Osez le mélange variétal pour "plus plus" de résilience
Avec sa double casquette d'agriculteur et de trieur à façon à la ferme (avec traitement des semences), Olivier Hoste (SCS Hoste à Bourguébus) a adopté les mélanges variétaux en blé (et orge) au gré de l'arrêt de la culture de la betterave sucrière dans le bassin de Cagny. Avec le recul, les résultats techniques sont confortés. La praticité s'est améliorée. Le coût économique est maîtrisé et le risque limité.
â L'arrêt de la betterave sucrière sur le territoire de l'ex-Basse-Normandie a modifié profondément et durablement les pratiques culturales. Auparavant, la campagne de semis du blé qui démarrait en octobre s'achevait en décembre, voire janvier. Elle se concentre désormais sur une bonne quinzaine de jours à partir de la mi-octobre. Conséquence : le panel des besoins en indice de précocité s'est considérablement réduit, ce qui simplifie la pratique du mélange variétal. "Elle n'existait quasiment pas chez nos clients il y a 6 ans. Aujourd'hui, elle atteint 25 % et la tendance est haussière", explique Olivier Hoste, directeur de l'entreprise éponyme mais également céréalier dans la plaine de Caen. Son responsable d'exploitation, Philippe Laugerette, évoque la praticité avec des chantiers simplifiés : 130 kg de semences mélangées à la main et semées en l'an I permettent de ressemer 60 ha l'année suivante pour des résultats techniques équivalents voire en amélioration.
un plus agronomique
Côté agronomique, on note une meilleure stabilité des rendements. Les différentes variétés ne réagissent pas toutes de la même manière aux conditions climatiques (sécheresse, excès d'eau, gel, chaleur). Le mélange réduit ainsi le risque que toutes les variétés soient pénalisées en même temps. Sur le plan sanitaire, les variétés offrent des niveaux de résistance différents ce qui limite la propagation de maladies foliaires comme la septoriose, la rouille jaune, la rouille brune... Olivier Hoste note également une meilleure occupation du sol grâce à des architectures différentes. La lumière, l'humidité et les éléments nutritifs sont donc exploités avec plus d'efficience. On peut également y ajouter une meilleure compétitivité vis-à-vis des adventices.
un plus économique
Au chapitre des plus économiques, une réduction potentielle des traitements grâce à une meilleure tolérance collective aux maladies générant une diminution possible du nombre ou de la dose de fongicides. La baisse des coûts de protection est à portée de mélange. Cette valorisation de la semence fermière permet également à l'agriculteur de conserver et multiplier plusieurs variétés adaptées à son territoire, de réduire ses achats annuels de semences certifiées et donc de gagner en autonomie. In fine, cette stratégie s'inscrit dans une meilleure gestion du risque. Le mélange agit comme une forme d'assurance agronomique. Une variété moins performante, une année, peut être compensée par les autres.
Tip top avec les traitements à la ferme
Les mélanges variétaux s'inscrivent dans les principes de l'agroécologie avec une augmentation de la biodiversité cultivée, la limitation potentielle des intrants et l'amélioration de la robustesse du système de culture. Olivier Hoste et son chef d'exploitation s'accordent cependant sur les points de vigilance. "Choisir des variétés de précocité proches, éviter de mélanger des variétés ayant des hauteurs différentes, vérifier la compatibilité des critères de qualités (protéines, force boulangère, PS...) et conserver une bonne traçabilité des lots". Combinée à un traitement des semences à la ferme sur mesure, cette stratégie permet d'obtenir en résumé des rendements légèrement ou comparables à ceux d'une variété pure mais surtout une plus grande régularité. Dans un contexte de changement climatique, l'argument fait mouche ! Le second effet kiss cool, ce sont les économies d'intrants.