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Méthanisation : un projet sécurisé

A Sept-Forges (61), 5 agriculteurs ont constitué le GAEC du Vieux Moulin pour se lancer dans la méthanisation. Ensemble, ils ont pu digérer les 2,2 millions d'euros d'investissement.Leur projet présente quelques particularités techniques avec deux digesteurs pour 250 kW et la construction d’une fosse afin de capter les corps étrangers.

© VM

En avril 2015, le GAEC du Vieux Moulin a accueilli Alain Serais. Ce naisseur-engraisseur avec ses 150 truies s'est associé à Didier Leroux, Eric Moreau, Bertrand et Sébastien Brière. Ce regroupement a allumé la flamme du projet de méthanisation. Objectif : valoriser la chaleur produite, en construisant l'unité à proximité de la porcherie. Même si la réglementation n'oblige plus la valorisation de chaleur, ces agriculteurs ont maintenu leur projet initial. Ce dernier a muri avec le temps. « En mai 2013, nous sommes allés en Pologne avec Orne Conseil Elevage. Nous y avons visité une exploitation laitière avec une unité de méthanisation », raconte Sébastien Brière. A l'époque, Alain Serais n'est pas encore entré dans le jeu. Les premiers contacts « énergétiques » s'amorcent début 2014. Ils poursuivent alors leurs visites techniques à 5. Les agriculteurs se rapprochent du CERFRANCE Orne et de son « Monsieur méthanisation ». « Il nous a aidés pour constituer les dossiers de financements et de subventions. Il nous a également proposé des entreprises. Une étude de faisabilité a été réalisée. C'est important, car la méthanisation, nous ne la connaissons qu'à travers les revues et les journaux », indique Sébastien Brière.

Montage du projet :un temps plein pour un associé
Le montage du dossier et la construction ont nécessité un an de travail pour l'un des associés. Et c'est Alain Serais qui est devenu le pilote du projet : « Nous avons embauché une salariée pour me suppléer sur l'élevage porcin. La mise de l'unité exige énormément de temps ». Le GAEC du Vieux Moulin a opté pour une installation de 250 kW. Une puissance supérieure aurait multiplié les démarches administratives et imposé de se confronter au régime « d'autorisation » et non de « déclaration » (plus simple). Mais, le dimensionnement de l'installation correspond également à la ressource de l'exploitation. Le méthaniseur sera alimenté avec 5 000 tonnes de fumier, 2 000 m3 de lisier des vaches laitières, 3 200 m3 de lisier de porc, 500 tonnes d'ensilage d'herbe des vieilles prairies, 550 tonnes de ray-grass en dérobé, 550 tonnes de maïs ensilage et 80 tonnes de menue paille. 

Un assolement inchangé
Le GAEC du Vieux Moulin est ainsi autonome à plus de 95 %. « On se laisse 5 % d'opportunités, mais nous ne courrons pas après les déchets verts. Nous craignons les corps étrangers. Nous restons avant tout des éleveurs. D'ailleurs, les ensilages restent des parts très faibles en pourcentage. Nous sommes loin du système allemand. Le maïs est, par exemple, cultivé en couvert en lieu et place de la moutarde. L'unité de méthanisation n'a pas modifié notre assolement d'origine », justifie Alain Serais. Selon le CERFRANCE Orne, une autonomie de 70 % en intrant est « un vrai minimum ». L'idéal dépasse plutôt les « 90 % ».

Le nouveau tarif de l'électricité conforte le projet
L'évolution réglementaire lève néanmoins des freins. Au GAEC du Vieux Moulin, elle a surtout conforté la dynamique. La valorisation de chaleur ne s'avère plus obligatoire pour bénéficier d'un supplément au tarif de rachat de l'électricité. Cependant, l'eau chaude demeure « produite en pagaille ». Les agriculteurs ont maintenu leur volonté de chauffer tout l'atelier porcin. Un bâtiment de séchage devrait aussi prochainement sortir de terre. Reste maintenant à passer de l'étude chiffrée à la réalité. L'installation est financée sur 15 ans. Les agriculteurs espèrent un retour sur investissement à partir de la 8e ou 9e année. Alors rendez-vous est donné dans un décennie.

Prix du kW : « il manque encore 10 % »
La société AEB est basée en Bretagne, à Lamballe. Selon son dirigeant, c’est le second acteur du marché de la méthanisation en France. L’entreprise a ainsi installé 30 unités dans l’hexagone. Même si la technologie utilisée reste allemande, AEB mise sur « une méthanisation à la française avec la prise des caractéristiques des intrants, avec notamment des rations riches en fibres ». AEB veut proposer des solutions « personnalisées et sur-mesure à ses clients ».
Le marché reste, cependant, bridé, selon Gilles Merrien, directeur d’AEB. En cause : le coût du rachat de l’électricité. « 90 % des fermes ne peuvent pas accéder à la méthanisation ».

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