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Michèle Hubert rêve d’un fonds de commerce agricole

Michèle Hubert est arrivée, cette année, à la tête de la section fermiers. L’agricultrice est installée en EARL avec son mari, à Sainte-Scolasse-sur-Sarthe. Tous les deux louent la majeure partie de leurs terres. La représentante syndicale défend l’idée d’un fonds agricole à céder, lors de la transmission d’une exploitation dans son intégralité.

© JP

>> Qu’est-ce qui vous a motivé à devenir agricultrice ?
Je me suis dit que c’était un bon moyen de mener sa vie comme on le voulait, de travailler et de s’occuper des enfants. Ce n’était pas mon cursus du tout. Mon père est décédé quand j’étais bébé. Ma mère avait des vaches allaitantes et 30 à 40 ha. On vivait bien mais elle travaillait très dur. Ça m’a dégouté. Je m’étais dit que je n’épouserais jamais un agriculteur.

>> Comment en êtes-vous arrivée là alors ?
Avant d’être agricultrice, j’avais fait de tout en usine. Ma première grossesse s’est mal passée. J’étais en arrêt de travail et l’usine ne m’a jamais reprise. Mon mari, Christian, était salarié agricole à l’époque, il cherchait à s’installer. Alors j’ai passé un BPA en dix mois. Le résultat de ma formation conditionnait notre installation du fait des aides Jeunes agriculteurs (JA). Cela met la pression quand on part de rien. Et  nous sommes arrivés ici en 1990. Au départ nous avions 200 000 l de lait et 60 ha, tout en location. Aujourd’hui, nous produisons 440 000 l de lait et, sur 74 ha, nous en avons 22 en propriété. On a acheté le siège en 2007.

>> Les problèmes de fermages, c’est donc une chose que vous connaissez bien …
Oui. Quand nous nous sommes installés, nous avions quatre propriétaires pour 60 ha. Des personnes âgées. Aujourd’hui, nous en comptons sept. Quand les parents décèdent, les enfants reprennent et les propriétaires se multiplient.

>> De quand date votre engagement syndical ?
Des JA, dès l’installation. Nous avions des voisins à la FDSEA. Pour moi, c’était la continuité. Je suis membre de la section fermiers depuis 1993. Ça me plaisait de défendre les agriculteurs, de se retrouver.

>> Ce n’est plus le cas ?
Je trouve que c’était mieux il y a vingt ans. On avait plus de poids au niveau syndical, au niveau du canton et du local. Par exemple, nous donnions notre avis sur les demandes d’autorisation d’exploiter. Aujourd’hui, sur les dossiers Safer, on nous demande de choisir un candidat. Désormais, je considère que mon rôle se joue au niveau départemental.

>> Quelles sont vos missions ?
Tous les mois, nous participons à la commission départementale d’orientation agricole (CDOA). Elle regroupe une vingtaine de personnes des OPA, les administratifs de la direction départementale des territoires (DDT). Nous y validons les PV pour les DJA. C’est là qu’est traité le gros morceau des autorisations d’exploiter, décidées par le préfet de Région. En tant que FDSEA, nous donnons notre avis, qui est généralement suivi. Notre mission est aussi d’élargir notre travail à tous les agriculteurs, de leur présenter ce que l’on fait, et pas uniquement à ceux syndiqués. Nous échangeons également avec l’administration sur les problèmes rencontrés, notamment sur les retards de paiement de la PAC.

>> Sur quels dossiers travaillez-vous en ce moment ?
La défense d’un prix rémunérateur pour les producteurs ! Mais en ce qui concerne la section fermiers, nous allons travailler sur la réécriture du statut du fermage, pour qu’il colle plus aux attentes du fermier. Sa définition date des années 1940-50.  A l’époque, il y avait un propriétaire pour plusieurs locataires. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Et ce qui pose problème, c’est la transmission des exploitations.

>> Quelle serait la solution selon vous ?
L’idéal serait de transmettre l’exploitation dans son intégralité, avec l’accord de tous les propriétaires. Il faudrait trouver un système, comme dans les entreprises ou les industries, de « fonds de commerce », en l’occurrence un fonds agricole. Le problème, c’est qu’est-ce qu’on mettra dedans ? Il se calculerait par rapport à l’EBE, sur les moyens de production et ce que l’on peut en tirer. Mais, aujourd’hui, on ne tient pas les prix.

>> Que pensez-vous du prix de la terre ?
Dans le département, il est difficile de donner une moyenne. Les bonnes terres atteignent 10 à 12 000 euros par hectare. Dans le coin, on est entre 5 000 et 7 000 euros par hectare au minimum. Les prix sont gonflés par l’artificialisation, mais pas que...

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