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Nitrates : une directive hors normes

A peine installé, Charles-Henry Lebrun doit revoir ses plans. La nouvelle directive nitrates bouleverse ses projets. Epandage, stockage d'effluents d'élevage ou calendrier cultural : à peine installé, il doit s'adapter. Son Plan de Développement de l'Exploitation* est déjà périmé.

© VM

Charles-Henry Lebrun est officiellement agriculteur depuis un mois. Le jeune éleveur a suivi le parcours à l'installation. Son Plan de Développement de l'Exploitation est donc tout beau, tout neuf. Mais, son obsolescence était sans doute programmée.
La nouvelle directive nitrates a donné un coup de vieux au projet de l'exploitation. "Je me suis installé sur une ferme aux normes laitières. J'y ai créé un atelier viande. Je suis contraint de construire une plateforme de stockage des effluents d'élevage", témoigne le jeune agriculteur. Mais être dans les règles nécessite de les comprendre. Trop mous ou pas assez solides, les effluents de l'élevage d'engraissement ou taurillons ne sont pas aisés à classer... "Je n'arrive pas à les placer dans une catégorie.  C'est un lisier pâteux avec une certaine proportion de paille. Cependant, je ne sais pas où je me situe. Je ne sais pas si la fosse sera assez grande. Surtout que les normes de rejets des animaux ont changé. Je suis dans l'inconnu".

Des avenants qui énervent
Les chiffres de son projet d'installation se révèlent déjà erronés. Le dossier est passé en commission juste avant l'arrivée de la directive. "J'ai déjà tout faux", résume-t-il. En théorie, son Plan de Développement de l'Exploitation n'est pas modifiable la première année. "Les exceptions sont motivées par des cas de forces majeures comme décès d'un associé. Une nouvelle directive n'en fait pas partie. Avant ces nouvelles normes, les capacités de stockage étaient dimensionnées à
l'élevage".

Le seuil des 0 %
Les conséquences de la nouvelle directive nitrates s'étendent également aux cultures. Le jeune installé cultive des parcelles impactées. Reste à comprendre le classement de ces terres en zone vulnérable. La motivation n'est pas claire, selon le jeune agriculteur. "C'est à cause de la continuité territoriale. C'est administratif. Les règles changent à cause d'une tournure de phrase. Auparavant quand 30 % de la commune était concernée, toutes les parcelles y passaient. Désormais, ce seuil est fixé à 0 %". Concrètement : dès qu'une parcelle est classée en zone vulnérable, l'intégralité de la commune bascule. C'est donc le cas à Auvillars, situé dans le pays d'Auge. Pourtant, le champ de Charles-Henry Lebrun est localisé à plusieurs kilomètres du pompage de référence. "Et je ne suis même pas sur la même vallée. Le versant est différent. Je ne comprends pas".

Un problème de calendrier
Ce classement s'avère néanmoins lourd de conséquences. Les couverts végétaux deviennent obligatoires. Ils sont associés à des calendriers harmonisés à l'échelle du territoire français. "Strasbourg ne connaît pas le même climat qu'ici. Je faisais déjà des couverts végétaux. Dans mon cas, le calendrier devient un handicap. Nous exploitons des terrains particulièrement mouillants. Cette année, j'ai semé des couverts au mois d'octobre. Difficile ensuite de les laisser deux mois en place, puis d'aller dans les parcelles pour les détruire. J'ai aussi des problèmes avec les pentes. Nous sommes dans le pays d'Auge. Je suis concerné par les interdictions d'épandage lorsque le dénivelé est trop important". Bref, une montagne administrative de plus pour les éleveurs...

*Dans le cadre de l'installation aidée, les jeunes réalisent une étude prévisionnelle, appelée PDE : plan de développement de l'exploitation.

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