moyen de protéine légèrement inférieur à 2008. Cette moisson reste un bon cru, malgré les craintes du début de moisson, entrecoupée par les pluies de fin juillet. Une fois lancée, la moisson s’est déroulée d’une traite et rapidement. Ce qui d’ailleurs a posé quelques soucis de logistique et de stockage aux organismes stockeurs.

Maintenant, en tant que responsable professionnel, comment appréhendez-vous la situation de la production céréalière hexagonale ?

Pour la deuxième année consécutive, la récolte française de blé tendre va flirter avec les 38 Mt : 37,9 Mt en 2009 ; 37,5 Mt en 2008 ; 38,2 Mt en 2004. Le rendement moyen par hectare est de 77,1 Qx/Ha contre 73 Qx en 2008, et 77,9 Qx en 2004. On observe aussi un taux de protéine moyen de 11,4 % et un temps de chute moyen de 300 sec (temps de chute de Hagberg) 19 à 20 Mt (sur un total national de 37,95) qui sont destinées à la classe E (1 à 2 Mt) et la classe 1 (18 à 19 Mt) dans la grille nationale. Il semblerait donc que la France dispose d’atouts pour envisager une campagne export ambitieuse nécessaire à l’équilibre du bilan français. Du côté des orges, le rendement moyen français en orge d’hiver est supérieur à celui de 2008 qui était une récolte déjà exceptionnelle. Nombre de départements font de meilleurs résultats alors que l’Eure connaît un rendement en net recul par rapport à 2008. La production nationale s’établit à 9,15 Mt avec un rendement par hectare d’un maximum de 70,5 Qx (contre 68,5 Qx en 2008) dépassant ainsi le record de 2004 à 70,2 Qx/Ha. En orge de printemps, là aussi, les 72,2 Qx/Ha de moyenne nationale (contre 66,6 en 2008 et 2004) reste du jamais vu. Avec un taux de protéines de 9,9 %, satisfaisant pour les débouchés brassicoles, les 3,82 Mt d’orge de printemps devront trouver des débouchés exports importants. Ensembles, hiver et printemps, les orges rassemblent une production de 13 Mt qui poseront quelques soucis.

Les producteurs français sont plutôt satisfaits de cette récolte 2009. Seulement, ils déplorent la chute des cours des céréales. Comment l’expliquez-vous ?

Nous assistons depuis plus d’un an à deux moissons exceptionnelles, tant en France, en Europe qu’au niveau monde. Au niveau le plus critique (30/06/2008) les stocks mondiaux s’établissaient à 118 Mt de blé, il y a 15 mois de cela. Rehaussés à 168 Mt au 30/06/2009, ils devraient encore augmenter avec cette campagne (environ 185 Mt). La tension qui régnait sur les marchés céréaliers d’hier, a disparu sous l’effet de deux récoltes planétaires abondantes : 685 Mt en 2008, 662 Mt en 2009, dépassant à chaque fois la consommation mondiale (634 Mt en 2008-2009 et 645 Mt en 2009-2010). Vous l’avez compris, l’équilibre du bilan céréalier français n’a que peu de solutions :

- Envisager une campagne d’exportation encore plus ambitieuse que celle de la campagne dernière (10 Mt contre les 9,5 Mt). À condition d’avoir les clients.

- Proposer des prix fob plus compétitifs que les prix Mer noire et les prix US, aidés par la parité actuelle (ce qui signifie des prix en baisse)

- Espérer une récolte française de maïs bien en dessous des prévisions, qui permettrait de substituer du blé au maïs

- Une mauvaise récolte de blé dans l’hémisphère sud : Argentine, Australie. Si la première a déjà annoncé un recul de production, l’Australie, même si elle devait moins récolter, ne changera pas grand chose ; le marché ayant déjà intégré les risques d’une diminution de récolte.

90 % de la production mondiale de blé se fait dans l’hémisphère nord, les dés sont jetés ! Un recul de production de 10 Mt sur l’Argentine et l’Australie réunies, ne changerait pas grand chose, si ce n’est l’arrêt momentané de la baisse. Bref, les cours s’enfoncent chaque semaine à un niveau toujours plus bas et il faut que ça s’arrête. Les producteurs ne sont que peu engagés, quand certains mêmes ont reporté une partie de la récolte 2008. Au niveau des certificats exports : au 31/08/2009, nous étions à 2,58 Mt contre 2,79 Mt l’an dernier. C’est un bon départ mais le manque d’offres se fait maintenant cruellement sentir.

Peut-on imaginer, comme on l’entend de plus en plus fréquemment, que cette “mécanique baissière” soit orchestrée ou organisée ?

Sincèrement, je ne le pense pas. Ce sont des marchés de matières premières où se confrontent l’offre et la demande. Le marché obéit aux fondamentaux, sans cesse révisés, et aux besoins des pays déficitaires. Les marchés à terme n’y sont pour rien (car cet argument aussi on l’entend dans la campagne), ils réagissent plus nerveusement aux informations quotidiennes que le marché physique. Mais avec quelques heures de décalage, le marché physique réagit à son tour. Rappelons-le une fois de plus, le marché du blé est un marché mondial dont les deux plus grands producteurs (Chine et Inde) sont presque autosuffisants. Sept autres grands producteurs/exportateurs font de l’exportation leur variable d’ajustement. Ce qui sous-entend une concurrence féroce en matière de prix caf (rendu destination). Il faut être moins cher que le concurrent pour avoir la faveur de l’acheteur et cela pèse sans aucun doute, sur les prix en portuaire. Être, à chaque adjudication, confronté à l’origine Mer noire ou l’origine US, signifie que nous devons, à qualité égale, proposer un prix rendu plus attractif. Cette mécanique contribue un peu plus à la baisse, en fonction de la parité du coût du fret, des écarts entre cotations portuaires. A chaque pays exportateur de mesurer l’acceptable pour sa filière et ses producteurs. Ne pas vendre signifie avoir des stocks en fin de campagne ; et sans intervention, c’est plus compliqué.

(...)


 

Retrouvez l'intégralité

de l'interview de Régis Chopin

dans notre version papier

du 24 septembre 2009.

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