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Vols sur les exploitations
“Nous avons affaire à une criminalité structurée”

Selon le Général de la Gendarmerie, Bertrand Soubelet, les vols sur les exploitations augmentent de façon régulière sur les exploitations depuis 2009. Ils sont à la fois le fait de bandes organisées associées à des filières d’écoulement et d’une délinquance plus classique et locale.

Très sensibilisée à ce phénomène, la gendarmerie s'engage résolument en adaptant ses modes d'action traditionnels. Ses unités apportent une réponse locale spécifique grâce à la souplesse et l'adaptabilité de leur dispositif : patrouilles de surveillances dédiées, conseils individualisés, constatations pointues 
de police technique et scientifique.
Très sensibilisée à ce phénomène, la gendarmerie s'engage résolument en adaptant ses modes d'action traditionnels. Ses unités apportent une réponse locale spécifique grâce à la souplesse et l'adaptabilité de leur dispositif : patrouilles de surveillances dédiées, conseils individualisés, constatations pointues
de police technique et scientifique.
© (P. Le DOUARIN)

Il y a une véritable recrudescence des vols dans le milieu rural et dans le monde agricole, comment le constatez-vous ?
Géographiquement isolées dans un espace rural très étendu, les exploitations agricoles sont particulièrement vulnérables face à une délinquance d'appropriation mobile et de plus en plus organisée.
Le nombre total d'infractions commises sur des exploitations agricoles lors de l'été 2013 est en diminution de 10% par rapport à la saison de 2012, essentiellement du fait de la baisse des dégradations constatée. Pour autant, les vols augmentent de manière continue depuis 2009. Cette augmentation n'est pas uniforme sur le territoire. Elle concerne surtout les régions Bourgogne, Lorraine, Limousin, Midi-Pyrénées, Centre ainsi que le Var et la Dordogne. Une hausse de 6,3 % des vols est constatée sur les quatre derniers mois (juin à septembre) qui suit celle de + 7,5 % observée sur les neuf premiers mois de 2013. Les observations réalisées sur le terrain par les brigades avaient anticipé ce constat statistique et les unités de gendarmerie ont alors renforcé leur dispositif opérationnel pour lutter contre ce phénomène. Depuis le début de l'année, les élucidations de vols dans les exploitations sont ainsi en très forte hausse: + 33,5 %.

A-t-on changé de modes d’action pour lutter contre ces vols ?
Très sensibilisée à ce phénomène, la gendarmerie s'engage résolument en adaptant ses modes d'action traditionnels. Ses unités apportent une réponse locale spécifique grâce à la souplesse et l'adaptabilité de leur dispositif : patrouilles de surveillances dédiées, conseils individualisés, constatations pointues de police technique et scientifique...
Concentrant leurs efforts sur les zones les plus névralgiques, elles y obtiennent là aussi des résultats significatifs grâce à la réactivité, la vigilance et le partage de l'information entre tous les acteurs. C'est évidemment la bonne qualité de la remontée du renseignement qui permet à la gendarmerie de garantir un bon niveau d'efficacité en graduant sa riposte. En fonction du mode opératoire de la commission du vol et du niveau perçu de “professionnalisation” de ses auteurs, nous répliquons en engageant l'échelon d'investigations adéquat. Ce peut être la brigade territoriale pour les affaires les plus simples, la brigade de recherches voire la section de recherches face à une criminalité plus structurée. Par ailleurs, des groupes d'enquête peuvent associer ces différentes unités pour répondre à un phénomène clairement identifié comme relevant de la criminalité organisée.

Prévention

S’agit-il de réseaux ?
Nous constatons que les vols dont sont victimes les exploitants agricoles ne sont pas le fait d'une délinquance uniforme. Les vols d'engins, de métaux sont le fait d'une criminalité structurée et organisée avec des filières d'écoulement bien établies. Dans cette catégorie, nous devons aussi faire face, depuis quelque temps, à des vols de récolte, phénomène nouveau, par leur ampleur.
En revanche, les vols d'outillages, de bois ou de carburant, qui représentent l'essentiel des faits, relèvent davantage d'une délinquance locale classique qui n'est pas spécifique au milieu agricole.

Que peut-on faire ?
Quel type de prévention peut-on apporter ?
Je voudrais ici m'adresser à chaque exploitant. L'objectif du voleur est d'obtenir le maximum de gains en ayant le minimum d'effort à fournir et une faible probabilité d'être identifié. Son ennemi étant le temps, il faut mettre en œuvre toutes les dispositions pouvant le ralentir ou le surprendre. Quelques réflexes simples peuvent limiter les risques de vols : stationnement d'engins agricoles sur un site fermé, installation d'un système de démarrage sur les tracteurs, dépose d'une bougie, clés de contact à retirer, plein des réservoirs au minimum et réalisé le matin dans toute la mesure du possible, sécurisation d'un lieu (atelier, garage, remise) au sein de l'exploitation dans lequel le petit outillage, la cuve à carburant, certains produits seront stockés. La conservation des numéros de série d'un matériel peut aider à confondre un voleur. Il faut rester vigilant et ne pas hésiter à signaler à la gendarmerie le moindre comportement suspect : un démarcheur que vous ne connaissez pas, le passage d'un véhicule sur la ferme... Ces renseignements permettront aux gendarmes de les recouper avec les autres indices recueillis et de pouvoir, ainsi, prévenir la commission d'infraction ou identifier les auteurs.
Des dispositifs plus coûteux (alarmes, vidéo-protection) ont montré leur efficacité et des résultats très probants ont été obtenus.
Enfin, la gendarmerie renforce ses démarches partenariales pour développer des dispositifs d'alerte, de sensibilisation par SMS ou par courriel en lien avec les Chambres d'Agriculture, et réfléchit avec la FNSEA à des concepts innovants. La mise en place de ces dispositifs et la promotion de l'appel systématique au 17 permettront d'améliorer la réactivité de la gendarmerie sur tout phénomène suspect.

S’agit-il d’un phénomène français ou est-ce plus large ?
Cette situation ne se concentre pas exclusivement à notre pays. Nos partenaires européens sont confrontés à la même problématique. Aussi, la gendarmerie mobilise des unités dédiées à la lutte contre la criminalité organisée et renforce son offensive contre les filières de recels. L'office central de lutte contre la délinquance itinérante (OCLDI) et les sections de recherches travaillent avec l'ensemble des partenaires nationaux et internationaux afin de démanteler des réseaux souvent issus d'Europe de l'Est. D'importants résultats ont déjà été obtenus dans cette lutte avec notamment, en 2013, l'élucidation de 38 vols de tracteurs agricoles commis dans le Grand Ouest dans le cadre d'un trafic international.

Démarches concertées

Comment rassurer les agriculteurs particulièrement touchés ?
Pour endiguer la hausse de vols et rassurer les agriculteurs, une collaboration spécifique a été définie avec la FNSEA, dont les grandes lignes figurent ci-dessous.
Les agriculteurs qui ont vécu un problème de sécurité, ou qui le ressentent, pourront solliciter auprès de personnels spécialisés une consultation de sûreté, qui leur permettra de bénéficier de conseils oraux et d'informations sur des solutions techniques préventives simples pour limiter les risques de vols. Par ailleurs, il faut que les agriculteurs connaissent les possibilités de la pré-plainte en ligne
(https://www.pre-plainte-en-ligne.gouv.fr/) qui leur permettra de mieux dénoncer les faits dont ils sont victimes et de choisir des rendez-vous compatibles avec leurs importantes contraintes horaires.

Après une première réunion avec la FNSEA, comment comptez-vous poursuivre cette collaboration ?
Les échanges entre les fédérations départementales, les Chambres d'Agriculture et les groupements de gendarmerie départementale permettront de dresser un diagnostic partagé de la délinquance en milieu agricole afin de définir des réponses adaptées aux problèmes locaux. Les 200 référents sûreté de la gendarmerie pourront être invités aux réunions professionnelles locales, afin qu'ils puissent présenter leur action, conseiller les agriculteurs et répondre à leurs interrogations. Une fois ces échanges mis en place, ces référents, appuyés localement par les 440 correspondants sûreté présents dans les brigades, resteront les interlocuteurs privilégiés des agriculteurs. La gendarmerie, soucieuse du service de sécurité qu'elle rend à la population agricole, mène une action volontariste dans deux directions principales: mesures préventives élaborées en concertation avec les agriculteurs d'une part, actions de police judiciaire, de recherche et de partage du renseignement d'autre part. C'est la conjugaison de ces deux types d'actions qui contribuera à une plus grande efficacité dans la lutte contre les vols dans les exploitations agricoles.

(1) Bertrand Soubelet est général de corps d’armée, directeur des opérations et de l’emploi à la Gendarmerie Nationale.

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