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Conjoncture
Nouvelle PAC : quels impacts pour les éleveurs laitiers ?

L’une des mesures phares des propositions de la commission européenne pour la future PAC est l’uniformisation des aides par hectare. Les ”DPU de base”, calculés sur des montants historiques, évolueraient vers un montant uniforme par pays ou région et deviendraient des ”DPB”.

Evidemment cela ne sera pas sans conséquence sur le revenu des agriculteurs et notamment des éleveurs laitiers, qui ont, par la nature de leurs productions et de leurs systèmes, acquis des niveaux de DPU bien souvent supérieurs à un niveau moyen national ou régional.


Encore des incertitudes

Beaucoup d’incertitudes demeurent quant au budget final et aux modalités d’application de cette nouvelle PAC. Les choses ne sont pas encore claires sur la définition du périmètre (région, pays…), des aides impactées, des redistributions éventuelles entre filières, des surfaces éligibles… Beaucoup de modalités d’application seront laissées à l’appréciation des Etats membres.Malgré tout, les Réseaux d’Elevage bovins lait, en s’appuyant sur les travaux du pôle économie et prospective des Chambres d’agriculture de Normandie ont retenu deux hypothèses présentant des situations extrêmes en terme de niveau final d’aides pour la région Normandie.

- La première H1 = 250 €/ha, correspond à une uniformisation au plan national sur tous les hectares, y compris vignes, vergers et estives qui jusque là n’étaient pas éligibles. Par ailleurs les aides couplées (PMTVA principalement) sont maintenues aux détenteurs actuels sans mutualisation. Pour les éleveurs laitiers de Normandie, c’est le scénario le plus défavorable du fait d’une dilution des DPU actuels sur un plus grand nombre d’hectares et de son niveau initial d’aides plus élevé que les départements du sud de la Loire.

- La seconde H2 = 308 €/ha, correspond à un découplage total de toutes les aides (y compris la PMTVA) et une uniformisation au plan régional ”Normandie” des DPU sur les hectares éligibles. Pour les éleveurs laitiers de Normandie, c’est l’hypothèse la plus favorable en raison du faible impact des estives, vergers et vignes notamment. Cependant, dans le cadre d’un découpage à la région administrative (Basse-Normandie, Haute-Normandie), les niveaux seraient différents, liés notamment à une moindre proportion d’herbe en Haute-Normandie et à une plus forte proportion de JB dans les élevages laitiers. Les montants seraient alors de 295 €/ha en Basse-Normandie contre 328 €/ha en Haute-Normandie.

5 systèmes au banc d’essais des nouveaux niveaux de DPB

Les deux hypothèses ont été testées sur un échantillon de 5 systèmes laitiers très représentés en Normandie et contrastés en terme de dimensions et de combinaisons de productions (tableau 1).Les résultats sont exprimés au niveau de l’Excédent Brut d’Exploitation (EBE) sur lesquels on peut apprécier les variations. Les deux hypothèses sont comparées aux EBE de 2011, mais également à la moyenne constatée sur les 5 dernières années qui ont connu une forte variabilité des prix (tableau 2).Hormis le système herbager, tous les systèmes laitiers ont un niveau d’aides par hectare en 2011 supérieur aux hypothèses d’évolution de la PAC 2015. Tous les systèmes laitiers vont donc perdre une part de leur produit, d’autant plus fortement que leur niveau d’aides est élevé. Seul le système herbager verra son produit revu à la hausse. Encore faut-il pour cela qu’il conserve la PHAE, ce qui semble peu probable dans la future PAC.Globalement, les systèmes les moins bien dotés en DPU (herbagers, bio extensifs…) voient leur EBE légèrement revalorisés. Les systèmes lait + bœufs sont dans des niveaux actuels de DPU proches des herbagers car très utilisateurs d’herbe et dans une conduite plutôt extensive. L’impact de la réforme risque de s’avérer négatif, mais limité. Pour des conduites plus intensives, il sera beaucoup plus marqué.Pour les systèmes où les montants actuels de DPU sont plus élevés : spécialisés lait et lait + cultures, l’impact sera dans tous les cas négatif de l’ordre de 10 % de l’EBE.Mais ce sont les systèmes lait + JB, les plus intensifs et aux montants les plus élevés qui subiront le plus fortement la réforme. Souvent dotés de DPU supérieur à 450 €, leur écart à la moyenne se traduira par une baisse significative de leur EBE de plus de 15 %.

Quels leviers pour compenser les pertes ?

Face à cette nouvelle donne de la PAC, il convient d’analyser les leviers qu’il est possible d’activer sur son exploitation. C’est un impératif pour certains systèmes où les niveaux d’EBE chutent fortement. La grande majorité des systèmes laitiers devra trouver les moyens de compenser la baisse de l’EBE par des économies de charges ou des améliorations de produits.Par exemple, le système spécialisé lait devra retrouver 20 €/1 000 l pour compenser la perte d’EBE dans l’hypothèse la plus défavorable. Pour le système lait+cultures ce sont 40 €/1 000 l qui seront nécessaires ou 31 €/tonne de céréales.Les simulations réalisées reposent sur des scénarios extrêmes dans l’état actuel des réflexions autour de cette nouvelle PAC. Mais beaucoup de choses restent à définir dans le cadre des négociations et avant tout le budget qui pourrait encore être ajusté. Dans la mesure où les niveaux actuels de DPU des systèmes laitiers sont supérieurs à un futur niveau moyen national ou régional, la très grande majorité des exploitations laitières risque de voir baisser ses niveaux d’aides. Seuls les systèmes, historiquement les plus extensifs et herbagers pourront espérer une amélioration, encore faut-il pour cela qu’ils puissent conserver la PHAE. Cependant ils ne sont pas majoritaires en Normandie (moins de 10 % des exploitations laitières). Les bénéficiaires de cette réforme parmi les éleveurs laitiers seront donc peu nombreux. Dans tous les cas, c’est bien l’écart entre le niveau de départ actuel des DPU et la moyenne finale retenue qui fixera le niveau de perte ou de gain. Si les règles de détermination des futurs DPB ne sont pas encore fixées, au final le calcul sera assez simple à faire pour chaque exploitation.Perdre des aides c’est perdre du produit donc du revenu pour les éleveurs s’ils ne réagissent pas. Encore une fois, une réforme de la PAC s’avère négative pour les éleveurs et leur demande un nouvel effort pour s’adapter et compenser les pertes. Si des marges de progrès techniques restent accessibles à de nombreuses structures, que dire aux systèmes les plus optimisés ?

En savoir plus

Retrouver l’intégralité de cette étude sur le site internet des chambres d’agriculture de Normandie : http://www.cra-normandie.fr

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