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On ne peut pas se nourrir d’idéologie

Le seul agriculteur de Hocquigny, petite commune de 185 habitants, a été élu maire il y a un an. Arnaud Martinet, 40 ans, repart devant les électeurs de sa commune tout en pensant à la communauté de communes Granville Terre et Mer (GTM), là où il voudrait porter la voie de l’agriculture.

© SB

>> Quel est votre parcours ?
Je me suis installé en 1998 avec mon oncle, sur les terres de mon grand-père. J’ai fait des études agricoles parce que j’étais attiré par ce métier même si mes parents n’étaient pas agriculteurs. Et à 19 ans, j’ai franchi le pas. A vrai dire, c’était moins difficile de s’installer il y a 20 ans qu’en 2020 ! J’ai débuté avec 230 000 l de lait. Et aujourd’hui, nous sommes deux associés, Alain Lebasnier et moi, avec un apprenti. Nous avons un troupeau de 110 vaches laitières, 950 000 l de lait sur 125 ha. C’est un outil qui fonctionne. Le plus décevant, c’est de vendre le lait au même prix qu’en 1998, à mon installation.

>> Pourquoi avez-vous eu envie de vous engager pour votre commune ?
J’étais président de l’association des parents d’élèves de l’école de mes enfants, j’ai été président du service de remplacement du canton de La Haye-Pesnel. J’ai toujours eu envie de m’engager à l’échelle locale. Dans une commune comme Hocquigny, on connaît pratiquement tout le monde. On est dans un conseil où chaque élu travaille dans le même sens. Quand je suis entré au conseil municipal en 2014, j’ai été élu 1er adjoint. Et comme le maire, Claude Lenoan, voulait passer le relais, je lui ai succédé.

>> Cette fonction vous prend-t-elle beaucoup de temps ?
C’est moins prenant qu’un mandat syndical à l’échelle départementale, notamment en raison des déplacements. Ces derniers se font à l’échelle de la commune, ou de la communauté de communes, basée à Granville. C’est vrai que ma femme est habituée à me voir partir en réunion. Et mon associé le comprend bien puisqu’il est aussi adjoint sur sa commune. Nous nous organisons en prenant en compte nos responsabilités.

>> A 19 ans, vous vous êtes installé. A 39 ans, vous avez été élu maire. Vous enclenchez vite les actions ?
C’est important de pouvoir représenter l’agriculture dans un conseil, dans une collectivité. Je suis le seul agriculteur à Hocquigny. Au sein de la communauté de communes Granville Terre et Mer (GTM), c’est également essentiel de porter la voix de la profession. J’ai été très bien intégré comme maire mais il faut prendre le temps de faire sa place. Pour la prochaine mandature,
mon souhait est d’intégrer la commission agricole de GTM. Je ne suis pas là pour faire de la politique mais pour qu’il fasse bon vivre à Hocquigny.

>> Hocquigny compte 185 habitants, et GTM plus de 46 000 habitants. Est-ce facile d’exister ?
On n’a pas beaucoup de poids au regard du nombre d’habitants. Mais les décisions de GTM ont des impacts sur une petite comme sur une grande. Par exemple, le PLUI (Plan local d’urbanisme intercommunal) a été lancé. Les agriculteurs ont déjà été invités à une réunion. C’est un bon début. Même si Granville est tournée vers la mer, l’agriculture de l’arrière-pays représente un poids économique. Le président de GTM, Jean-Marie Sévin le rappelle souvent. Et pour nous c’est important. Dans cette agriculture, les pêcheurs y sont intégrés. Ce sont des paysans de la mer.

>> En termes d’urbanisme, quels sont vos objectifs ?
L’urbanisme, et plus précisément le PLUI, sont des gros dossiers. Ce n’est pas parce qu’on est une petite commune qu’on n’a pas de projets. J’en ai plus qu’on ne pourra en faire. Mais étant adossé à La Haye-Pesnel, à quelques kilomètres de Granville, notre objectif est de ramener de la population dans notre commune, utiliser des terrains qui ne seront plus exploités en raison de leur petite surface. Et choisir de construire là où il n’y a pas d’impact pour l’agriculture est le bon choix. Cela ne gênera ni l’agriculteur ni le voisinage.

>> Que pouvez-vous conseiller aux habitants et aux agriculteurs ?
Les nouveaux arrivants posent des questions parce qu’ils ont envie de comprendre leur environnement. Je les incite à venir se présenter en mairie. Il n’y a pas d’obligation mais c’est le moment où on pourrait leur expliquer les choses. Il faut évidemment que les agriculteurs s’engagent. Il ne faut pas avoir peur. Cela permet de faire comprendre ce qui se passe en agriculture sur un territoire et alerter sur tel ou tel sujet spécifique.

>> Comme l’alimentation ?
Même si nous n’avons plus d’école à Hocquigny, on participe aux frais de scolarité et de repas. L’assiette de nos enfants nous intéresse. On en parle, même si nous n’avons pas de décision à prendre. Dans nos campagnes, il faut mettre l’accent sur des produits locaux et de saison. On ne peut pas se nourrir d’idéologie.

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