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Négoce Ouest au cœur de l’économie

Malgré une conjoncture agricole délicate, Négoce Ouest s’affirme comme un acteur incontournable du développement des filières bovines régionales. 

«Il faut mettre l’économie au service de l’homme. Nous devons oser, voire changer», a synthétisé en guise de conclusion Denis Pelé (président de Négoce Ouest)
«Il faut mettre l’économie au service de l’homme. Nous devons oser, voire changer», a synthétisé en guise de conclusion Denis Pelé (président de Négoce Ouest)
© TG

Le 23ème congrès de Négoce Ouest s’est tenu le 19 mai dernier à Caen (14). Au menu du jour : «quel avenir pour les exploitations laitières du Grand Ouest ?» Pour y répondre : Vincent Chatellier (ingénieur de recherche spécialisé en économie laitière à l’INRA), Jean-Marc Chaumet (agroéconomiste en veille sur la Chine à Idele), Jean-Yves Duplenne (directeur de production aux Maîtres Laitiers du Cotentin), Didier Roinson (responsable étude Cerfrance SN) et Yves Quilichini (directeur Interbev Normandie). «Il faut mettre l’économie au service de l’homme. Nous devons oser, voire changer», a synthétisé en guise de conclusion Denis Pelé (président de Négoce Ouest). Un avis partagé par son vice-président, Alain Datin, le local de l’étape.

Pas un mais des prix du lait
Premier à entrer en lice, Vincent Chatellier. L’économiste de l’INRA, dans un discours parfois décapant, a soufflé alternativement le chaud et le froid. Le froid tout d’abord avec une réalité chiffrée «350 000 T de poudre de lait en stock». Un peu plus tiède ensuite: «en France, la consommation moyenne de lait atteint 320 kg/an/habitant. C’est le record du monde. Il n’y a donc aucun espoir de développer la consommation dans l’hexagone. Tout litre de lait supplémentaire produit en France est donc destiné à l’export».  Une fenêtre de tir pour le Grand Ouest? « Oui » si l’on considère que la consommation annuelle mondiale par habitant n’est que de 110 kg. «Oui » encore avec une population mondiale qui comptabilise chaque jour 230 000 habitants supplémentaires, l’équivalent d’une ville comme Rennes (35). «C’est une pompe aspirante», assure Vincent Chatellier. Le potentiel est bien réel mais à quel prix ? «Il n’y a pas un mais des prix du lait, a insisté en préalable l’économiste. Sur la seule maîtrise technique, le différentiel atteint 40 à 50 €/1000 L. Si un producteur ne passe pas à 340 €/1000 L, il faut se poser des questions». Des propos qui ne font pas l’unanimité (lire ci-contre). Et si le marché mondial à bas prix fait peur, peut-être que nos produits d’excellence sous signe de qualité vont nous rassurer ?

AOP : une tribune politique
Pan sur le bec ou plutôt sur le pis. «Les produits AOP sont des tribunes politiques, mais ne pèsent rien dans la balance commerciale. Quant à l’AB, on ne la développe que sur le lait liquide». Reste cependant «que le lait, c’est une somme de produits dont beaucoup sont encore à inventer sachant que 23 % des produits laitiers consommés en France sont importés». L’avenir laitier passe donc par beaucoup de Recherche & Développement et des entreprises de transformation innovantes. Et quid du nombre de producteurs demain ? «On en comptabilise 62 000 aujourd’hui en France. Il en restera 40000 dans 10 ans», pronostique Vincent Chatellier. Cependant à l’Ouest et avec son atout majeur, «l’accessibilité à l’eau», l’hémorragie sera peut-être moindre.

700 millions de briquettes de 20 cl par an
Cette mise en perspective est déjà une réalité. Jean-Yves Duplenne, directeur production aux Maîtres Laitiers du Cotentin qui vient de nouer un partenariat sur 10 ans avec le Chinois Sinutra, en a témoigné. Fruit d’une union de coopératives, MLC est née en 1980. Elle fédère aujourd’hui 800 producteurs pour 410 millions de litres de lait par an et emploie 750 salariés.
Pour répondre à la demande, elle a co-investit 115 M€ dans un outil de transformation à Méautis (50) orienté à 40 % de ses capacités vers le marché Chinois. La mise en production est imminente avec un objectif de 700 millions de briquettes de 20 cl équivalent à 90 millions de litres de lait.  La demande initiale de lait blanc a évolué vers 5 recettes différentes avec ingrédients de fruits. Pour autant, ce n’est pas l’eldorado. «Les Chinois n’achètent pas plus cher que le prix de marché», insiste Jean-Yves Duplenne. Néanmoins, la coopérative a attribué 20 % de volume supplémentaire à ceux qui le souhaitaient. «Un socle dur de producteurs qui croient en l’avenir du lait». Quant au prix, la prudence reste de mise : «tenir à minima en 2017 les prix 2016. »

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