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Robotisation de la traite à St-Clément-Rencoudray (50)
Ne pas tout faire reposer sur la technologie

Un robot pour 45 vaches en 2006, ça passe. Avec 75 laitières en 2010, ça devient “border line(1)”. Alors Yvan Fourré a investit dans un second robot en 2013. “C’est un peu comme le pain et la confiture, s’amuse-t-il. Il manque toujours quelque chose”. 

© TG

L’automatisation, Yvan Fourré, producteur de lait à St-Clément-Rencoudray près de Mortain (50), en connait un rayon. Il la pratique depuis longtemps à travers son élevage de porcs. Son expérience justifie ainsi son recul par rapport aux nouvelles technologies. “Il ne faut pas tout faire reposer sur la technologie au risque d’en devenir esclave. Si on part dans la robotisation, c’est pour en conserver les avantages. Et de prévenir : la robotisation de la traite ne va pas solutionner un problème de désamour avec les laitières”. Prudence et réflexion donc avant de se lancer.

Pour solutionner un problème de main-d’œuvre
C’est pour solutionner un problème de main-d’œuvre qu’Yvan Fourré a poussé, en 2006, sa réflexion. L’exploitation dispose alors de 1,5 UTH en porc et 0,5 en lait avec horaires décalés matin/soir correspondant à la traite. A cette époque, l’Earl reprend des surfaces avec pour objectif de développer l’autonomie alimentaire. Le pendant : plus de travail en porcherie mais aussi un accroissement des heures de tracteurs pour les cultures.
Réponse : 2 UTH pour l’atelier porcs et Yvan décide de se consacrer, seul, à l’atelier lait. Seul, enfin pas tout à fait, avec pour compagnon de route un robot. “Côté travail et avec 45 vaches, ça le faisait, se souvient-il. Par contre côté vacances ou responsabilités professionnelles avec des déplacements à Paris, c’était plus dur. Il ne faut pas croire que l’automatisation résout tous les problèmes. L’élevage nécessite de la présence”. De fait, croire en la ferme fantôme, c’est jouer avec la ligne jaune. On risque fort,tôt ou tard, de la franchir et d’en subir tous les dommages collatéraux.
Conscient des limites de son système, Yvan Fourré va amorcer un nouveau virage en 2010. Un de ses voisins, 25 vaches laitières, est confronté à la problématique de la mise aux normes. A 55 ans, il ne souhaite pas légitimement se lancer dans de grands travaux. C’est ainsi qu’ils créent ensemble une SCL (Société Civile Laitière). La stabulation d’Yvan peut accueillir les 75 vaches sans travaux à condition de transférer les élèves sur l’autre site.
Pour son associé, cette robotisation a constitué “un soulagement après 30 ans de traite matin et soir”.
Mais si ça a passé de 2010 à 2013, notre éleveur s’est trouvé à nouveau confronté aux limites du système. “Le robot ne m’apportait plus pleinement satisfaction. Problème de saturation. Pas de droit à l’erreur. Plus aucune souplesse... Avec mon système pâturage, c’était devenu très compliqué”. Les coûts de concentré ont augmenté. Le risque sanitaire, avec 250 passages quotidiens dans le robot, était bien réel. 
La question de l’investissement dans un second robot est alors clairement posée avec, en guise de métaphore, “c’est un peu comme le pain et la confiture, il y a toujours quelque chose qui manque”. 

Alarmes supprimées
L’investissement dans deux robots (et non pas un robot double stalle) est effectif en 2013. Au gré de ses négociations commerciales, Yvan Fourré va même changer de marque. Avec 35 à 40 laitières par poste, notre éleveur a retrouvé la souplesse perdue. “Je n’ai pas à veiller au bon fonctionnement de l’installation 24 heures sur 24. J’ai même supprimé les alarmes. En cas de dysfonctionnement la nuit, je n’interviens que le matin. Le téléphone à la tête de lit, il faut arrêter”, juge-t-il. 
Sous la stabulation, pas de de système de circulation forcée. Ce qui n’empêche pas les vaches d’aller se faire traire plus souvent : 2,9 traites par jour aujourd’hui avec 2 robots contre 2,4 auparavant. Conséquences induites : “plus de lait et de meilleure qualité”. C’est donc un climat de sérénité qui règne dans les lieux. Mais Yvan prévient : “il ne faut pas tout faire reposer sur la technologie. Les animaux nécessitent une présence. Le midi par exemple, je repousse le fourrage sur la table d’alimentation. L’occasion de les observer”. Pas question pour autant de nier les plus qu’apporte la multifonctionnalité du système (détection des vaches en retard de traite, mesure de conductivité du lait...). “Il faut savoir interpréter toutes ses données pour ne pas en être esclave”, conclut Yvan Fourré.
(1) : en limite de rupture.

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