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"Nous avons engagé des travaux pour adapter les outils et matériels agricoles à la morphologie féminine. Ce sera aussi bénéfique aux hommes"

Sylviane Lefez, présidente de la Commission nationale des agricultrices de la FNSEA, est en première ligne pour défendre la place des femmes dans le secteur agricole. Sept mois après le lancement du plan national consacré à ce sujet, plusieurs mesures concrètes voient le jour.

Comment vivez vous la journée mondiale de la femme rurale, jeudi 15 octobre, en tant que présidente de la Commission nationale des agricultrices (CNA) de la FNSEA ?

Cette journée montre que le sujet de la place des femmes en agriculture est un enjeu au plan mondial. Nous sommes toutes concernées même si les sujets sont encore plus aigus dans d'autres régions du monde. Enfin, cette journée mondiale est aussi l'occasion d'une sensibilisation de nos collègues masculins. La place des femmes en agriculture, sur les exploitations, dépend aussi de la place que les hommes veulent bien partager avec nous. Cela ne concerne donc pas que les femmes.

En ce mois d'octobre rose, consacré au dépistage et à la lutte contre le cancer du sein, les initiatives se multiplient sur le terrain...

Nous souhaitons que les femmes, et en particulier les agricultrices, pensent à elles. Trop souvent, nous souffrons de la charge mentale que fait peser sur nous la combinaison des exigences de notre métier et de notre foyer. Tout cela nous laisse peu de temps. Pourtant, notre santé est essentielle et nous devons la préserver en prenant soin de nous. Notamment en participant au dépistage du cancer du sein. C'est un fléau qui n'épargne pas les agricultrices et dont on peut atténuer les effets si le dépistage est réalisé précocement. Pour cela, les femmes doivent penser aussi à elles. 

Vous êtes présidente de la commission nationale des agricultrices. Comment êtes-vous arrivée là ?

Je suis engagée dans le syndicalisme depuis plusieurs années, à la commission des agricultrices et à la section des fermiers. Je suis aussi élue municipale. J'ai la chance d'avoir un mari compréhensif et qui partage et soutient mon engagement. Au printemps dernier, Cathy Faivre-Pierret a souhaité passer la main. J'étais membre de la CNA depuis quatre mandats. J'ai accepté de lui succéder avec la charge, entre autres, de veiller à la mise en œuvre du plan négocié au cours de son mandat et annoncé au salon de l'agriculture par la ministre Genevard.

Quels sont les projets contenus dans ce plan ?

Il prévoit la fin du statut de conjoint-collaborateur : au terme de cinq années, les conjoints, qui sont des femmes à 80 %, doivent s'installer ou devenir salarié. Nous avons obtenu que si le conjoint choisit de s'installer, il bénéficie d'une exonération de cotisations sociales dégressive sur 5 ans, dont 65 % la première année. Nous avons aussi mobilisé les services de la MSA pour que chacun fasse son choix en connaissance de cause. Faute de choix, les conjoints depuis 5 ans deviendront salariés aux yeux de la MSA, avec les avantages et les inconvénients de ce statut. Nous avons aussi obtenu que la promotion du métier soit aussi menée en direction des jeunes filles et que l'accompagnement des jeunes femmes qui souhaitent s'installer soit le même que pour les candidats masculins.

Et sur le quotidien ?

Nous avons engagé des travaux pour adapter les outils et matériels agricoles à la morphologie féminine. Souvent, les matériels sont conçus pour être utilisés par des hommes. Ils ont besoin d'adaptation pour les femmes puissent les utiliser aussi efficacement et dans les meilleures conditions de sécurité. Cette adaptation sera aussi bénéfique aux hommes. Nous travaillons aussi à améliorer la mise en place effective du remplacement pour la maternité et le congé de parentalité.

Vous êtes encore peu nombreuses dans les organisations agricoles. Comment cela évolue-t-il ?

Il y a une prise de conscience générale dans la société et le débat sur la parité fait évoluer les mentalités, mais c'est lent. Dans notre secteur, les choses bougent mais il faut sans cesse rappeler que 25 % des agriculteurs sont des agricultrices et qui ont, elles aussi, le droit de participer aux décisions qui les concernent : dans les syndicats locaux, dans les caisses locales de banque ou d'assurance ou dans les coopératives. Ce sont aussi les femmes qui doivent se convaincre qu'elles ont leur place et qu'elles peuvent apporter une réflexion, un point de vue complémentaire et que leur participation va enrichir le débat. C'est tout le combat des commissions des agricultrices.

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